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L’économie est le seul adversaire de Vladimir Poutine

Le président russe sera réélu dimanche mais peine à trouver une stratégie pour sortir de la dépendance pétrolière.

Distributeurs bancaires de billets et zones d’embarquement des aéroports n’échappent pas, ces derniers jours, à la vaste campagne du Kremlin pour rappeler aux Russes de voter à la présidentielle de dimanche. «Notre pays, notre président, notre choix», insiste l’omniprésent slogan des autorités étalé aux couleurs du drapeau national. Comme tous les électeurs, la communauté d’affaires est visée pour doper le taux de participation et éviter une forte abstention menaçant de gâcher la réélection au Kremlin de Vladimir Poutine, acquise d’avance après pourtant déjà dix-huit ans au pouvoir.

Nain économique

«Cette mobilisation est inversement proportionnelle à la clarification du programme du président-candidat», ironise un économiste libéral. Il est d’autant plus frustré que Vladimir Poutine est resté vague sur son projet économique dans le discours à la nation du 1er mars, axé sur l’étalage du nouvel arsenal nucléaire. Douchant les espoirs des libéraux, il n’a même pas prononcé le mot «réforme».

L’économie de la Russie est pourtant dans l’impasse, menacée de stagnation. L’an passé, elle est certes sortie de la récession, provoquée en 2015-2016 par la chute des prix du pétrole et aggravée par les sanctions occidentales contre Moscou. Mais avec une croissance limitée à 1,5%, loin des 7% des deux premiers mandats de Vladimir Poutine (2000-2008) et loin de son objectif de dépasser le taux mondial (3,9% en 2018 selon le FMI).

Redevenue un géant politique, la Russie reste en fait un nain économique: plus de 70% de l’économie dépendent du gouvernement. Dans le classement mondial, sa richesse est inférieure à celle de l’Italie. Et son modèle peine à sortir de la dépendance aux hydrocarbures (30% du PIB, 50% du budget d’État). «La crise de 2015-2016 a été une occasion manquée de moderniser et diversifier l’économie», regrette l’économiste Andreï Sharonov. «Petit à petit, l’élite change. Mais cela signifiera-t-il un virage de politique économique avec les nécessaires privatisations?» s’inquiète-t-il.

Justice absente

Les chantiers sont pourtant nombreux. Et les potentiels moteurs de croissance multiples. L’«économie des garages» est par exemple un énorme gisement, secteur souterrain de petits commerces et industries vivant en bas des immeubles et fuyant le fisc. Elle représenterait de 5 à 15% de la population active dans certaines villes. «Il suffirait d’un climat d’affaires plus sain pour nous convaincre de travailler légalement», confie un travailleur dans l’un de ces «garages» à Moscou. Principale faille actuelle: l’absence de système judiciaire défendant les entrepreneurs et assurant des relations de confiance pour créer un bon climat d’affaires.

Alimenté par l’embargo russe sur les importations occidentales, réplique du Kremlin aux sanctions européennes et américaines depuis la crise ukrainienne, le boom actuel de l’agroalimentaire pourrait servir de modèle.

«Loin du pétrole et de l’État, nous grandissons et modernisons!» s’enthousiasme Ramil Biibaev devant les 1500 vaches de la ferme qu’il vient d’ouvrir près de Moscou. Ekoniva, la société derrière cette exploitation laitière, ne cesse de s’étendre, avec déjà 50 000 têtes de bétail dans de multiples fermes à travers le pays. Un exemple parmi d’autres d’un entreprenariat prêt à bouger, à sortir du pétrole et du capitalisme d’État.

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