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Copenhague: la police démunie face à la folle guerre des gangs

Deux organisations criminelles se livrent une bataille sans merci pour le contrôle des territoires de la drogue.

Au moins 40 fusillades ont éclaté depuis le début de l'été.
Au moins 40 fusillades ont éclaté depuis le début de l'été.
AFP

Copenhague connaîtra-t-elle enfin un peu de répit? Deux gangs en lutte pour le contrôle du trafic de drogue dans le quartier populaire de Noerrebro auraient signé un accord de cesser le feu, il y a quelques jours. Une bonne nouvelle pour les habitants: depuis le début de l’été, pas moins de 40 fusillades ont éclaté dans le quartier, faisant 3 morts et 22 blessés. Une réalité qui contraste avec l’image d’une capitale danoise paisible et insouciante dans un royaume de Danemark souvent cité comme le plus heureux du monde.

Ces derniers mois, les deux bandes rivales, Loyal to Familia (LTF) et Brothas, ont mené une lutte sanglante, se disputant la suprématie des lieux et le contrôle juteux du marché du hasch. «Ces bandes sont composées en majorité de jeunes d’origine immigrée, beaucoup sans éducation, ayant grandi dans des HLM, explique Dan Bjerregaard, ancien membre de la brigade antigang de la police. Dès leur jeune âge, ils ont vu que ceux qui ont de l’argent, de belles voitures et qui inspirent le respect font partie des bandes. Ils voient ces chefs de gangs comme des modèles à suivre.»

Jeunes traumatisés

Pour Joy Torpdahl, responsable d’un «exit program» de la commune de Copenhague destiné à faire sortir les jeunes délinquants des chemins de la criminalité, «les membres de ces bandes sont parmi les plus marginalisés de la société, issus pour la plupart de familles à problèmes sociaux avec des parents psychiquement malades ou traumatisés». Certains «ont été des enfants soldats, ou ont fui seuls pour se réfugier au Danemark. D’autres ont vu leurs parents se faire torturer. Beaucoup ont des difficultés à l’école avec des syndromes post-traumatiques. Ils trouvent dans les bandes une forme de reconnaissance et de fraternité.»

Avec sa tenue noire frappée d’une tête de mort, LTF, forte de ses 250 membres, est dirigée par un Pakistanais au casier judiciaire chargé. Elle cherche depuis sa création en 2012 à étendre sa domination à Copenhague et à d’autres villes, ainsi qu’à élargir ses activités criminelles notamment liées aux stupéfiants où elles contrôlent une bonne part du marché. «Elle recrute agressivement des membres, même au sein de sa rivale Brothas», explique Aydin Soei, sociologue, ayant une bonne connaissance du milieu et pour qui «cette guerre est aussi nourrie par des conflits personnels et par la spirale de la vengeance, œil pour œil, dent pour dent».

Extorsions et rackets

Le conflit a atteint un nouveau pic le 31 octobre lorsque trois figures de Brothas sont mitraillées à la sortie d’une auberge de jeunesse à Noerrebro, en face du ghetto de Mjoelnerparken, leur repaire. Cette attaque, qui a fait un mort et deux blessés, attribuée à LTF, sera suivie trois jours plus tard par des représailles mortelles de Brothas contre un membre de la bande adverse. À l’origine de l’escalade, «une ingérence intolérable de LTF dans notre circuit d’approvisionnement de cannabis en Espagne», explique le porte-parole de Brothas Plomo, un homme d’origine marocaine, au quotidien Berlingske Tidende. «Et le hasch, ça rapporte bien, plus que la cocaïne, car tout le monde en fume au Danemark», dit-il, affirmant que Brothas «ne baissera pas les bras» face aux velléités de sa rivale LTF. Celle-ci, selon la police, reste sans doute l’organisation la plus puissante. «Elle se nourrit d’extorsions, de racket dans les bordels, de vente de hasch et autres substances illicites», explique le commissaire Steffen Thaaning Steffensen.

À Noerrebro, les riverains sont devenus de plus en plus inquiets. La police a procédé à l’arrestation de 64 membres de bandes, procédé à de multiples perquisitions. Les habitants, en particulier des Somaliennes, ont organisé plusieurs manifestations pour dénoncer ces violences.

Moment de répit dans cette guerre: le 12 novembre, les deux bandes, contactées par des parents de leurs membres, ont donc décidé un cessez-le-feu d’un mois, conclu dans une mosquée à Copenhague. Mais tout le monde reste sur le qui-vive et sceptique sur la capacité de la police à éradiquer durablement le fléau. Pour Terje Bech, organisateur des manifestations de quartier sous le slogan «Nous voulons une vie normale dans nos rues», la trêve n’a fait que «retarder l’allumage d’une bombe qui nous menace».

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