Passer au contenu principal

«C'est Fillon qui prend la responsabilité de la défaite»

Ex-bras droit d'Alain Juppé, Gilles Boyer a tiré un livre sur la campagne qu'il a menée avec le maire de Bordeaux. Une immersion hors du commun.

Gilles Boyer, au premier plan, a travaillé dans l'ombre d'Alain Juppé ses 15 dernières années. «Rase campagne» raconte de l'intérieur une recomposition politique à l’œuvre.
Gilles Boyer, au premier plan, a travaillé dans l'ombre d'Alain Juppé ses 15 dernières années. «Rase campagne» raconte de l'intérieur une recomposition politique à l’œuvre.

Dans le landerneau de la politique française, Gilles Boyer est l'homme des Tweets corrosifs. Et le plus souvent très drôles. Gilles Boyer a surtout dirigé la campagne de la primaire d'Alain Juppé dont il a été le directeur de cabinet. Il en a tiré un ouvrage passionnant Rase campagne (Lattès). D'abord parce qu'il est bien écrit et qu'il raconte de l'intérieur cette drôle de présidentielle 2017. Gilles Boyer est désormais le trésorier de François Fillon. Cet homme de l'ombre va tenter d'entrer dans la lumière. Il vient d'être investi par les Républicains dans les Hauts-de-Seine. Interview cash d'autant plus intéressante que François Fillon est désormais aussi en difficulté.

Ce livre, c’est une autopsie de la défaite?

L’écriture fera toujours partie de ma vie. Je ne sais pas si ce sera le cas de la politique. J’ai eu besoin et envie d’écrire très vite le récit de ce qui s’est passé, ce que j’ai pu ressentir après 15 ans d’engagement aux côtés d’un homme et après une défaite aussi imprévue et brutale que celle-là. J’ai commencé à écrire le 30 novembre, au lendemain de la primaire. J’ai tout écrit en 45 jours.

Vous parlez d’une défaite imprévue. Mais vous avez eu des doutes très vite?

J’ai toujours douté mais je voyais bien que globalement Alain Juppé était le favori aux yeux de tous. C’est à la fois une position enviable et très fragile. A neuf mois de l’échéance, quelqu’un est venu me voir et m’a dit: «On a un problème: on est trop tôt trop haut». Je lui ai répondu que si on était trop bas trop tard, ce serait pire! Avec le recul, il avait raison. Mais personne ne pouvait le prédire. Les électeurs n’ont pas accepté qu’on leur dise que Juppé avait déjà gagné.

L’humeur est au «dégagisme»…

Oui, mais on ne peut pas dire que Juppé ait été dégagé au profit d’un perdreau de l’année! Celui que l’on veut écarter, c’est le favori plus que l’ancien. Fin 2014-début 2015, quand Nicolas Sarkozy est revenu comme un bulldozer qui se croyait invincible, on en a profité aussi. C’est une leçon pour l’avenir.

Comment vous situez-vous dans cette campagne insaisissable? Avec un François Fillon qui se maintient coûte que coûte?

François Fillon a repris le dessus. Cette affaire a suscité un profond désarroi dans l’opinion. Il a tardé à en prendre conscience et depuis il s’en est excusé. C’est maintenant une affaire qui sera prise en compte par les électeurs. De l’étranger, ça peut paraître étonnant, n’empêche qu’en France on est très attaché à la présomption d’innocence. François Fillon n’est pas condamné ni même renvoyé devant un tribunal. La différence entre la légalité et l’acceptabilité est énorme.

Ce qui attend la droite en cas de défaite, c’est la dislocation?

Elle a déjà commencé. L’UMP, créée en 2002, représentait la droite et l’essentiel du centre. Aujourd’hui elle ne représente plus que la droite. Le centre l’a quitté il y a 4 ou 5 ans. Ce mouvement a commencé et il va se poursuivre.

Une partie de la droite pourrait aller chez Marine Le Pen qui transformerait le FN en «parti patriote»?

Si demain Benoît Hamon affronte Marine Le Pen au 2e tour, un certain nombre d’électeurs de droite vont faire ce choix là c’est sûr. Beaucoup vont rester chez eux et beaucoup vont franchir le Rubicon. Et une fois qu’ils l’auront franchi, ils ne reviendront pas en arrière.

Une hypothèse probable, c’est un duel Fillon-Le Pen. La droite a pris une lourde responsabilité en maintenant son candidat qui n'est pas certain de gagner…

Rien ne dit qu’un autre ferait mieux à sa place. De toute façon c’est comme ça. Nous n’avions aucun outil juridique pour empêcher François Fillon d’être candidat. Aucun. Vous appréhendez cela avec un logiciel respectable. J’ai lu qu’en Suède ce serait inconcevable. Mais pourquoi ce serait inconcevable? Parce que, de son propre chef, l’intéressé aurait renoncé! A la fin, il faut un acte positif du principal concerné. Vous pouvez dire que François Fillon prend une responsabilité.

Avec ce rejet du système, on vit une sorte d’état pré-insurrectionnel?

Mais le système, c’est la démocratie! Ceux qui rêvent de détruire le système veulent en fait le remplacer par leur propre système. C’est comme la pensée unique. Ça ne veut rien dire, la pensée unique. En France, il y a une pensée majoritaire et une pensée minoritaire et le débat vit.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.