Attaques contre les médias en Pologne

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La liberté de la presse en Pologne n’est pas une chimère. Mais le gouvernement aimerait la museler, quitte à mettre en danger ses relations diplomatiques avec son allié le plus important. Oui, le parti national conservateur Droit et Justice (PiS), qui a pris le pouvoir il y a trois ans, ne porte pas les médias indépendants dans son cœur. Le premier ministre Mateusz Morawiecki lui-même a déclaré que «80% des médias polonais sont aux mains des opposants politiques du PiS, qui n’ont de cesse d’attaquer le gouvernement». Le président Andrzej Duda, quant à lui, ne voit pas d’un bon œil la mainmise étrangère sur les médias nationaux. Enfin, les autres politiciens du PiS n’apprécient guère les éditoriaux qui leur sont défavorables.

Où se situe le problème? Agora, l’éditeur de «Gazeta Wyborcza», est une société polonaise. En revanche, le portail Onet – qui, juste avant les élections locales d’octobre, a révélé des pourparlers indiscrets compromettant le premier ministre Morawiecki – appartient à la société germano-suisse Ringier Axel Springer. La chaîne de télévision TVN – qui a diffusé en janvier un reportage sur les néonazis polonais célébrant, vêtus d’uniformes SS, la naissance d’Adolf Hitler – fait quant à elle partie du groupe de médias américains Discovery.

Le PiS réclame la repolonisation des médias

Pour les politiciens du PiS, le problème est simple. Les éditeurs étrangers, sous la pression d’hommes politiques défavorables au gouvernement polonais actuel et influencés par Berlin ou Washington, commandent des articles critiques à l’égard du parti au pouvoir. Il n’existe toutefois absolument aucune preuve de telles pratiques; les auteurs de ces documents sont des membres respectés de la communauté journalistique. Malgré cela, le PiS réclame depuis des mois la «repolonisation» des médias, en exigeant d’eux de s’affranchir des capitaux étrangers, comme cela a été fait, par exemple, en Russie. Parallèlement, des médias étrangers ont reçu des propositions du PiS visant à résoudre le problème et à vendre les actions de leurs sociétés aux entreprises polonaises désignées par le gouvernement. Après son accession au pouvoir, le premier ministre hongrois, Viktor Orban, a supprimé les médias libres de la même manière.

Il semble que le parti Droit et Justice ait fait un pas de plus dans cette direction. Le reportage de TVN sur l’anniversaire d’Hitler ne signifiait rien de bon pour les dirigeants du parti au pouvoir. Le gouvernement préfère d’ailleurs fermer les yeux sur les agissements de l’extrême droite. En conséquence, le nombre de crimes racistes en Pologne a commencé à augmenter et les extrémistes sont sortis du bois. Il y a un an, à Katowice, ils ont érigé une potence improvisée sur laquelle ils ont accroché des photos de politiciens de l’opposition. Il s’agissait clairement d’un appel au meurtre dirigé contre plusieurs personnalités politiques. L’enquête est toujours en cours.

Dans le cas de l’anniversaire de la naissance d’Hitler, l’information judiciaire n’a pas été plus rapide. Cependant, en novembre, l’un des portails progouvernementaux a accusé les journalistes de TVN d’avoir participé à la célébration de la naissance du dictateur du IIIe Reich. En guise de preuve, ces médias ont publié une photo de l’opérateur de TVN debout faisant le signe nazi. La chaîne s’est défendue en affirmant que ses journalistes l’avaient fait pour pouvoir pénétrer dans la manifestation et filmer en caméra cachée.

En Pologne, toute personne faisant l’apologie du nazisme est passible de deux ans de prison. Le bureau du procureur a ouvert une enquête pénale contre le journaliste qui a été interrogé par les services de renseignement Dans la presse publique subordonnée au gouvernement, la campagne contre TVN s’est alors déchaînée. Chef du Ministère de l’intérieur, Joachim Brudzinski lui-même a accusé la chaîne de diffuser des calomnies salissant l’image de la Pologne.

Toutefois, de manière totalement inattendue, la nouvelle ambassadrice américaine, Georgette Mosbacher, a fermement défendu TVN dans une lettre adressée au premier ministre Morawiecki. Personne ne s’attendait à ce que les médias libéraux, que le président américain méprise pourtant, fassent l’objet d’une telle attention. Le gouvernement polonais a oublié que la liberté de la presse est un principe sacro-saint pour les Américains et que Donald Trump n’envisagerait pas d’envoyer des agents du FBI au domicile de journalistes. De plus, TVN appartient à un groupe américain. L’ambassadrice n’a fait que défendre les intérêts de son pays. Le gouvernement aurait pu le prévoir. Après l’intervention de Madame Mosbacher, le gouvernement a dû faire marche arrière. Mais je ne compterais pas sur l’ambassadrice des États-Unis pour défendre toutes les rédactions du pays.

(TDG)

Créé: 02.12.2018, 16h03

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Bartosz T. Wielinski


Chaque semaine, la Tribune de Genève publie un point de vue sur l’actualité signé par un éditorialiste européen, dans le cadre de notre alliance LENA avec six grands journaux du continent: El País, La Repubblica, Le Figaro, Le Soir, Die Welt, Gazeta Wyborcza et le Tages-Anzeiger. Retrouvez les précédentes lettres d’Europe.

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