En criant au loup, l’Ukraine et son président se font du tort

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«Nous pensions avoir touché le fond. Puis quelqu’un a frappé depuis en dessous». Cette plaisanterie désespérée remonte à l’époque soviétique, mais elle est toujours employée en Ukraine. Or, à lire les derniers communiqués en provenance de Kiev, le fond n’aurait pas encore été atteint. Au contraire, la guerre totale avec la Russie serait sur le point de se déclencher.

Sans conteste, l’incident naval survenu dimanche dernier entre les marines russe et ukrainienne est inédit. Depuis le début du conflit, jamais les deux armées ne s’étaient officiellement affrontées. L’escarmouche a suscité une vague d’inquiétude dans un pays victime depuis plus de quatre ans d’une agression de la part de la Russie – qu’il s’agisse de l’annexion de la Crimée ou de la guerre alimentée par le Kremlin dans le Donbass. Mais les mesures préconisées par le président ukrainien Petro Porochenko relèvent en partie de la pure rhétorique. C’est le cas par exemple lorsqu’il implore l’OTAN d’envoyer des navires en mer d’Azov. Imaginer une seconde que les tensions baisseront lorsque l’Alliance atlantique augmentera sa présence à quelques encablures des côtes russes tient de l’affabulation.

Si ce genre de déclarations officielles sonne creux, c’est que Kiev a depuis longtemps un problème de communication. En janvier 2015, deux semaines après la tuerie de «Charlie Hebdo», Petro Porochenko était monté à la tribune du Forum économique mondial de Davos. Dans ses mains, un morceau de tôle jaune perforé d’impacts. Il s’agissait des restes d’un bus touché par un obus à un barrage routier. Pour le président, il n’y avait aucun doute: le conflit qui déchire sa patrie était de la même nature que le terrorisme islamiste. Le qualificatif qu’il employait à l’encontre des forces ennemies dans le Donbass était d’ailleurs celui de «terroristes». Malaise dans la salle.

Depuis, Kiev a crié au loup de nombreuses fois. Ce printemps, les services de renseignement ukrainiens sont allés jusqu’à organiser la mort puis la résurrection du journaliste Arkadi Babtchenko pour prouver l’existence d’un complot des services russes visant à l’assassiner. Incompréhension dans les médias internationaux. De déclarations intempestives en mises en scène douteuses, Kiev entame sa crédibilité auprès de ses partenaires occidentaux. La Russie – sous réserve d’un incident aussi majeur qu’imprévisible – n’aurait rien à gagner en déclenchant une offensive totale. Au contraire, l’Ukraine lui est bien plus utile dans sa situation actuelle. Moscou peut augmenter ou diminuer l’intensité des hostilités dans le Donbass en fonction des messages qu’il souhaite envoyer à l’Occident.

Petro Porochenko, qui se présente à sa propre réélection en mars 2019, veut s’afficher en commandant en chef. Cette crise lui en fournit l’occasion. Mais son message serait plus percutant si le président, au lieu d’évoquer des mesures irréalistes, se remémorait la première phrase de son hymne national. «L’Ukraine n’est pas encore morte», dit-elle. Tel un défi lancé par un État qui a la ferme intention d’exister malgré son puissant voisin. (TDG)

Créé: 30.11.2018, 13h44

Marc Allgöwer, Chef de la rubrique Monde

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