La corruption, priorité des électeurs

SlovaquieLes législatives sont l'occasion pour les Slovaques de marquer leur opposition à la corruption, qu'ils imputent au gouvernement sortant.

Selon un sondage, OLaNO, le parti d'opposition de centre droit d'Igor Matovic dépasserait le parti populiste de gauche Smer-SD actuellement au pouvoir de 3,5% des intentions de vote. (Vendredi 28 février 2020)

Selon un sondage, OLaNO, le parti d'opposition de centre droit d'Igor Matovic dépasserait le parti populiste de gauche Smer-SD actuellement au pouvoir de 3,5% des intentions de vote. (Vendredi 28 février 2020) Image: AFP

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Les Slovaques votent samedi pour renouveler leur parlement dans l'espoir de réduire la corruption, imputée notamment aux populistes du gouvernement sortant, cet objectif étant devenu priorité nationale après le meurtre d'un journaliste d'investigation en 2018.

L'assassinat de Jan Kuciak et de sa fiancée Martina Kusnirova, dont un riche entrepreneur lié à des hommes politiques est accusé d'être commanditaire, a mobilisé l'opinion.

Aussi, la plupart des sondages indiquent-ils que le parti populiste de gauche Smer-SD, actuellement au pouvoir, durement touché, pourrait se retrouver à égalité avec OLaNO, un parti d'opposition de centre droit, dont le combat contre la corruption est le principal mot d'ordre rassembleur.

Selon un sondage de l'institut AKO-Focus, publié cette semaine en République Tchèque voisine pour contourner le silence radio imposé en Slovaquie, OLaNO dépasserait même le Smer-SD de 3,5% des intentions de vote.

«Cet Etat mafieux doit se donner une nouvelle direction», a dit vendredi à l'AFP Dasa Hankova, une vendeuse de Bratislava d'âge moyen. Sa voix ira au chef d'OLaNO, Igor Matovic. «Il s'efforcera de mettre fin à la corruption, c'est la question la plus importante aujourd'hui», a-t-elle ajouté.

«Aspiration à la décence»

Un analyste politique basé à Bratislava, Radoslav Stefancik exprime une opinion similaire : «Cette élection traduit avant tout l'aspiration à la décence en politique». «Au lieu de manifester dans les rues contre le parti au pouvoir Smer-SD, les gens le feront dans les bureaux de vote», a-t-il dit à l'AFP.

Le double assassinat avait déclenché en 2018 les plus importantes manifestations contre le gouvernement depuis l'époque communiste. Le Premier ministre d'alors Robert Fico avait été contraint de démissionner, laissant son poste à un proche, Peter Pellegrini. Le mouvement d'opinion a également propulsé Zuzana Caputova, une avocate libérale et militante anti-corruption peu connue, à la présidence du pays.

Selon l'analyste politique Grigorij Maseznikov, le meurtre du journaliste «a reconfiguré toute la scène politique, avec l'émergence de nouveaux partis libéraux et démocratiques qui ont immédiatement obtenu du soutien». «Le scénario le plus probable est la création d'une coalition gouvernementale de centre droit pro-démocratie de six ou même sept partis», ajoute le politologue.

Jurant de partir en guerre contre la démoralisation dès son arrivée au pouvoir, le chef d'OLaNO Igor Matovic semble avoir galvanisé l'indignation du public contre le meurtre de Kuciak et la corruption à haut niveau révélée par l'enquête.

Devenu millionnaire par ses propres moyens, cet ancien patron de presse de 46 ans ayant fondé OLaNO (Gens ordinaires et personnalités indépendantes) il y a une dizaine d'années pourrait prendre la tête du gouvernement s'il parvient à unifier une opposition fragmentée.

Montée de l'extrême droite

M. Fico, qui est toujours patron du Smer-SD, a exclu de former une coalition avec le parti d'extrême droite Notre Slovaquie LSNS de Marian Kotleba. Mais il a fait cause commune avec lui il y a quelques jours au parlement pour voter une loi offrant un 13e mois aux retraités, aussitôt dénoncée comme électoraliste par ses adversaires.

«Je voterai pour Fico, c'est un vrai leader. L'opposition fait plein de promesses, mais, dites-moi, qui a fait quelque chose pour la Slovaquie ?» a déclaré à l'AFP Jaroslav, un retraité sexagénaire de Bratislava, préférant de ne pas donner son nom de famille.

De son côté, le LSNS, qui se présente comme un parti anti-élites et affiche son inimitié à l'égard de la minorité Rom, dénonçant les allocations qu'elle perçoit, pourrait porter de dix à vingt le nombre de ses sièges dans la chambre unique.

Son chef Marian Kotleba, 42 ans, ancien gouverneur de la région de Banska Bystrica, est actuellement poursuivi en justice pour incitation à la haine, mais de telles accusations contre lui n'ont jamais abouti dans le passé.

«Eux (les Roms) reçoivent tout gratuitement», a dit Jozef Mikus, un ancien ouvrier d'usine, lors d'un meeting récent du LSNS à Topolcany, une petite ville dans l'ouest de la Slovaquie. Favorable à la Russie, hostile à l'UE, Kotleba voudrait que la Slovaquie quitte l'Otan.

Les bureaux de vote ouvrent à 6H00 GMT et fermeront à 21H00 GMT (7 et 22 heures en Suisse). Des sondages sortis des urnes devraient indiquer peu après l'orientation de ce scrutin auquel participent 25 partis politiques. Moins que dix devraient entrer au parlement. (afp/nxp)

Créé: 29.02.2020, 05h52

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