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Athènes et Skopje dénoncent l’ingérence de Moscou

La Grèce accuse la Russie de saboter un accord de paix avec la Macédoine censé lui ouvrir les portes de l’OTAN et de l’UE.

Sur le cas macédonien, le Kremlin ne cache pas sa mauvaise humeur et laisse planer la menace.
Sur le cas macédonien, le Kremlin ne cache pas sa mauvaise humeur et laisse planer la menace.
EPA

Finie, l’histoire d’amour! Le torchon brûle entre Athènes et Moscou depuis que la Grèce a expulsé deux diplomates russes le 11 juillet et interdit à deux autres de fouler son territoire, les accusant d’avoir tenté de soudoyer des officiels et de chercher à s’ingérer dans les affaires internes du pays. Le Kremlin, à son tour, a annoncé le 6 août que deux diplomates hellènes seraient expulsés.

Voilà une crise étonnante entre deux pays qui entretiennent d’habitude des relations cordiales. Une affinité historique existe entre ces deux grands pôles du christianisme orthodoxe qui ont jadis résisté à l’Empire ottoman. En Occident, la Grèce s’est récemment distinguée en réclamant un adoucissement des sanctions contre la Russie. Et en mars, on a vu Athènes se démarquer en refusant de rappeler son personnel diplomatique malgré l’empoisonnement au Royaume-Uni de l’ancien espion russe Sergueï Skripal.

Oui mais voilà, Athènes accuse à présent le Kremlin de soutenir activement en Grèce l’opposition à l’accord signé le 17 juin avec sa voisine du nord, l’Ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM). Par cet accord qui doit mettre fin à vingt-sept ans d’hostilité, ce petit pays balkanique accepte de se renommer «Macédoine du Nord» pour le distinguer de la région grecque de Macédoine. En échange, il n’y aura plus de barrage grec à sa candidature à l’OTAN et à l’Union européenne. D’ailleurs, à l’ouverture du sommet de l’OTAN, le 11 juillet, Skopje a été formellement invitée à devenir le 30e État membre de l’Alliance atlantique.

Sphère d’influence russe

La Russie fulmine de voir encore un pays des Balkans échapper à son ancienne sphère d’influence, après la Bulgarie, la Roumanie, la Croatie, la Slovénie, l’Albanie et le Monténégro. Ce dernier pays accuse même Moscou d’avoir fomenté une tentative de coup d’État en 2016, avant qu’il n’intègre l’OTAN.

Sur le cas macédonien, le Kremlin ne cache pas sa mauvaise humeur et laisse planer la menace: «Cet accord a conduit à une scission profonde dans la société en Grèce et en Macédoine. Il est évident qu’il est loin de consolider la paix et la sécurité dans les Balkans, ce n’est qu’un outil exclusif pour attirer plus rapidement la République de Macédoine dans l’OTAN», a ainsi déclaré, le 18 juillet, Maria Zakharova, porte-parole du Ministère russe des affaires étrangères.

Or cette «scission» en Grèce et en Macédoine, il semblerait que Moscou s’efforce de l’aggraver dans l’espoir de faire échouer l’accord devant le parlement hellène puis lors du référendum qui doit se tenir cet automne en Macédoine du Nord. Athènes affirme que les quatre diplomates russes ont tenté de corrompre des fonctionnaires, des municipalités et des évêchés pour qu’ils favorisent un refus de l’accord sur la «Macédoine du Nord».

Milliardaires suspects

Ce n’est pas tout. Une enquête explosive de l’Organised Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), un collectif de journalistes d’investigation est-européen soutenu par les États-Unis, accuse deux milliardaires russes d’avoir distribué jusqu’à 300 000 euros en Macédoine pour financer l’opposition à l’accord historique.

Le premier milliardaire, Ivan Savvidi, vit à Thessalonique, chef-lieu de la région grecque de Macédoine. Ancien député russe réputé proche de Vladimir Poutine, il est suspecté d’avoir envoyé de grosses sommes d’argent de l’autre côté de la frontière. Et le premier ministre macédonien, Zoran Zaev, affirme détenir la preuve que des montants considérables ont été remis dans son pays à des douzaines de politiciens nationalistes et à des hooligans pour qu’ils provoquent des violences avant le référendum qui doit se tenir cet automne pour avaliser l’accord avec la Grèce. Or ces hooligans font partie du Komiti, un groupe de fanatiques du club de football Vardar, à Skopje, qui appartient au millionnaire russe Sergueï Samsonenko.

Moines espions?

C’est peu dire qu’Athènes est à cran. Des demandes de visa d’entrée ont même été refusées à des membres du clergé russe orthodoxe qui souhaitaient rejoindre la République monastique du Mont-Athos. Territoire autonome, cette péninsule du nord de la Grèce, qui héberge le centre spirituel du christianisme orthodoxe, est aussi considérée comme un nid d’espions russes par les autorités hellènes! Moscou a demandé des explications.

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