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«Donald Trump est très salafiste!»

Spécialiste des radicalisations, Pierre Conesa analyse les récents tueries de Las Vegas et le procès Merah. «La volonté de Dieu permet d’évacuer la responsabilité des hommes», explique cet ancien analyste du ministère de la Défense.

Pierre Conessa: «Si le diable est coupable (ndlr: de la tuerie de Las Vegas, comme le prétend Donald Trump), il est inutile d’interroger le mal intérieur de la société américaine.»
Pierre Conessa: «Si le diable est coupable (ndlr: de la tuerie de Las Vegas, comme le prétend Donald Trump), il est inutile d’interroger le mal intérieur de la société américaine.»
AFP

Maître de conférences à Sciences Po et à l’ENA, et ancien analyste au Ministère de la défense, Pierre Conesa est un spécialiste de la radicalisation et de ses dangers. Après la fusillade de Las Vegas (59 morts et plus de 500 blessés), revendiquée par l’Etat islamique et alors que s’ouvre le procès Merah (sept morts en 2012 à Toulouse), l’ancien haut fonctionnaire met en avant la responsabilité des politiques. Sur la vente d’armes aux USA, et en France, sur la non-application des lois anti-racistes qui permettent la propagande salafiste. Interview.

– Que signifient les multiples revendications de Daech?

– Traditionnellement, Daech faisait preuve de beaucoup de sérieux. Il apportait la preuve de ce qu’il revendiquait. Ces derniers temps, c’est très amateur. Même pour le cas du policier attaqué et tué sur les Champs Elysées en avril dernier, on peut douter du lien réel avec l’Etat islamique. Il n’y a pas de preuve irréfutable. L’état islamique est-il en train d’amplifier sa politique de communication parce qu’il est en échec?

– Daech a revendiqué la tuerie de Las Vegas. Est-ce crédible?

– Il faut surtout voir que c'est la société américaine qui évite de se poser des questions qui fâchent. Depuis le début de l’année, il y a eu aux USA 273 «mass shooting» depuis le début de l’année. On appelle «mass shooting» dès qu’il y a plus de 4 morts. Bref, si ce n’est pas terroriste, c’est donc un fait-divers. Et le discours de Donald Trump qui a qualifié l’auteur de «diabolique» montre à quel point, les USA sont dans un posture de déni. Si le diable est coupable, il est inutile d’interroger le mal intérieur de la société américaine.

– Les USA fuiraient le débat selon vous?

– Ils l’ont toujours fait. Avec 168 morts, l’attentat d’Oklahoma City (ndlr: commis en 1995 par un suprémaciste blanc) est l’un des plus meurtriers jamais commis sur le sol américain. Au lendemain du 11 septembre 2001, aucun mouvement d’extrême droite ne figure sur la liste des groupes terroristes dangereux. En décembre 2015, par exemple, la fusillade de San Bernardino fait 14 morts et est commise par un couple pakistano-afghan. Il y a revendication de Daech. L’Amérique se dit c’est grave, c’est l’islam. Le retentissement est plus grand que lors de la tuerie de l'école primaire de Sandy Hook qui fait 28 morts, dont 20 enfants. Les Américains, ou du moins c’est le cas de Donald Trump est très salafiste. Le parallélisme entre les deux est saisissant: On se dédouane de beaucoup de choses et de ses responsabilités en affirmant que c’est la volonté de Dieu.

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