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Emmanuel Macron: liberté, égalité, fébrilité

Le leader d’En Marche a fait une «démonstration d’envie» à Lyon. Sans un mot des affaires, il a esquissé sa vision de la France: un retour à la devise républicaine. La fièvre gagne ses partisans.

L’ancien ministre de l’Economie a mis le feu ce samedi au Palais des sports de Lyon. (Image d'archives)
L’ancien ministre de l’Economie a mis le feu ce samedi au Palais des sports de Lyon. (Image d'archives)
Reuters

Une salle bondée et survoltée. Huit mille personnes qui scandent «Macron Président!», font la «hola» et battent du pied à l’arrivée de leur champion pendant que huit mille autres s’agglutinent dehors faute de place. L’ancien ministre de l’Economie a mis le feu ce samedi au Palais des sports de Lyon. «On va gagner!» s’enflamme Augustin, un jeune qui n’avait jusqu’ici jamais assisté à un meeting de sa vie. «Ce que j’apprécie chez lui, c’est qu’il veut faire de la politique autrement», assure cet étudiant. «Les partis classiques sont morts. La gauche, la droite, qu’est-ce que ça veut encore dire? Macron, au moins, il part de la base. Il faut tout faire sauter et tout reconstruire!», s’égosille-t-il pour se faire entendre dans le vacarme ambiant. Derrière lui, un grand panneau indique: «Bougeons les lignes». Les drapeaux bleu-blanc-rouge se mêlent –fait rare- aux étendards européens. «Quand on est en marche on n’est jamais seul», lance une jeune femme à la tribune. Succès assuré quand elle dit venir de la Sarthe qui n’est «le fief de personne».

«Ca fait quarante ans que je fais de la politique et je n’ai jamais connu une telle ferveur», chauffe le maire de Lyon, Gérard Collomb, soutien de la première heure. «On nous a dit qu’En marche était une bulle, qu’En marche était un hologramme. Sommes-nous des hologrammes? Nous ne sommes plus une bulle, nous sommes une vague qui monte!», s’enflamme-t-il.

Comme une rock star, le candidat s’adresse à la foule dès le parvis : «Vous pourrez dire «J’y étais!», lance Emmanuel Macron pour mettre en scène un moment qu’il veut historique. Même Geneviève de Fontenay est aux anges comme s’il s’agissait de l’élection de Mister France. Des spots bleu blanc rouge balayent la salle fébrile. «C’est une démonstration d’envie», entame Emmanuel Macron. «L’envie d’envisager un avenir nouveau!».

Les ralliements sont soigneusement mis en scène. Le mathématicien Cédric Villani, titulaire de la médaille Fields, la journaliste Laurence Haïm, ancienne correspondante de Canal+ aux Etats-Unis, qui dit revivre la fièvre Obama : «Ici aussi nous pouvons oser!», dit-elle. Mais la prise du jour, c’est Eric Halphen. Le juge anti-corruption qui s’est fait connaître dans les années Chirac salue le «goût du risque» de son candidat. Cette caution n’est évidemment pas innocente. Emmanuel Macron aurait voulu faire valoir sa probité en pleine affaire Fillon qu’il ne s’y serait pas pris autrement… Sans dire un seul mot des affaires et sans avoir fait siffler le moindre adversaire.

Réconcilier les Frances

De tous, pourtant, il a cherché à se démarquer. Marine Le Pen, qui présente dimanche son programme dans cette même capitale des Gaules? Comme elle, Emmanuel Macron se présente hors système et hors du clivage gauche-droite. Mais là s’arrête le parallèle. «Nous avons l’ambition de réconcilier les France entre elles», affirme haut et fort le candidat d’En marche en reprenant à son compte le triptyque liberté-égalité-fraternité.

La devise lui permet de moucher chacun. La liberté oui, mais pas sans règles. Il égratigne la droite qui prend selon lui «l’égalité pour seule boussole». Mais il griffe aussi la gauche qui confond «égalité avec égalitarisme». Il donne aussi sa vision de la laïcité: «Interdire à une femme de porter le voile, c’est accepter qu’elle perde sa liberté et que nous perdions un peu de la nôtre.»

Habilement, il récupère les icônes des uns et des autres. Défilent Charles De Gaulle, François Mitterrand, Jacques Chirac et même… Philippe Séguin, «ce pupille de la nation qui a pu devenir président de l’Assemblée nationale.» L’hommage n’est évidemment pas anodin, s’agissant du mentor de François Fillon. A Benoît Hamon, chantre du revenu universel, il réserve aussi son message: «Si on avait pu multiplier par deux le revenu de solidarité active, j’ose espérer qu’on l’aurait fait depuis longtemps».

Le leader d’En Marche, souvent épinglé pour son manque d’expérience, n’en bombe pas moins le torse en observant le globe. Contre Donald Trump, il tonne : «A ceux qui luttent contre l’obscurantisme aux Etats-Unis, vous aurez à partir du mois de mai une terre patrie, ce sera la France!» Triomphe assuré.

Pas encore de programme

Emmanuel Macron lève le voile sur quelques mesures de son projet. L’allègement des charges. L’augmentation du pouvoir d’achat. La création d’une sécurité professionnelle universelle («Nous ne sommes plus dans un monde où à vingt ans tout est appris, dans ce monde qui advient, tout le monde doit pouvoir changer de secteur»). La lutte contre les déserts médicaux. L’égalité d’accès aux soins. La division par deux du nombre d’élèves par classe en zone sensible. La formation des jeunes. L’aide au numérique.

Mais un véritable programme? Emmanuel Macron se garde bien de le dévoiler encore dans le détail. Pas question, à moins de trois mois du premier tour, de prêter trop tôt le flanc aux attaques de ses adversaires.

Dans la tempête de cette folle présidentielle, il espère ne pas être balayé et s’accroche au calendrier. «Il nous reste 78 jours pour faire ce qu’on n’a jamais fait», a-t-il calculé.

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