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Et si le Brexit profitait à la Suisse

Deux ans après le référendum qui décida du Brexit, l’économie du Royaume-Uni subit une lente érosion (deux points de produit intérieur brut) tandis que les négociations de sortie de l’UE peinent à avancer. L’intransigeance européenne à l’égard des Britanniques et l’impréparation de ces derniers n’ont pas facilité la recherche concomitante d’un accord-cadre de la Suisse avec l’UE. Mais demain? À la lecture du dernier livre de Marc Roche, un des meilleurs connaisseurs d’Albion et de sa City, on peut s’interroger sur un devenir qui pourrait bien ne pas être si sombre pour Londres. Europhile et pro «remain» lors du vote du 23 juin 2016, Marc Roche a changé d’avis, titrant avec assurance: «Le Brexit va réussir».

A sa façon, la Suisse est comme le Royaume-Uni une île logée au cœur de l’Europe.

Ses arguments ne manquent pas. Tout d’abord, l’élection de Trump à la tête du pays qui pèse encore de tout son poids sur l’économie mondiale favorise le projet des Brexiters. L’heure est aux accords bilatéraux, sorte de traités de paix au sortir de guerres commerciales. Londres va les multiplier, profitant de la «période de transition» accordée par Bruxelles, pour gagner des partenaires commerciaux. Or, les Britanniques, chantres d’une économie dérégulée, ultralibérale, n’hésiteront pas à faire valoir leurs atouts de compétitivité et d’attractivité quand l’Europe encadre ses agents économiques de normes et de procédures à respecter. Trump dit déjà qu’il a trouvé en Theresa May la «Maggie» (Margaret Thatcher) de Reagan. Du côté de la City, si le Brexit n’était pas plébiscité, il est désormais intégré par pragmatisme.

Certes, quelque 5000 postes du secteur bancaire pourraient être délocalisés sur le continent (HSBC a déjà annoncé vouloir relocaliser mille emplois à Paris). Mais ce scénario ne se réalisera que si Londres respecte ses promesses de vertu bancaire faite à l’UE. Or, la City pourrait aussi devenir une «Singapour sur Tamise», voire un paradis fiscal au cœur de l’Europe. Marc Roche, qui n’a cessé de dénoncer l’opacité du système, sait aussi que la finance dispose de moyens simples pour contourner les réglementations, fussent-elles fiscales et européennes. Il évoque par exemple le «back to back trading» qui adosse chaque opération d’un pays de l’UE à une opération en sens inverse enregistrée par la City. De plus, la Chine a fait de Londres son port d’attache financier en Europe. Marc Roche parle même de «cheval de Troie».

L’auteur ajoute que l’abandon des restrictions de prime aux banquiers en vigueur au sein de l’UE attirera encore des talents vers une place financière, qui conservera son savoir-faire et sa prédominance dans l’anglosphère. En outre, le Royaume-Uni forme toujours de brillants éléments, venus notamment du monde anglophone, classant trois de ses universités parmi les dix meilleurs au monde.

Marc Roche ne cache pas dans son livre le coût d’un Brexit réussi: des inégalités qui vont encore se creuser. «Les Britanniques ont toujours été darwiniens», écrit-il. Moins de charges sociales, une livre dépréciée favorisant les exportations, moins de réglementations, des satellites offshore, une City conquérante, le Brexit peut réussir, répète-t-il. À sa façon, la Suisse est comme le Royaume-Uni une île logée au cœur de l’Europe. Ses mœurs économiques et financières ont encore plus à voir avec le monde anglo-saxon qu’avec celui d’une Europe qui régule, contrôle et veut offrir une protection sociale à tous ses citoyens. Berne aura sans doute tout intérêt à se rapprocher de ce Royaume-Uni post-Brexit. Si Marc Roche a raison.

«Le Brexit va réussir» Marc Roche, Albin Michel, 2018.

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