«Le clash, c’est comme la cour de récréation»

FranceQui de Booba ou de Kaaris a frappé le premier, à l’aéroport d’Orly? Récit d’une audience homérique au Tribunal de Créteil.

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La rixe entre Booba et Kaaris avait eu lieu à Orly, le jugement s’est déroulé dans un cadre plus austère, à Créteil. On est dans la banlieue est de Paris, le béton a un petit goût années 70 et le tribunal, monumental, est censé évoquer un livre et une balance. Ce jeudi, il est surtout pris d’assaut par une centaine de journalistes impatients d’assister à l’épilogue judiciaire du «clash» des deux rappeurs. Une avocate passe, elle fait la moue: «Il y a quand même des causes qui mériteraient plus que celle-là!» On fait mine de ne pas avoir entendu…

Au fond, pourquoi sommes-nous là? Parce que Booba est un pape du rap français et qu’il pratique en maître le clash, cet art d’insulter, menacer et si possible humilier les autres rappeurs pour affoler les réseaux sociaux. Ça a l’avantage de doper les ventes et de peaufiner votre image de méchant. Booba et Kaaris étaient copains, ils ne le sont plus, ils se détestent et leurs amis avec: «Le rap est une cour de récréation, a expliqué un jour Booba au quotidien «Le Monde». Les clashs, c’est aussi bête que cela.»

Sauf que le 1er août, ils se sont croisés par hasard dans l’aéroport d’Orly et qu’ils en ont profité pour se taper dessus comme des sauvages, confondant un peu la réalité et les réseaux sociaux. Ça les a conduits trois semaines en préventive, cela a plongé la planète rap en émoi et cela a dopé les ventes de Chanel Allure Homme du duty free d’Orly: c’est le flacon de parfum que Booba avait lancé dans la bagarre.

C’est pas moi, c’est lui!

Qui a commencé? Bien sûr, c’est pas moi, c’est lui! Et le Tribunal correctionnel de Créteil est donc chargé de les faire quitter la cour d’école pour tenter d’établir la vérité. L’affaire est moins anodine qu’il n’y paraît: pour actes de violence en bande, ils risquent jusqu’à dix ans de prison. Autant dire que pour ces deux pères de famille, 38 ans pour Kaaris, 44 ans pour Booba, chacun à la tête d’une petite entreprise qui en plus de la musique se diversifie dans le commerce de vêtements, de whisky et même une agence de joueurs de football, ce serait une catastrophe.

Aux côtés des deux rappeurs, il y a neuf autres inculpés qui ont participé à la rixe. Cela signifie plus de dix avocats, plus les parties civiles, plus le procureur – une véritable nuée de toges noires qui s’apostrophent, se coupent la parole. Fâché par une remarque de la partie adverse, Me Kaminsky, défenseur de Kaaris, lâche: «C’est une vérité d’avocat, ça ne vaut pas plus que ça.»

La présidente tente de mettre de l’ordre, et elle a fort à faire. Elle n’a pas fini de résumer les chefs d’accusation qu’il faut interrompre l’audience: on a oublié de convoquer un traducteur pour un des inculpés qui ne parle qu’anglais. Puis quand on diffuse les enregistrements des caméras de surveillance, on s’aperçoit qu’un problème technique cache une partie importante de l’image. Les esprits s’échauffent! Quand donc Kaaris se lève-t-il dans la salle d’attente? À 14 h 56 et 6 secondes, comme affirment ses adversaires, ou 8 secondes, comme le soutiennent ses défenseurs? Et Booba, quand lâche-t-il son sac? On a beau faire, le début de la rixe est hors champ, on passe les images, on les repasse, dans le public, plus personne n’y comprend rien, mais la présidente prend ses notes…

Quant aux accusés, ils affichent deux attitudes très différentes. Kaaris, quand il prend la parole, balbutie d’émotion: «Je voudrais dire… c’est très… C’est pas bon ce qui s’est passé, je présente mes excuses…» Booba, lui, ne se démonte pas. «Le premier coup, c’est bien vous qui l’avez donné?» accuse un avocat. Après un petit silence: «Je l’ai même pas touché, c’était un petit coup d’intimidation»…

Créé: 07.09.2018, 08h09

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