«En France, des politiciens sont réélus malgré les poursuites pour corruption»

FranceTransparency vient de publier la carte des affaires de corruption jugées dans l'Hexagone. Entretien avec Jean-Michel Verne, coauteur d’un livre sur le sujet

Jean-Michel Verne

Jean-Michel Verne Image: Pascal PARROT

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Entre 2010 et 2014, les tribunaux français ont jugé 258 cas de corruption avérée en France. L’ONG Transparency international en publie la carte (www.tdg.ch).Dans le palmarès mondial publié par cet observatoire en novembre, la Suisse se hisse de la 6e à la 5e place des pays les plus vertueux. L’Hexagone apparaît en 26e position sur 174 pays: un bon classement qui étonne Jean-Michel Verne, coauteur de «Histoire secrète de la corruption sous la Ve République».

La politique, l’Afrique, les marchés de l’eau, des armes, de l’immobilier, c’est un bon résumé de la corruption en France?

Pour l’essentiel, oui. J’ajouterai le sport qui a aussi développé des métastases de ce cancer de la corruption, comme le montrent l’affaire des matchs truqués du Nîmes Olympique, ou celles concernant l’infiltration du milieu dans les transferts de joueurs à l’Olympique de Marseille.

A-t-on raison de penser que le Sud est plus propice à ces affaires?

Oui, sur la carte de Transparency international, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur arrive en deuxième position derrière la Région parisienne. Mais si on rapporte ces affaires à la population, elle arrive en tête. Il y a peu d’affaires dans le centre ou en Bretagne.

Quelle est la place des affaires du clan Sarkozy par rapport à celles de ces prédécesseurs?

Beaucoup de dossiers sont sortis et d’enquêtes déclenchées dans un laps de temps assez court. Ce qui a créé un focus sur le clan Sarkozy. Mais il y a eu autant d’affaires dans l’entourage des précédents présidents. Sur le dossier Bettencourt, il s’en sort bien. Il faut attendre les conclusions des différentes enquêtes pour y voir plus clair.

Quel est le politique le plus lourdement condamné pour corruption en France?

Je pense que c'est l’ancien maire de Cannes, Michel Mouillot condamné à six ans de prison ferme dans une affaire de racket pour l’attribution de machines à sous dans les casinos. Vient ensuite l’ancien maire de Grenoble, Alain Carignon, qui a pris 29 mois pour abus de biens sociaux et faux. Ce qui frappe chez eux, comme chez l’ancien maire de Nice, Jacques Médecin, c’est qu’ils affichent une certaine immoralité. Pour eux, la corruption, c’est normal.

Les banques en Suisse ont joué un rôle pour dissimuler des sommes cachées de politiques français. C’est fini?

Les listes qui sont sorties sont un indice. Elles montrent que des politiques avaient des comptes cachés. On pense à l’ancien ministre du budget, Jérôme Cahuzac, évidemment. Cela va continuer mais via des fiduciaires, des comptes offshore ou des montages de sociétés financières. Et il sera plus difficile de prouver les pactes de corruption.

La lutte contre la corruption progresse-t-elle en France? Oui, des structures dédiées mènent les enquêtes avec plus de moyens et un pôle anticorruption a été créé au parquet de Paris pour lutter contre la grande délinquance financière.

Y-a-t-il plus d’affaires aujourd’hui?

Ce phénomène ne date pas d’aujourd’hui. En revanche, la médiatisation des affaires est plus forte. Et il est vrai que les parquets des tribunaux sont plus sensibilisés. Avec la crise, cela passe de plus en plus mal dans la population. Cependant, et cela m’inquiète, certains politiques comme Jean-Noël Guérini dans les Bouches-du-Rhône, Patrick Balkany à Levallois-Perret ou Serge Dassault à Corbeil-Essonne sont réélus malgré les poursuites pour corruption. La France a un vrai problème démocratique. La place très passive des citoyens dans la vie démocratique, comparés à ceux de Suisse, plus critiques, autorise ces dérapages.

Tous les partis sont concernés?

Oui, tous. De gauche et de droite. Et le Front national n’est pas épargné. Il y a un chapitre fourni dans le livre. Plus il va monter, plus il y aura d’affaires. C’est le pouvoir qui génère la corruption.

Mais il y a plus d’affaires de financement de partis que d’enrichissement personnel chez les élus?

L’énorme dossier Urba, c’était en effet un racket organisé pour financer le Parti socialiste. Tous les partis ont eu des affaires de financement. Ceci dit, je constate que les grands élus finissent rarement pauvres. Bon, on a beaucoup fantasmé sur Mitterrand, mais il a lui-même peu bénéficié de fonds. Ce qui l’intéressait, c’est le pouvoir. Son épouse avait d'ailleurs dû faire appel à des dons pour réunir une caution de 800 000 euros pour sortir son fils Jean-Christophe de prison.

«Histoire secrète de la corruption sous la Ve République», ouvrage collectif dirigé par Yvonnick Denoël et Jean Garrigues aux Editions Nouveau monde, 623 pages (TDG)

Créé: 10.12.2014, 17h34

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