«Non à un Brexit à l’aveuglette»

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Affirmer que les négociations de sortie de la Grande-Bretagne de l’UE ne se sont pas bien déroulées serait un euphémisme. Les partisans du Brexit ont sous-estimé l’importance majeure de l’intégration de la Grande-Bretagne dans l’économie européenne. De même, ils n’ont pas réussi à justifier les sacrifices inéluctablement associés au Brexit.

Le retrait de l’Union européenne présuppose un choix radical entre la sécurité économique, liée à l’appartenance au marché unique et à l’union douanière, et la fin de la souveraineté partagée. Cependant, les défenseurs du Brexit continuent de vivre dans un monde imaginaire et le déni. À leurs yeux, tôt ou tard, l’UE capitulera. Néanmoins, comme l’UE-27 n’a pas endossé le rôle que lui attribuent les auteurs du scénario du Brexit, ses meneurs ont été encore plus irrités et avides de trouver un autre bouc émissaire.

Pourtant, à la toute fin, notre acceptation du prix à payer est notre affaire. Dans le pays, nos discussions sont loin d’avoir abouti et même à cette heure tardive, beaucoup d’entre nous continuent de prôner l’idée qu’une fois en possession de toutes les informations pertinentes, le dernier mot doit revenir aux citoyens britanniques. Nous demandons donc à nos partenaires européens d’être prêts à nous accorder, le cas échéant, l’espace et le temps pour prendre une telle décision finale. En attendant, nous respectons naturellement leur droit d’agir face à la décision de sortie du Royaume-Uni et de s’y préparer, à moins que des changements n’interviennent.

Notre gouvernement n’a pas réussi à évaluer les coûts économiques de la sortie. Il a minimisé l’investissement politique de nos alliés européens dans le projet commun européen. En Grande-Bretagne, cet échec continue d’alimenter d’illusoires espoirs concernant une concession significative «de dernière minute». Il nourrit aussi l’idée encore plus fantasmée selon laquelle, dès la sortie et la période transitoire, les Vingt-Sept céderont sur les principes du marché unique en accordant à notre pays l’accès au marché sans respecter les règles en la matière.

Ce mythe incite précisément certains Britanniques à rechercher un Brexit «à l’aveuglette», avec un faux-fuyant menant leur pays vers une sortie en mars 2019, qui maintiendrait le flou sur les conditions de notre future relation avec l’UE. Une telle issue, impensable pour la Grande-Bretagne, serait également très dangereuse pour l’UE. Aussi, nous exhortons tous ceux qui s’attachent à l’avenir de l’Europe à s’y opposer farouchement.

La Grande-Bretagne compte deux types de pourfendeurs d’un Brexit à l’aveuglette. Les optimistes naïfs et les pessimistes cyniques. Les optimistes naïfs ont été décrits précédemment. Pour eux, dès la sortie du Royaume-Uni, l’UE décidera d’accepter de bouleverser son ordre juridique et constitutionnel en nous permettant, dans le cadre d’une relation durable, de faire comme bon nous semble en matière d’union douanière, de politique commerciale commune et de normes pour les produits et l’environnement.

Les pessimistes cyniques diffèrent en ce sens que, de tous les Brexit, ils visent le plus dur. Dans leur esprit, pensant pouvoir s’en débarrasser dès le départ, un accord fragile et non contraignant s’impose pour franchir le cap de mars 2019. Cette position servirait de prétexte, chéri de longue date, à leur programme de déréglementation en profondeur du marché du travail et de réduction de l’impôt des sociétés.

Le Conseil européen est probablement fort séduit par une concession en faveur d’un Brexit à l’aveuglette. Faire sortir les Britanniques de l’UE pour amorcer la période de transition avec un minimum d’agitation et de perturbations peut sembler un objectif louable, mais il ne réglera pas la question du Brexit. Il est primordial de garder à l’esprit qu’alors qu’un accord sur le retrait s’attachera à la frontière irlandaise, aux droits des citoyens et au règlement financier pour la sortie de l’UE, une vague déclaration politique sur l’avenir n’apportera pas de réponses à nos relations économiques avec l’UE, tout comme à de nombreuses autres questions.

Une telle situation enverra un signal négatif aux dangereux populistes présents au sein de l’UE et à ceux qui rêvaient de voir l’Europe malade. Une sortie de l’UE en l’absence de dispositions sur l’avenir marquerait désormais un précédent.

Dans le même temps, de telles clauses de départ risqueraient de prolonger le processus du Brexit pour les années à venir en siphonnant davantage l’énergie et les ressources de l’UE, alors que les défis d’ordre commercial et sécuritaire dans le monde sont légion. L’UE à 27 doit agir dans l’intérêt de ses citoyens et nous le comprenons. Un Brexit à l’aveuglette prendrait toutefois une autre direction. entre-temps, au Royaume-Uni, le «vote populaire» sur le résultat des négociations continuera d’être de plus en plus plébiscité. Avec tous ces aspects politiques en mutation et présents, ce n’est pas le moment de se fermer sur les scénarios possibles tant pour la Grande-Bretagne que pour l’Europe. Indépendamment de la voie qu’il empruntera au cours des prochaines semaines, le Royaume-Uni a indéniablement tout intérêt à compter sur une Union européenne solide.

Sa capacité à rassembler des États aussi divers et à les unir dans un cadre juridique en faveur des droits de l’homme, des marchés libres et du libre-échange traduit une splendide réalisation qui, par ailleurs, ne devrait pas être vendue au rabais ou sous-évaluée.

Nous sommes des leaders issus de diverses traditions politiques en Grande-Bretagne et, dans le passé, nos différends furent nombreux. Toutefois, nos points de convergences – notre appui à la démocratie, à l’État de droit, à la liberté d’expression et au libre-échange – constituent également des valeurs européennes essentielles qui méritent d’être défendues.

Créé: 16.10.2018, 19h02


Chaque semaine, la Tribune de Genève publie un point de vue sur l’actualité signé par un éditorialiste européen, dans le cadre de notre alliance LENA avec six grands journaux du continent: El País, La Repubblica, Le Figaro, Le Soir, Die Welt, Gazeta Wyborcza et le Tages-Anzeiger. Retrouvez les précédentes lettres d’Europe.

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