La drôle de campagne où «Macron, c’est Giscard!»

PrésidentielleL’ancien ministre de l’Economie, parti de la gauche, peut devenir président en abattant ses cartes au centre. Comme l’avait fait en 1974 un autre moderne, à droite: Valéry Giscard d’Estaing.

«L’idée des «deux Français sur trois» contre les extrêmes que développait Giscard d’Estaing dans son livre est très similaire à celle des progressistes de gauche et de droite d’Emmanuel Macron.»

«L’idée des «deux Français sur trois» contre les extrêmes que développait Giscard d’Estaing dans son livre est très similaire à celle des progressistes de gauche et de droite d’Emmanuel Macron.» Image: AFP

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«Emmanuel Macron ne travaille pas à la recomposition de la gauche, mais à celle du centre. Macron, c’est Giscard!» Pour le politologue Thomas Guénolé, auteur, entre autres, du Petit guide du mensonge en politique (Fayard), les trajectoires des deux hommes ainsi que le contexte de leur candidature à la présidentielle ont de nombreux points communs.

Notre dossier: La présidentielle française de mai 2017

«Que ce soit dans son parcours professionnel, privé, son idéologie, sa stratégie et sa vision d’une société libérale, Emmanuel Macron remixe du Valéry Giscard d’Estaing», résume-t-il. Reste à savoir si le premier, avec ses 39 ans, peut détrôner le second, élu à 48 ans en 1974, comme plus jeune président de la République en mai prochain.

«Macron défie toutes les lois politiques. Nous vivons une élection d’invraisemblances. Donc tout est possible», estime Gérald Grunberg. Mais avant d’en arriver là, le politologue spécialiste de la gauche confirme le mimétisme des deux destins, avec des nuances évidemment: «L’idée des «deux Français sur trois» contre les extrêmes que développait Giscard d’Estaing dans son livre est très similaire à celle des progressistes de gauche et de droite d’Emmanuel Macron.»

D’entrée, l’historien de la politique Jean Garrigues met en avant, lui, la ressemblance de VGE et d’Emmanuel Macron sur l’idée du «renouveau générationnel. La modernité, la jeunesse, l’adaptation de la vieille France à une «société libérale avancée». Autant de thèmes qui ont porté la campagne de Valéry Giscard d’Estaing en 1974. On oublie à quel point c’était une rupture avec l’époque», souligne Jean Garrigues.

Les antisystème du système

Ainsi Emmanuel Macron, énarque issu de Sciences-Po Paris, conseiller du président François Hollande et ministre de l’Economie d’un gouvernement de gauche, a opéré un glissement vers le centre de l’échiquier politique. «Il est le candidat antisystème formé par le système», critiquent ses pourfendeurs. Aux vieux désaccords gauche-droite, Emmanuel Macron préfère un projet de volonté et de progrès contre les archaïsmes d’une France sclérosée.

Cela ne vous rappelle rien? «Valéry Giscard d’Estaing, énarque et polytechnicien, ministre de l’Economie sous de Gaulle et Pompidou, se présente en 1974 comme le candidat de la rupture avec le vieux monde et le système, dont il est pourtant issu», ironise Thomas Guénolé. Et de poursuivre: «Si je vous dis: créer les conditions d’un rassemblement large de la classe moyenne pour un projet de libéralisation de la société française, vous hésitez… Est-ce Valéry Giscard d’Estaing dans les années 70 ou Emmanuel Macron en 2017?»

«Giscard à la barre», le buzz de 1974

C’est du VGE dans le texte d’il y a quarante ans. On s’y laisserait prendre. Question image aussi, les similitudes sont frappantes. Tous deux sont des candidats jeunes. Et si cette campagne 2017 profite de la fraîcheur que font souffler les meetings du jeune Emmanuel Macron, la ferveur de la jeunesse giscardienne, qui voulait bousculer son époque, ne lui doit pas grand-chose.

Par exemple, le slogan «Giscard à la barre» avait été un hit. Il faut dire que Brigitte Bardot arborait ce T-shirt très moulant sur ses plus belles années. 50 000 exemplaires s’étaient arrachés en quelques jours.

Question mœurs et changements sociétaux, il faut se souvenir que Valéry Giscard d’Estaing est le président de la «société libérale avancée». C’est lui qui dépénalise l’avortement, fait baisser l’âge de la majorité civile à 18 ans et permet le divorce par consentement mutuel. Bien qu’il n’en ait pas encore parlé, Emmanuel Macron est attendu en pointe sur les questions de la PMA (procréation médicalement assistée) et de la GPA (gestation pour autrui). Les nouveaux marqueurs du progrès dans les mœurs.

Changement d'époque

Ce vent nouveau qui soufflerait par-dessus les partis et les vieilles querelles, c’est celui qu’a réussi à incarner Valéry Giscard d’Estaing et qu’espère porter Emmanuel Macron, pense Gérard Grunberg. «Après Mai 68, l’époque était à la radicalité. Les positions de la gauche et de la droite s’étaient durcies. De Gaulle et Pompidou venaient de mourir. Un monde – le gaullisme – disparaissait et le nouveau avait de la peine à émerger», rappelle-t-il en faisant le lien avec la fin du cycle actuel. En 2017, on assiste à la remise en cause de la mondialisation, à la montée des extrémismes… Et à l’aspiration de «deux Français sur trois» à une cure de réel, mais tournée vers un avenir optimiste.

Boulevard au centre politique

Et si ce contexte lui était favorable? A 80 jours du premier tour de la présidentielle, le candidat de la droite, François Fillon, est empêtré dans l’affaire de l’emploi présumé fictif de son épouse, tandis que le PS se débat en pleine recomposition idéologique. Un boulevard s’ouvre pour Emmanuel Macron au centre de l’échiquier politique.

Comme celui que Valéry Giscard d’Estaing avait su emprunter en enregistrant les ralliements de gauche et de droite (plus de droite), tout en ouvrant l’Assemblée nationale aux professions libérales: les médecins, les avocats, les notables. La clientèle de l’UDF. «Aujourd’hui, on dirait la société civile. Chez Macron, les ralliements politiques sont attendus de droite comme de gauche – plus à gauche. Sa spécificité est d’incarner une perspective de rénovation pour la frange très formée de la jeunesse. Il est aussi moderne que l’était Valéry Giscard d’Estaing», souffle Jean Garrigues.

Le centre va-t-il se recomposer une nouvelle fois 43 ans après VGE? François Bayrou l’a rêvé. Mais il n’a réussi à être qu’un très beau troisième à la présidentielle! (TDG)

Créé: 31.01.2017, 22h38

Au PS, la revendication d’un «droit de retrait»

«Le scénario du désastre au Parti socialiste est inéluctable. Les gauches irréconciliables existent bel et bien.Et elles se trouvent les deux au sein du PS!» Spécialiste du PS français, Rémi Lefebvre est professeur de sciences politiques à l’Université de Lille. Il commente, sans joie, les convulsions qui agitent le PS. En effet, l’aile droite du parti revendique dans une tribune publiée hier dans Le Monde «un droit de retrait» de la campagne présidentielle.

Selon les deux signataires, les députés Christophe Caresche et Gilles Savary, qui s’expriment au nom du Pôle des réformateurs du PS, «les conditions de soutien à Benoît Hamon, investi dimanche par le PS, ne sont pas réunies».

Cette exigence fait notamment référence au soutien, sous condition, accordé par le premier ministre – de fait le chef de la majorité gouvernementale – au vainqueur de la primaire de la Belle Alliance populaire. «La gauche ne réussira pas sans assumer le bilan du quinquennat de François Hollande», a glissé Bernard Cazeneuve après sa rencontre, lundi, avec Benoît Hamon. Ce dernier a demandé à rencontrer le président de la République. Il sera reçu jeudi à l’Elysée. L’exercice sera pour le moins compliqué car Benoît Hamon a fait une campagne de rupture sur la ligne gouvernementale.

«Le rassemblement, c’est le respect de tous, associé à des actes, ce ne peut être l’obligation, pour chaque socialiste, de se convertir à la fronde. […] Mais nous ne pensons pas davantage que l’avenir puisse passer par cette aventure aléatoire à laquelle nous convierait une gauche radicalisée», expliquent les deux députés à l’adresse du héraut de «la vraie gauche», qui avait rejoint le petit groupe des frondeurs socialistes à l’Assemblée nationale sous le gouvernement de Manuel Valls.

«La tension vient du fait que Benoît Hamon est ultraminoritaire dans l’appareil du PS. Mais s’il passe devant Jean-Luc Mélenchon dans les sondages et engage le PS dans une dynamique qui cristallise le vote utile, le rapport de force peut changer», estime Rémi Lefebvre. La première enquête d’opinion esquisse en effet cette inversion des courbes Hamon-Mélenchon, mais la tribune des socialistes réformistes vient documenter la défiance d’une partie des cadres du PS. Pour ces derniers,le vote utile pourrait signifier un ralliement à la candidature concurrente d’Emmanuel Macron et non pas à Jean-Luc Mélenchon. A qui Hamon a tendu la main. «Pas forcément rassurant», écrivent encore les revendicateurs du «droit de retrait».
X.A.

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