Les députés britanniques doivent trancher sur le Brexit

Royaume-UniLes options: risquer un Brexit sans accord ou interdire un «no deal» et pousser le pays vers une 3e élection générale en quatre ans.

Le nouveau premier ministre, Boris Johnson, a à nouveau tenté mardi à la Chambre des communes d’imposer sa stratégie de Brexit.

Le nouveau premier ministre, Boris Johnson, a à nouveau tenté mardi à la Chambre des communes d’imposer sa stratégie de Brexit. Image: EPA/UK PARLIAMENTARY RECORDING UNIT

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Les regards sont tournés vers le parlement britannique: c’est là que se tournera cette semaine une page capitale du Brexit. D’un côté, le nouveau premier ministre, Boris Johnson, à peine couronné et pourtant déjà conspué; de l’autre, l’opposition, représentée par le dirigeant du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, mais rassemblant les libéraux-démocrates, les Verts, le Parti national écossais, les indépendantistes gallois et… une vingtaine de députés conservateurs opposés à leur nouveau leader. De quoi dessiner un scénario rocambolesque et passionnant.

Mardi, pour la réouverture de la Chambre des communes après les vacances estivales, Boris Johnson a répété son credo: «Je veux revenir du Conseil européen du mois prochain avec un accord que cette chambre peut débattre, étudier et adopter à temps pour notre départ de l’Union européenne le 31 octobre.» Il estime que les 27 autres États membres de l’Union européenne (UE) n’accepteront de modifier l’accord négocié avec sa prédécesseur Theresa May que si la menace d’un Brexit sans accord («no deal»), qui affectera l’économie britannique mais aussi celle des pays européens, est crédible. Afin d’avoir les mains libres et face à la menace proférée par l’opposition d’interdire un «no deal», il a imposé la semaine dernière une suspension du parlement de la mi-septembre jusqu’au 14 octobre, soit deux semaines de plus que prévu.

Pas le temps de renégocier

Peine perdue: l’opposition et des députés conservateurs se sont mis d’accord pour accélérer leur intervention. «Ces députés ne lui font pas confiance: ils pensent qu’il n’aura jamais le temps en un mois et demi de faire modifier un accord durement négocié pendant une année et demie», explique Georgina Wright, chercheuse en charge du Brexit au think tank The Institute for Government. «Ils voient donc un «no deal» comme le résultat ultime de ces négociations puisque si le premier ministre ne réclame pas d’extension à l’UE, un «no deal» aura lieu automatiquement. Et Boris Johnson a plusieurs fois affirmé son refus de demander un nouveau recul de la date du Brexit.»

Le Parti travailliste a ainsi dévoilé lundi soir le projet de loi destiné à sauver le pays du péril du «no deal». Les députés entendent fixer une nouvelle date butoir au locataire du 10, Downing Street: le 19 octobre, soit au lendemain du Conseil européen des 17 et 18 octobre, il devra soit avoir fait adopter par les députés un nouvel accord, soit avoir fait adopter par ces mêmes députés l’option du «no deal», soit avoir écrit à l’UE pour réclamer une extension de l’article 50 jusqu’au 31 janvier 2020.

Pour Boris Johnson, «ce projet de loi de la capitulation de Jeremy Corbyn détruirait toutes nos possibilités de négociation et permettrait à nos amis à Bruxelles de dicter les conditions des négociations». Il aurait pour résultat de permettre aux Européens de «nous garder tant qu’ils le voudraient dans l’UE et selon leurs conditions». Or, a-t-il affirmé: «Je ne l’accepterai jamais!»

Pirouettes peu crédibles

S’il a fait preuve de force et de volonté dans son texte pré-écrit, le leader conservateur a semblé moins à l’aise face aux questions les plus précises de ses opposants. Il a ainsi refusé de répondre à nombre d’entre elles et s’en est bien souvent sorti par des pirouettes habiles mais peu crédibles pour un auditeur attentif. Et surtout avec lesquelles il ne pouvait pas convaincre ses détracteurs de sa bonne volonté.

Une vingtaine de députés se disaient prêts à voter mardi soir contre le gouvernement et à prendre ainsi le risque d’être, concrètement, expulsés du Parti conservateur. Parmi eux, de nombreux anciens ministres de Theresa May. S’ils devaient concrétiser leurs dires, Boris Johnson n’aurait d’autre possibilité que de «quémander un nouveau recul sans but de la date du Brexit», comme il l’a lui-même qualifié. Plutôt que de s’y astreindre, il réclamera sans doute mercredi ou jeudi l’organisation d’une élection générale anticipée destinée à débloquer l’impasse parlementaire. En cas de succès, et d’élargissement de sa majorité, il pourrait négocier plus sereinement. En cas de victoire du Parti travailliste, le pays serait projeté vers un second référendum.

Créé: 03.09.2019, 22h40

Jeremy Corbyn, l’ambitieux

Le chef de l’opposition veut éviter un Brexit dur, qui selon lui «ravagerait l’économie du pays». Le projet de loi présenté par son parti, sur lequel les parlementaires ont voté mardi soir et revoteront potentiellement ces prochains jours, vise à interdire un «no deal» sans le soutien du parlement. Les députés ayant déjà exprimé à de nombreuses reprises leur opposition forte à cette option, l’adoption de sa loi rendrait impossible un «no deal». Une fois l’option du pire évitée, le dirigeant travailliste vise un but ultime: pousser à l’organisation d’élections générales anticipées pour prendre le pouvoir. Outre une politique beaucoup plus sociale, il organiserait alors un second référendum, lors duquel les Britanniques auront l’option de demeurer dans l’Union européenne. T.D.B.

Philip Hammond, le rebelle en chef

Philip Hammond est le meneur de la vingtaine de députés conservateurs décidés à se rebeller contre leur parti et leur gouvernement au cours de ces prochains jours. L’ancien chancelier de l’échiquier du gouvernement de Theresa May – son responsable des Finances – assure qu’«aucun progrès n’a été réalisé» lors des négociations avec les 27 autres États membres de l’Union européenne. Plus encore, il affirme qu’«aucune négociation substantielle véritable n’a lieu […] parce que le gouvernement britannique n’a pas présenté de proposition». Il estime que cette tactique vise à mener le Royaume-Uni vers un Brexit sans accord avec les Vingt-Sept. Pour éviter cette issue, il soutiendra le projet de loi dessiné par l’opposition pour interdire un Brexit radical. T.D.B.

Boris Johnson sur la défensive

Le nouveau premier ministre britannique est officiellement lancé dans des négociations avec les 27 autres États membres de l’Union européenne. Boris Johnson affirme de manière répétée que les Européens n’accepteront de renégocier que si la menace d’un Brexit sans accord, qui affectera l’économie britannique mais aussi celle des pays européens, est crédible. Pour lui, un vote des députés pour interdire un «no deal» anéantira cette arme de négociation et rendra «de futures négociations absolument impossibles». Dans ces conditions, il réclamera très probablement l’organisation d’élections anticipées afin de sortir le parlement de l’impasse actuelle. Avec le risque de devenir le premier ministre britannique au plus court mandat de l’histoire. T.D.B.

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