Boris Johnson, capitaine de ce Brexit qu’il a voulu

Royaume-UniCelui que les conservateurs ont porté à la tête du parti deviendra premier ministre mercredi. Objectif: sortir de l’UE sans compromettre la relation avec les Vingt-Sept.

Boris Johnson se veut fédérateur dans un pays particulièrement divisé.

Boris Johnson se veut fédérateur dans un pays particulièrement divisé. Image: Reuters

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Le plus charismatique des politiciens conservateurs a été élu mardi à la tête du Parti conservateur. Les adhérents ont voté en masse pour ce personnage plus vrai que nature: Boris Johnson a obtenu 66,4% des votes contre 33,6% à son adversaire, le ministre des Affaires étrangères, Jeremy Hunt. Dès mercredi après-midi, la première ministre, Theresa May, se rendra auprès de la reine Elisabeth II pour lui apporter sa démission. Son successeur se rendra alors à son tour au palais de Buckingham, situé à 700 mètres du parlement de Westminster, pour être intronisé premier ministre. Il pourrait dévoiler les premiers membres de son gouvernement à l’occasion de son premier discours en tant que chef du gouvernement, prévu en fin de journée.

Boris Johnson n’aura en effet pas le temps de se prélasser cet été. Une tâche urgente l’attend: le Brexit. Lors de son bref discours de victoire mardi, il a réaffirmé sa volonté de «concrétiser le Brexit le 31 octobre», date limite déterminée par l’Union européenne. Celui qui fut l’un des meneurs de la cause du Brexit avant le référendum du 23 juin 2016 n’entend pourtant pas foncer tête baissée. Il a rappelé que son pays était partagé entre «le désir profond et sincère d’amitié, de libre-échange et de soutien mutuel en matière de sécurité et de défense entre le Royaume-Uni et nos partenaires européens» et «le désir simultané tout aussi profond d’un gouvernement autonome et démocratique de ce pays».

Débloquer l’impasse

À n’en pas douter, Boris Johnson désire un accord avec les Européens. Courant juin, il avait déjà indiqué: «Je ne vise pas un no deal (ndlr: une sortie de l’UE sans accord avec les Vingt-Sept), et les Européens n’en veulent pas plus que moi.» L’ancien maire de Londres veut en effet prouver sa capacité à sortir de l’impasse actuelle avec Bruxelles mais aussi à faire adopter par les députés de Westminster une version améliorée de l’accord de retrait de l’UE.

Ce défi s’annonce compliqué car le temps presse. Si la nouvelle équipe de négociation britannique sera sur le pont dès la semaine prochaine, son homologue européenne risque d’être dans l’expectative après la démission surprise du secrétaire général de la Commission européenne Martin Selmayr. Même si les discussions avancent bien en août et en septembre, les députés britanniques ne seront de retour à Westminster que le 8 octobre après la période des congrès des partis politiques. Ils ne disposeront donc que de douze jours effectifs pour ratifier un accord – les députés ne siégeant que du mardi matin au jeudi soir.

Message social

Boris Johnson n’a pas limité son rapide discours au Brexit. Dépeint depuis plusieurs semaines comme un politicien radical, il a tenu à rappeler l’intérêt de son parti «pour donner sa juste chance à chacun et s’occuper des plus pauvres». Fin juin, il avait déjà indiqué aux adhérents «qu’au fond de mon cœur je suis un conservateur progressiste moderne de centre droit. Je gouvernerai depuis le centre droit car c’est de là que l’on gagne, c’est là que la vaste masse des gens de ce pays se trouve.» Lors d’une élocution prononcée en privé aux députés de son parti mardi en fin de journée, il a réitéré son intention d’être un dirigeant fédérateur. Ce message devrait faire du bien à un Royaume-Uni particulièrement divisé.

Alors que l’incertitude autour du Brexit persiste, les Britanniques devraient également bénéficier de «l’optimisme, l’énergie et la confiance sans limite dans notre magnifique pays» de Boris Johnson, selon les mots du perdant du jour, Jeremy Hunt. De fait, le nouvel homme fort du Parti conservateur a assuré que la sortie de l’UE «rendra le pays énergique» et qu’il profitera des nouvelles «possibilités» qui lui seront offertes «dans un nouvel état d’esprit de pouvoir faire». Un message («Can do») qui se rapproche fortement du «Yes we can» d’Obama.

L’adversaire travailliste

Enfin, Boris Johnson a peu épilogué sur le 3e acte de son programme de campagne: «Concrétiser le Brexit, unir le pays et battre Jeremy Corbyn», chef du Parti travailliste, considéré comme un dangereux communiste par les conservateurs. Il a révélé à ses députés qu’une élection générale «n’est pas la priorité» et qu’il «ne désire pas» en organiser une de suite. C’est compréhensible: au regard des sondages, qui donnent le Labour vainqueur, il ne voudrait pas devenir le plus court premier ministre britannique de l’histoire moderne.


L’Union européenne reste inflexible

Le négociateur en chef européen sur le Brexit Michel Barnier a réagi le premier à l’élection de Boris Johnson. Sur le réseau social Twitter, il a fait savoir: «Nous sommes impatients de travailler de manière constructive avec le premier ministre britannique [...] afin de faciliter la ratification de l’accord de retrait et parvenir à un Brexit ordonné. Nous sommes également prêts à retravailler la déclaration sur un nouveau partenariat.»

Concrètement, l’accord de retrait de l’Union européenne trouvé avec Theresa May n’est pas modifiable et seule la déclaration politique sur les relations futures peut l’être. C’est en tout cas la position du Français. La donne n’évoluera que si les Européens lâchent du lest sur le filet de sécurité nord-irlandais, censé empêcher le retour d’une frontière dure entre les deux Irlandes et qui attise la colère des élus britanniques. Sans quoi, Boris Johnson pourra aisément accuser l’UE d’avoir provoqué par son intransigeance une sortie du Royaume-Uni sans accord. La future dirigeante de la Commission européenne Ursula von der Leyen lui a d’ailleurs fait savoir que «des temps difficiles nous attendent. Nous avons le devoir de bâtir quelque chose qui soit bon pour l’UE et le Royaume-Uni.»

Donald Trump, qui s’entend bien avec Boris Johnson, a applaudi l’élection d’un homme «vraiment bon», dur», «intelligent». D’ailleurs, a-t-il lâché, «ils l’appellent le Trump britannique. Et les gens disent que c’est une bonne chose. Ils m’aiment, là-bas.»

Ce soutien compensera les critiques qui ont fusé sur le sol britannique. Le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn a rappelé que Boris Johnson a été élu par «moins de 100 000 membres du Parti conservateur». Comme la responsable nationaliste et première ministre écossaise Nicola Sturgeon, il a rejeté l’éventualité d’une sortie de l’UE sans accord. Inquiets pour la même raison, plusieurs ministres de Theresa May ont d’ailleurs déposé mardi leur démission. T.B.

Créé: 23.07.2019, 22h34

L’essentiel

Élection
L’ancien maire de Londres a remporté plus de deux tiers des voix dans son parti.

Défi
Il promet d’arracher un meilleur accord que Theresa May à Bruxelles.

Réactions
L’Union européenne refuse toute renégociation.

En dates

1964
Alexander Boris de Pfeffel Johnson naît à New York.

1977
Il entre comme boursier au Collège d’Eton.

1983
Toujours boursier, il entre à l’Université d’Oxford.

1987
Premier mariage; «The Times» l’embauche avant de le licencier pour avoir menti dans un article; «The Daily Telegraph» le récupère.

1989
Le journal l’envoie comme correspondant à Bruxelles pour couvrir l’actualité européenne.

1993
Second mariage.

1999
Il est nommé directeur du magazine «The Spectator».

2001
Élection comme député de la circonscription de Henley.

2005
Il quitte «The Spectator».

2008
Élection comme maire de Londres.

2015
Il démissionne et redevient député.

2016
Il fait campagne en faveur du Brexit lors du référendum; Theresa May le nomme ministre des Affaires étrangères.

2018
Il quitte le gouvernement; second divorce.

2019
Il remporte l’élection comme chef du Parti conservateur et s’apprête à succéder à Theresa May en tant que premier ministre.

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