Le désengagement dans le Donbass se veut prémices de paix

UkraineAlors que s’ouvrent à Paris les négociations entre la Russie et l’Ukraine, la situation militaire sur le terrain reste tendue.

Le soldat Kyrylo dans une tranchées des avant-postes ukrainiens, près de la ville d'Avdiivka. Cette zone est un point chaud de la ligne de front depuis le début de la guerre.

Le soldat Kyrylo dans une tranchées des avant-postes ukrainiens, près de la ville d'Avdiivka. Cette zone est un point chaud de la ligne de front depuis le début de la guerre. Image: AP/ Vitali Komar

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«Nous entendons toujours des tirs d’artillerie ici et là, mais ils sont trop loin. Cela ne nous concerne plus.» Dans un champ en friche survolé de corbeaux, le lieutenant Soulimenko supervise trois de ses soldats occupés à creuser de nouvelles tranchées. De sa main, l’officier montre une colline boisée au loin. Son unité de l’armée ukrainienne y était déployée jusqu’à un désengagement coordonné avec les forces séparatistes soutenues par la Russie, fin octobre. Chacun s’est retiré d’un kilomètre sous la supervision de l’OSCE. «Ces nouvelles positions ne sont pas mauvaises. Il nous faut simplement le temps de nous réinstaller, comme quelqu’un qui achète un nouvel appartement.»

Parmi les militaires, aucun commentaire politique sur cette initiative du président Volodymyr Zelensky, qui a bénéficié à Zolote, Stanytsia Louhanska et Petrovske. Les trois zones sont désormais calmes, dans une tentative de mettre un terme aux hostilités qui déchirent le bassin minier du Donbass depuis 2014. La guerre y a causé plus de 13000 morts et 1,5million de personnes déplacées. «Nous voulons tous que cela se termine, assure le soldat Oleksiy Kravchenko dans une guérite fraîchement creusée dans le sol. Mais le plus difficile, c’est de ne pas comprendre le plan global: est-ce que ce désengagement peut vraiment apporter la stabilité?»

Grogne des vétérans

De fait, l’initiative est très critiquée par des groupes de vétérans et nationalistes. «Ce n’est pas un désengagement, c’est une retraite, voire une capitulation», assène Pavlo Bilous, un vétéran orné de la mèche cosaque, signe de reconnaissance patriotique. Selon lui, le recul des troupes donne aux forces prorusses et russes l’occasion de préparer de nouvelles offensives. Un groupe d’anciens militaires est en attente à Zolote, prêt à prendre la main en cas d’attaque.

«C’est exagéré, s’emporte le lieutenant Soulimenko. Capituler, cela voudrait dire jeter les armes à terre et rentrer chez soi. Nous en sommes très loin.» D’autant plus que le désengagement ne concerne que trois zones très délimitées, isolées le long des 400kilomètres de ligne de front. À Avdiivka, à 100kilomètres à l’ouest, «les fusillades commencent à la tombée de la nuit jusqu’à 5-6heures du matin, presque chaque nuit», commente le soldat Oleksandr, responsable d’un avant-poste «à 70mètres des positions ennemies». Tout en ironisant: «En ce moment, c’est calme, ils ne tirent qu’à l’artillerie légère, des kalachnikovs et du mortier…»

Ce n’est pas un désengagement, c’est une retraite, voire une capitulation»

Pavlo Bilous, Vétéran

Sur un écran relié à une caméra juchée sur un périscope, il décrit un champ de ruine. «On a fait une incursion de 30mètres il y a quelques jours pour planter le drapeau ukrainien. Il faut marquer chaque centimètre de notre terre!» Ici aussi, l’idée de se retirer n’enthousiasme pas les soldats. Au cours des cinq dernières années, ceux-ci se sont aménagés des abris souterrains pour le moins sécurisés, voire confortables. On trouve ici des routeurs de wifi, des écrans plats de télévision ou encore un service de cantine bien approvisionné. «Bien sûr, s’il y a un ordre de se retirer, nous l’exécuterons, assure Dmytro Yaroviy, commandant adjoint de la zone. Mais cela serait problématique ici, car nous sommes aux abords d’une zone habitée. Celle-ci deviendrait automatiquement une zone grise, sans protection.»

C’est néanmoins le succès relatif de la réduction des tensions que Volodymyr Zelensky devrait porter à Paris pour tenter d’obtenir un cessez-le-feu généralisé, et l’amorce d’un processus politique, question particulièrement épineuse. Avec, en filigrane, ce que son ministre des Affaires étrangères appelle la «formule Zelensky», à savoir «des gestes simples pour améliorer les conditions humanitaires: rétablir le paiement des retraites aux Ukrainiens habitant les zones séparatistes, assurer les services essentiels comme l’eau, faciliter le passage de la ligne de démarcation».

Un pont reconstruit

C’est à Stanytsia Louhanska qu’on observe le mieux l’impact de la «formule Zelensky». Sur ce point de transit emprunté chaque jour par au moins 13500 personnes, le désengagement militaire a permis la reconstruction d’un pont détruit en 2015, la rénovation de la route d’accès et le lancement d’une navette gratuite. «Les personnes âgées souffraient la mort pendant le trajet», se souvient le jeune Oleksandr Rodnoï. Lui traverse souvent pour vendre des produits alimentaires en République populaire autoproclamée de Louhansk (RPL). «Qui sait ce qu’on peut obtenir encore? Certains parlent de la paix…»

Créé: 08.12.2019, 19h21

Sortir de trois ans de paralysie

Le premier rendez-vous des présidents russe et ukrainien, sous chaperonnage franco-allemand, a pour objectif de relancer les pourparlers de paix sur l'est de l'Ukraine, seul conflit armé actif d'Europe.

Après trois ans de paralysie des négociations au plus haut niveau, le vétéran Vladimir Poutine y serrera la main pour la première fois de Volodymyr Zelensky, un ancien comédien arrivé au pouvoir en mai. Personne n'attend de percée dès lundi. Mais la reprise des discussions est vue avec optimisme tant le président français Emmanuel Macron, avec la chancelière allemande Angela Merkel, a bataillé pour raviver la mise en œuvre des accords de paix de Minsk.

Ce sera l'occasion aussi pour Paris d'évaluer les chances de l'ambition de M. Macron de relancer des relations russo-européennes, quasi-paralysées depuis l'annexion de la Crimée ukrainienne par Moscou en 2014, suivie du conflit dans l'est de l'Ukraine. La guerre entre Kiev et des séparatistes prorusses a fait plus de 13000 morts en plus de cinq ans. L'Occident et l'Ukraine accusent Moscou de financer et d'armer les rebelles, ce que la Russie nie, affirmant jouer un rôle politico-humanitaire pour protéger les populations locales.

Les négociations à Paris, un format baptisé «Normandie», vont se concentrer sur le contenu des accords de Minsk: cessez-le-feu immédiat, retrait des armes lourdes, restauration du contrôle de Kiev sur la frontière avec la Russie, autonomie accrue pour les territoires sous contrôle séparatiste. Vladimir Poutine s'est montré circonspect sur ses intentions, mais Moscou a pour priorité d'avancer sur la question de l'autonomie et de la tenue d'élections dans les régions de Donetsk et Lougansk. Un autre sujet est la question du transit du gaz russe via l'Ukraine vers l'Europe, afin d'éviter une coupure des approvisionnements au Nouvel-An.

V.L.

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