Boris Johnson fait hésiter les électeurs conservateurs pro-UE

Royaume-UniÀ Maidenhead, représentée depuis 1997 par l’ancienne première ministre, de nombreux conservateurs hésitent à trahir leur parti lors de l’élection générale de jeudi.

Boris Johnson encourage ses militants au centre d’appel de son QG de campagne.

Boris Johnson encourage ses militants au centre d’appel de son QG de campagne. Image: AP/ Stansall

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Ce jeudi, Harry et Sally, un couple d’une soixantaine d’années, se rendront à leur bureau de vote à Cookham, village de la circonscription de Maidenhead. Comme à chaque élection, ils traceront une croix dans la case du candidat du parti conservateur. En l’occurrence, l’ancienne première ministre Theresa May. Mais pour la première fois ils ne s’en réjouissent pas. «J’ai voté lors du référendum pour demeurer au sein de l’Union européenne et je continue à penser que ce serait la meilleure chose pour le pays, assure Harry. Mais le parlement est bloqué et le pays avec lui. Il faut donc que le Brexit ait lieu pour que le pays puisse repartir de l’avant et que le gouvernement se préoccupe un peu du reste. Enfin, j’hésite un peu. Mon épouse encore plus.»

Leurs doutes sont perceptibles. Ils grimacent et se regardent en coin, un peu gênés. Notamment lorsqu’ils indiquent que leurs deux filles pencheront sans doute pour les libéraux-démocrates. «Elles veulent passionnément demeurer dans l’UE», murmure leur père.

Le parti ou l’Europe?

Maidenhead se révèle être un cas intéressant. Ses résidents votent majoritairement comme Harry et Sally. La circonscription est conservatrice sans interruption depuis 1874. Sa représentante à la Chambre des Communes depuis 1997, Theresa May, a obtenu en 2017 64,8% des voix et dispose d’une majorité de 45,5 points de pourcentage sur le Labour.

Lors du référendum du 23 juin 2016, les habitants ont également embrassé la consigne de leur parti: contrairement aux trois quarts des circonscriptions aux mains des conservateurs, ils ont voté pour le maintien dans l’UE. Le camp pro-UE a recueilli 55% des voix, selon une estimation réalisée par des chercheurs. Ces derniers justifient principalement leur calcul par la situation économique très aisée de la moyenne des électeurs de cette circonscription très rurale, où se trouve notamment le château de Windsor, la première résidence de la reine Élisabeth II.

Jeudi, la question se posera donc pour eux: respecter la ligne de leur parti ou placer la priorité sur le maintien dans l’UE, ce qui se traduira par un vote pour le Labour ou les libéraux-démocrates pour faire tomber Theresa May et empêcher les conservateurs d’obtenir la majorité à la Chambre des Communes?

Mon fils votera pour les libéraux-démocrates. Et vu qu’en face j’ai le choix entre la peste socialiste et le choléra de Boris, je vais peut-être le suivre

Chris, Citoyen de 58 ans

Il est extrêmement probable que Maidenhead ne changera pas de camp. En particulier parce que l’ancienne première ministre est «très appréciée pour son activité locale, même par les électeurs opposés à ses convictions politiques», nous assure Liz, 72 ans. «Même lorsqu’elle était à Downing Street, on la croisait souvent dans la circonscription. Notamment à ce marché où nous sommes aujourd’hui. D’ailleurs, elle n’est sans doute pas présente car elle ne craint pas grand-chose.»

Néanmoins, même si l’éventualité de voir le Labour et son leader Jeremy Corbyn arriver au pouvoir rebute tous les conservateurs traditionnels, le doute demeure présent. Sa raison: le premier ministre conservateur Boris Johnson. Florilège des commentaires entendus dimanche matin au marché fermier de Maidenhead, plutôt chic: «Boris avait une bonne réputation en tant que maire de Londres, mais les mensonges qu’il multiplie ces derniers mois ont coulé son image.» «Boris est un menteur.» «Boris a toujours menti et il continuera à mentir.» «Boris est un trou du c…, mais peut-être est-ce ce dont nous avons besoin pour négocier un accord commercial avec l’UE et les États-Unis.» «Boris est un malotru, mais je n’ai pas le choix.»

Les plus fervents européens imaginent ainsi voter, certains pour la première fois, en faveur des libéraux-démocrates. Chris, 58 ans, assure s’être «résigné à voter conservateur, même si je trouve l’idée d’un Brexit stupide… jusqu’à il y a deux jours, admet-il. Mon fils m’a dit qu’il votera pour les libéraux-démocrates. Et vu qu’en face j’ai le choix entre la peste socialiste et le choléra de Boris, je vais peut-être suivre son conseil. Cela me donnera bonne conscience. Après tout, cette élection déterminera pour beaucoup le monde de mon fils.» Peut-être ces réflexions auront-elles un impact dans les circonscriptions où les libéraux-démocrates sont en mesure de l’emporter.

Créé: 08.12.2019, 20h29

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