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À Bruxelles, les Vingt-Sept et le Royaume-Uni actent leur séparation

L’ambiance était morose au sommet qui a ouvert la voie à une ratification de l’accord sur le Brexit par le parlement britannique.

Les présidents de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (à g.), et du Conseil européen, Donald Tusk, avec Michel Barnier (à dr.), négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, après la signature de l’accord avec le Royaume-Uni, ce dimanche à Bruxelles.
Les présidents de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (à g.), et du Conseil européen, Donald Tusk, avec Michel Barnier (à dr.), négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, après la signature de l’accord avec le Royaume-Uni, ce dimanche à Bruxelles.
Reuters

Les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Huit n’ont eu besoin que de trois heures dimanche matin pour apposer leur sceau sur les termes du divorce entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, mettant un terme à vingt et un mois de négociations depuis le «déclenchement» de l’article 50 en mars 2017. Malgré ce «succès», l’ambiance était au mieux solennelle, au pire morose.

Avec le Royaume-Uni, l’Union européenne s’ampute de 12% de sa population et environ un cinquième de son PIB, mais surtout elle prend acte de la plus violente manifestation de défiance qu’elle ait jamais eue à connaître. «Il n’y aura pas de champagne» pour célébrer ce «bon et triste deal», a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, après la réunion. Plus sentimental, le président du Conseil s’est fendu d’un «quoiqu’il arrive, nous resterons amis jusqu’à la fin des temps et même un jour de plus», risquant la veille sur Twitter une référence aux «Friends will be friends» de Freddie Mercury, disparu il y a vingt-sept ans. La chancelière allemande, Angela Merkel, a évoqué pour sa part un «accord historique», avouant qu’elle ressentait à la fois «douleur» et «soulagement».

Les incidents qui avaient émaillé les jours précédents en disent long sur les difficultés à venir pour transformer cet essai de «retrait ordonné» du Royaume-Uni. Lundi encore, Theresa May était menacée d’un vote de défiance à la Chambre des communes. L’inscription de l’accord à l’ordre du jour du parlement et même son vote éventuel sont loin de la mettre à l’abri d’un tel risque, bien au contraire. Dans la semaine également, un nouveau front s’était ouvert à Madrid, d’où le premier ministre Pedro Sanchez annonçait qu’il mettrait son veto à un accord qui n’offrait pas, à ses yeux, de garantie suffisante des intérêts espagnols à Gibraltar. La demande avait passablement irrité les autres dirigeants, mais elle n’a été écartée qu’au prix d’un engagement des Vingt-Sept de ne rien acter sur Gibraltar sans l’aval de Madrid. La France a réussi, plus discrètement, à obtenir in extremis de «faire reconnaître comme une priorité» par les Vingt-Sept les intérêts des pêcheurs actuellement dépendants des eaux britanniques et qui sont concentrés dans huit pays. Un texte additionnel a été préparé à la hâte ces derniers jours pour parer les divisions à venir.

Après ces heures de tension, la priorité était dimanche matin pour les chefs de gouvernement européen de faire passer un message sans équivoque à Londres: le Royaume-Uni n’aura pas mieux que ce que Theresa May s’apprête à présenter à la Chambre des communes. «Je veux le dire aux députés britanniques. C’est le meilleur deal possible pour le Royaume-Uni et pour l’Europe», a déclaré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. «Si j’étais député britannique, je voterais pour le deal… C’est le maximum que nous pouvions tous faire», n’a pas hésité à déclarer le premier ministre néerlandais Mark Rutte. Une position qui tranche avec celle adoptée pendant la campagne pour le référendum de 2016, où les dirigeants européens et nationaux s’étaient refusés à prendre position pour ou contre le Brexit, au nom de la souveraineté du peuple britannique. «Il ne m’appartient pas de spéculer», a expliqué le président Macron. Mais en cas de vote négatif, «ce sera aux Britanniques de formuler des options», a-t-il ajouté, précisant que la France avait déjà commencé à se préparer à une absence d’accord.

L’énorme appareil juridique – près de 600 pages de traité de retrait et 28 de «déclaration politique» concernant la «future relation» – peut désormais être soumis pour ratification au Parlement britannique, qui reprend finalement la main sur un processus lancé il y a deux ans et demi par le référendum britannique. «Je vais ramener cet accord à la Chambre des communes, confiante que nous avons accompli le meilleur accord disponible possible et pleine d’optimisme pour l’avenir de notre pays», a déclaré Theresa May avant de quitter Bruxelles.

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