La crise entre Paris et Rome devient ouverte

DiplomatieEn rappelant son ambassadeur à Rome, la France entendre mettre fin aux provocations italiennes.

Le vice-premier ministre italien Luigi di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles, et le président français, Emmanuel Macron.

Le vice-premier ministre italien Luigi di Maio, leader du Mouvement 5 étoiles, et le président français, Emmanuel Macron. Image: Reuters

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Cette fois-ci, il ne s’agit plus de simples tensions, mais bel et bien d’une crise diplomatique entre la France et l’Italie – une crise que Paris a d’ailleurs soigneusement mise en scène. Jeudi, en début d’après-midi, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères annonce le rappel pour consultations de l’ambassadeur de France à Rome. La mesure est spectaculaire car elle est rarement prise et indique une véritable fâcherie, mais surtout, de source diplomatique, on fait remarquer qu’elle est sans précédent entre la France et un autre pays membre de l’Union européenne. Tout au moins depuis 1945.

D’ailleurs le communiqué qui explique la mesure ajoute à la gravité: «La France a fait, depuis plusieurs mois, l’objet d’accusations répétées, d’attaques sans fondement, de déclarations outrancières (…). Cela n’a pas de précédent, depuis la fin de la guerre.» Sans les mentionner explicitement, ce texte fait référence à des provocations récentes faites par les deux vice-premiers ministres italiens, Matteo Salvini (La Ligue) et Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles), en lien avec le mouvement des Gilets jaunes.

Le 7 janvier, Luigi Di Maio avait lancé un appel sur le site de son parti: «Gilets jaunes, ne faiblissez pas!» Le même jour, Matteo Salvini enfonçait le clou: «Je soutiens les citoyens honnêtes qui protestent contre un président gouvernant contre son peuple». Le 20 janvier, Luigi Di Maio accusait la France d’appauvrir l’Afrique et de nourrir les flux migratoires. Puis le 22 janvier, dans une vidéo publiée sur son compte Facebook, c’était au tour de Salvini de clamer son espoir que les Français profiteraient des élections européennes du 26 mai pour «se libérer d’un très mauvais président». Enfin cette semaine, mardi, Luigi Di Maio révélait sur son compte Twitter avoir rencontré en France, à Montargis, certains candidats de la liste Gilets jaunes aux élections européennes. «Le vent du changement a franchi les Alpes. Je répète: le vent du changement a franchi les Alpes», se félicitait le dirigeant européen.

Jusqu’à présent, le gouvernement français évitait soigneusement de dramatiser ces provocations, tout juste avait-il convoqué l’ambassadrice italienne en France, au lendemain du 20 janvier, pour dénoncer des propos «sans objet». Mais cette fois-ci, plus question de minimiser: «Les dernières ingérences constituent une provocation supplémentaire et inacceptable. Elles violent le respect dû au choix démocratique, fait par un peuple ami et allié», affirme le communiqué.

A Rome, les deux chefs politiques du gouvernement italien se sont immédiatement déclarés «disponibles» pour un dialogue avec le président français ou «au plus haut niveau du gouvernement». Mais le ton n’est pas aux excuses: «Nous ne voulons nous fâcher avec personne, les polémiques ne nous intéressent pas, a déclaré Matteo Salvini dans un communiqué. Nous sommes des gens concrets et nous défendons les intérêts des Italiens.»

De son côté, Luigi Di Maio faisait savoir sur Facebook: «Le peuple français est notre ami et notre allié. Le président Macron s’en est souvent pris au gouvernement italien pour des motifs politiques en vue des européennes. Cela n’a jamais entamé le sentiment d’amitié qui lie nos pays et n’y parviendra jamais.»

Quant au chef du gouvernement italien, Giuseppe Conte, en déplacement au Liban, il se veut rassurant: «Les relations entre les deux pays sont si anciennes que toute mauvaise passe, même institutionnelle et un peu vive, pourra être dépassée.»

Réponse à Paris d’un officiel cité par l’AFP: «Nous ne cherchons pas l’escalade et ne rompons pas le dialogue, mais on dit clairement: On en a marre!»

Créé: 07.02.2019, 21h01

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