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«Nous dépassons les tabous économiques de la France»

Bruno Le Maire revendique le nouveau leadership de la France qui passe par la transformation économique. Il n’y a pas d’autre choix, dit le ministre de l'Economie, si la France ne veut pas sortir de l’histoire.

Bruno Le Maire: «La vraie réponse à la précarité, ce n’est pas des allocations, c’est le travail. Redistribuer de l’argent que nous n’avons pas, ça ne fonctionne pas!»
Bruno Le Maire: «La vraie réponse à la précarité, ce n’est pas des allocations, c’est le travail. Redistribuer de l’argent que nous n’avons pas, ça ne fonctionne pas!»
Keystone

Bruno Le Maire reçoit dans son bureau de Bercy qui surplombe la Seine et embrasse le sud de Paris du regard. Ministre de l’Economie et des Finances, le quadra (48 ans) occupe l’un des postes clés du dispositif d’Emmanuel Macron en ce début de quinquennat. N’oublions pas qu’il y a moins d’un an, l’ex-diplomate se voyait briguer la présidence de la République sous les couleurs des Républicains. Fiscalité, suppression de l’ISF, lutte contre le chômage et relance du projet européen, Bruno Le Maire parle désormais tous les idiomes du président de la République. Lui aussi, dit-il face aux journalistes du groupe LENA à Paris, veut mettre de côté les vieilles rengaines partisanes pour œuvrer au redressement de la France en Europe et dans le monde. Premier objectif? «Remettre d’aplomb le modèle français en favorisant la création des richesses avant de les redistribuer», glisse-t-il. Interview.

– La France, pendant longtemps l’homme malade de l’Europe, assume désormais un nouveau leadership. Toutes les réformes lancées par le gouvernement seront-elles suffisantes pour rattraper en cinq ans ce qui n’a pas été fait en trente ans?

Bruno Le Maire: C’est notre objectif. Pourquoi y a-t-il un nouvel élan français qui est suivi avec attention sur la scène européenne et internationale? La première raison tient au peuple français lui-même. Dans une situation difficile, confrontée à la crise économique et à la montée du chômage et des extrêmes, les Français ont fait le choix de la raison, de l’ambition et de l’espoir en élisant Emmanuel Macron. Pour moi, c’est une vraie fierté. La deuxième raison qui explique ce retour d’un leadership est que nous engageons les transformations économiques et sociales nécessaires avec beaucoup de détermination et de rapidité. Nous dépassons les vieux tabous.

– Qu’appelez-vous les tabous?

– Nous simplifions le droit du travail. Nous allons améliorer la formation professionnelle: c’est essentiel d’accompagner les salariés dans cette économie de rupture technologique. Et nous nous attelons à un vieux totem français: la fiscalité sur le capital. Dans ce cadre, nous avons décidé de l'alléger massivement en supprimant l’impôt sur la fortune des valeurs mobilières et en mettant en place un prélèvement forfaitaire à 30% sur les revenus de l’épargne. Les Européens, les autres pays, voient que la France pour la première fois depuis plusieurs décennies s’attaque à des tabous et des totems qui ont fait de notre économie un cas particulier. Ce message est reçu cinq sur cinq par nos partenaires.

– Et la France ira-t-elle jusqu’à respecter les règles européennes?

– C’est la troisième raison pour laquelle nous retrouvons un leadership: nous respectons nos engagements européens. C’est une nouveauté dans la vie politique française! Emmanuel Macron a été élu sur un projet européen. Comme ministre de l’Economie et des Finances, je suis le gardien de ces règles. Nous serons en dessous de trois pour-cent de déficit en 2017.

– En France pourtant les forces d’opposition restent fortes. L’idée qu’Emmanuel Macron est le «président des riches» progresse.

– C’est une idée fausse et un mauvais procès. Le sens de notre réforme sur la fiscalité du capital n’est pas de servir les uns ou les autres, mais de récompenser le risque plus que la rente. Nous voulons favoriser l’investissement pour l’innovation et pour l’emploi. Si la France se désindustrialise, c’est parce qu'elle a trop taxé les entrepreneurs. Nous prenons des mesures massives pour récompenser le travail et alléger la fiscalité des ménages, notamment celle des classes moyennes. La suppression des charges sur les cotisations maladie et chômage va significativement augmenter le pouvoir d’achat de ceux qui travaillent. Quant à la suppression progressive de la taxe d’habitation, c’est 10 milliards, soit près du triple de l’ISF! Une vision globale de notre politique montre une action déterminée, juste et équilibrée.

– Est-ce une politique de droite?

– C’est une politique qui marche, qui va donner des résultats. Les prévisions de l’INSEE annoncent 1,8% de croissance. Les investissements redémarrent et les entrepreneurs ont rarement eu un moral aussi élevé. Savoir si notre politique est de droite ou de gauche n’est pas la question. Notre obsession est de redonner prospérité et emploi aux Français. Car le drame français, c’est le chômage. Aussi, la question que je pose à nos adversaires est: veulent-ils le succès du quinquennat d’Emmanuel Macron et le succès de la France ou non? Moi, j’ai fait mon choix, je veux le succès de la France.

– Vous n’avez pas peur que cela soit au prix d’une grande précarité des travailleurs comme c’est le cas en Allemagne?

– Au contraire! La précarité, c’est le chômage de long terme. C’est les jeunes des quartiers, qui, sans qualifications, n’arrivent pas à trouver du travail. C’est des personnes handicapées et auxquelles on ne fait pas de place dans les entreprises. La vraie réponse à la précarité, ce n’est pas des allocations, c’est le travail. Redistribuer de l’argent que nous n’avons pas, ça ne fonctionne pas! Nous l’avons appris à nos dépens. Il y a eu un dévoiement du modèle français au cours de ces dernières années. Avec Emmanuel Macron, nous le remettons d’aplomb en favorisant la création des richesses avant de les redistribuer. A la fin du quinquennat, la précarité aura reculé.

– STX marié avec l’italien Fincantieri. Alstom avec l’allemand Siemens. En France, on accuse votre gouvernement de brader les joyaux industriels nationaux?

– Je leur dis de voir le monde tel qu’il est, de regarder avec lucidité les risques qui pèsent sur notre économie et notre industrie. En 2000, Alstom, Siemens, l’espagnol TAV, étaient seuls sur le marché de la construction ferroviaire, avec le Canadien Bombardier. Ils pouvaient être un peu moins compétitifs, moins innovants: ils étaient en situation de quasi-monopole. En 2017, à peine quinze ans plus tard, le premier constructeur ferroviaire mondial est chinois, il fait quatre fois la taille d’Alstom, et il est largement soutenu par des aides d’état du gouvernement chinois. En 2016, tous les appels d’offres aux Etats-Unis pour le matériel roulant ont été gagnés par CRRC. A Boston, à Philadelphie et ailleurs… Il a 30 milliards de chiffres d’affaires là où Alstom en a sept. Face à cette réalité-là, qu’est-ce qu’on fait, on ferme les yeux? On est mort. Mon rôle est d’ouvrir les yeux sur les réalités, pour mieux nous défendre.

– La survie passe forcément par la taille?

– J’estime que nous serons plus forts en nous alliant avec Siemens qu’en restant séparés. Nous avons fait un géant de la construction européen navale, nous allons faire émerger avec Siemens/Alstom le deuxième acteur mondial du ferroviaire et le premier acteur mondial de la signalisation, décisif aujourd’hui en matière ferroviaire. Après, il y a des inquiétudes, et c’est légitime. C’est normal que les salariés s’inquiètent. Mais je rappelle que cela va dans les deux sens, et que des grandes entreprises sont aussi devenues françaises récemment, comme Opel en étant rachetée par Peugeot.

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