Les élections européennes déboussolent les Britanniques

Royaume-UniLa Cornouailles, bien que très subventionnée par l’UE, avait voté pour le Brexit. Désormais, elle doit envoyer des députés à Bruxelles.

Le scrutin européen n’intéresse guère les Britanniques, dans la mesure où les députés qu’ils sont censés élire le 23 mai ne devraient pas siéger après le 31 octobre, date prévue du Brexit.

Le scrutin européen n’intéresse guère les Britanniques, dans la mesure où les députés qu’ils sont censés élire le 23 mai ne devraient pas siéger après le 31 octobre, date prévue du Brexit. Image: REUTERS

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Les partis politiques britanniques peinent à se mettre en ordre de marche pour une élection européenne à laquelle ils n’auraient jamais dû participer. À St Ives, la deuxième ville de l’extrémité de la Cornouailles, les libéraux-démocrates et les conservateurs, pourtant omniprésents depuis vingt ans, s’avèrent totalement invisibles.

«Cela n’intéresse pas grand monde car les députés européens britanniques ne siégeront sans doute pas longtemps», estime Richard Robinson, membre du parti conservateur, en référence à la sortie prévue du Royaume-Uni de l’Union européenne le 31 octobre. «Seuls les électeurs très concernés par le Brexit se rendront aux urnes, et en particulier ceux déterminés à émettre un vote de protestation à l’encontre des grands partis, incapables de concrétiser le départ de l’UE. Cela profitera au nouveau parti créé par Nigel Farage. D’ailleurs, je n’ai reçu qu’un seul prospectus, alors que l’élection a lieu le 23 mai: celui de son Brexit Party!» Une efficacité surprenante pour un parti qui n’a été officiellement lancé que le 12 avril et ne dispose pas de représentants dans la Cornouailles.

À l’inverse, le Parti conservateur n’a pas encore entamé sa campagne. Un sondage national publié dimanche le place en quatrième position avec 11% des intentions de vote, bien loin derrière le Brexit Party (34%), le Labour (21%) et les libéraux-démocrates (12%). Au total, les formations favorables à une rupture brutale avec l’UE recueillent 38% d’intentions de vote, contre 23% pour ceux qui privilégient un second référendum.

En cet après-midi ensoleillé, debout sur le trottoir de la principale artère de St Ives, Jayne Kirkham distribue des prospectus du Parti travailliste. La jeune femme, en troisième position sur la liste européenne du Labour pour la région, est la première candidate à faire campagne dans la ville. Elle semble d’ailleurs ne pas trop savoir sur quel pied danser. En aparté, elle assure vouloir «un second référendum destiné à approuver n’importe quel accord trouvé au Parlement».

Slogan rassembleur

Dès qu’elle aborde un résident, elle se borne en revanche au message rédigé sur son prospectus: «Votez Labour pour rassembler le pays!» Une pancarte déposée à ses côtés fustige aussi l’austérité déployée par la première ministre Theresa May et son Parti conservateur.

Pourquoi évite-t-elle d’aborder le sujet du Brexit, thème central de cette élection? La circonscription de St Ives et l’ensemble de la Cornouailles ont voté en faveur du Brexit lors du référendum en 2016, respectivement à 54,2% et 56,5%. Elle ne veut donc pas prendre le risque de s’aliéner des électeurs potentiels. Comme son parti, dont une partie de la direction réclame le respect du résultat du référendum, alors que l’autre exige l’organisation d’un second vote populaire.

Une question taraude de nombreux observateurs: pourquoi la Cornouailles a-t-elle voté pour sortir de l’UE alors que la région, classée comme l’une des plus pauvres d’Europe, a reçu plus de 1,4 milliard de francs de l’institution européenne entre 2007 et 2020? Matthew Stevens est fils et petit-fils de pêcheur. Aujourd’hui, son commerce de distribution de poissons génère un chiffre d’affaires annuel de plusieurs dizaines de millions de francs. «Mon entreprise a reçu entre 1,5 et 2 millions de livres (entre 2 et 2,6 millions de francs) de l’UE en aides pour créer des usines et des emplois locaux, c’est-à-dire créer de la richesse ici et permettre aux jeunes de rester. C’est historiquement le problème de la Cornouailles depuis l’effondrement de la pêche et des mines d’étain: il y a peu d’emplois pérennes.»

Quotas de pêche

Il sait pourtant bien que ses collègues pêcheurs ont massivement voté en faveur du Brexit. «C’est vrai, il y a un vrai souci avec le système des quotas de pêche et la plupart des gens ont mis les difficultés actuelles sur le dos de l’UE, mais globalement nous sommes gagnants!» assure-t-il, le regard vers le large. «D’autant plus que les pêcheurs exportent l’immense majorité de leur poisson vers l’UE!»

Au fond d’un pub sombre, Andrew Mitchell, élu au comté de Cornouailles, regrette que «l’establishment ait fait un très mauvais travail pour expliquer le rôle de l’UE dans la région. Personne ne s’est véritablement opposé à la propagande anti-UE de la presse nationale». Les quotidiens centristes «The Guardian» et «The Times» ne sont guère lus dans les environs, où les tabloïds eurosceptiques «The Sun» et «The Daily Mail» règnent sans partage.

L’air peiné, ce fervent partisan d’un maintien dans l’UE n’imagine qu’une solution au marasme actuel: «Pour la paix de ce pays, nous devons sortir de l’UE. J’en suis à un point où je ne peux plus parler de Brexit avec mes amis car je ne veux pas me fâcher avec eux. Il sera temps dans quelques années de faire les comptes et, si cela se passe vraiment mal, de faire campagne pour revenir dans l’UE.»

Créé: 15.05.2019, 19h43

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