L’ancien roi Juan Carlos est soupçonné d’avoir caché sa fortune en Suisse

Espagne L’ex-maîtresse du roi émérite affirmerait dans des enregistrements qu’il l’a utilisée pour dissimuler une partie de ses avoirs.

L'ex-roi espagnol Juan Carlos.

L'ex-roi espagnol Juan Carlos. Image: AFP

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Juan Carlos, 80 ans, a-t-il vraiment caché de l’argent en Suisse? Et quelle serait la provenance de ces fonds? Autant de questions qui enflamment l’Espagne, après les révélations du quotidien «El Español» qui laissent entrevoir comment un circuit de commissions occultes sur des contrats décrochés par des entreprises espagnoles aurait pu permettre à l’ancien monarque, père du roi actuel Felipe, de se constituer une fortune discrète à l’abri du fisc. Voilà donc la famille royale rattrapée par un nouveau scandale! Mais tout est encore à prendre avec des pincettes dans cette affaire qui vient ternir un peu plus le blason de la couronne.

À l’origine de ces révélations se trouvent des propos attribués à l’ex-maîtresse de Juan Carlos, la femme d’affaires allemande Corinna zu Sayn-Wittgenstein, cette élégante blonde qui a été inséparable du roi émérite durant des années. On l’avait vue l’accompagner lors de safaris en Afrique et de visites dans les pays du Golfe, notamment. Mais on apprend maintenant qu’elle aurait aussi servi de prête-nom au monarque d’alors, pour mettre à l’abri une partie de ses revenus. C’est du moins ce qu’elle raconterait dans le détail lors de conversations supposément enregistrées à son insu en 2015 par le commissaire José Manuel Villajero, un personnage obscur dont la presse raconte qu’il a, depuis des années, constitué des dossiers secrets sur tous les hauts personnages de l’État.

Commissions illégales

Ces méthodes peu orthodoxes valent au policier d’être placé détention provisoire depuis plusieurs mois dans une autre affaire pour menaces et blanchiment d’argent. C’est d’ailleurs au cours de l’enquête correspondante qu’une série d’enregistrements est tombée entre les mains de la justice. Parmi lesquels les fameuses conversations avec Corinna zu Sayn-Wittgenstein.

Leur contenu est explosif, selon les journaux espagnols qui s’en font l’écho. On y entendrait la jeune femme, résidente fiscale à Monaco, raconter comment Juan Carlos aurait réclamé le paiement d’une commission illégale, de 80 à 100 millions d’euros selon elle, en rémunération de ses services d’intermédiaire dans l’obtention par des entreprises espagnoles d’un gros contrat concernant la construction d’une ligne de train à grande vitesse en Arabie saoudite, entre Médine et la Mecque. Elle expliquerait aussi comment il l’aurait utilisée pour placer sous son nom à elle une partie de son patrimoine, dont plusieurs propriétés au Maroc. Elle raconterait par ailleurs comment il aurait dévié des sommes reçues en paiement de commissions vers plusieurs comptes en Suisse, au nom de son cousin Alvaro d’Orléans-Bourbon, résident fiscal à Monaco, et d’un avocat genevois (lire l’encadré).

Règlement de comptes?

Autant de conditionnels car Corinna zu Sayn-Wittgenstein a fait savoir dans un communiqué qu’elle met en doute la validité de ces enregistrements à l’origine incertaine, considérant qu’elle est la cible de règlements de comptes politiques qui lui sont étrangers. Mais certains députés espagnols demandent que la justice et l’administration fiscale se saisissent de l’affaire sans attendre.

Vrais ou faux, les propos qui sont attribués à la femme d’affaires résonnent fortement en Espagne, où le gendre de Juan Carlos, Iñaki Urdangarin, est précisément en train de purger une peine de prison de cinq ans et dix mois pour détournement de fonds publics, fraude fiscale et trafic d’influence. Dans leur sentence, les magistrats de la Haute Cour espagnole ont en effet estimé qu’Urdangarin, marié à la fille cadette de Juan Carlos, Cristina de Bourbon, avait abusé de cette situation de privilège et de son accès direct avec le Palais royal pour faire prospérer ses affaires de mécénat sportif, en s’arrangeant pour décrocher des subventions publiques et vendre au prix fort des projets parfois à peu près inexistants.«Qui dit non au gendre du roi?» commentait il y a quelques années le président régional des îles Baléares, Jaume Matas, lui aussi condamné dans le dossier. De son côté, Iñaki Urdangarin avait affirmé durant tout son procès que le Palais royal avait été informé à chaque instant de ses affaires. Mais la justice avait soigneusement évité de creuser la question et veillé à dresser un mur infranchissable entre le prévenu et son beau-père. Il semblait donc impossible d’éclaircir qui savait quoi au Palais et encore plus compliqué de déterminer qui dans l’entourage de Juan Carlos aurait pu l’aider à boucler certains dossiers. Malgré ces précautions, l’onde de choc du scandale a été suffisamment forte pour faire tanguer la monarchie et entraîner l’abdication du vieux souverain en juin 2014.

Le contenu des enregistrements de Corinna zu Sayn-Wittgenstein divulgués par la presse espagnole apporteront un éclairage nouveau, s’ls sont authentifiés. Ils pourraient indiquer que le vieux monarque aurait non seulement été au courant des négoces de son gendre, mais qu’il aurait lui-même joué les intermédiaires pour l’aider à décrocher les contrats. «Qui passait tous les coups de téléphone pour demander de l’argent? Le roi», aurait-elle ainsi raconté au fil des enregistrements. Le journal «El País» indique que la justice espagnole devrait décider d’ici à la fin de l’année si elle ouvre une enquête sur le contenu des enregistrements. (TDG)

Créé: 12.07.2018, 21h51

Corinna zu Sayn-Wittgenstein aurait servi de prête-nom à l’ex-roi Juan Carlos. (Image: Reuters)

Un avocat genevois mis en cause

Les accusations portées contre le roi Juan Carlos ébranlent l’Espagne et mettent en cause, en Suisse, un avocat. Selon plusieurs médias espagnols, qui ont retranscrit mercredi des conversations enregistrées d’une princesse, Corinna zu Sayn-Wittgenstein, proche du roi, celui-ci posséderait des comptes en Suisse cachés sous l’identité de deux prête-noms, dont celui d’un avocat genevois.

Difficile d’en savoir plus à ce stade sur le rôle de ce spécialiste en droit des affaires et des sociétés. Le sexagénaire se trouve à l’étranger et n’a pas répondu à notre sollicitation. Son associé réagit aux éléments rendus publics: «Je n’ai aucun commentaire à formuler sur les articles. Je ne confirme ni n’infirme quelque information que ce soit concernant nos relations professionnelles. Nos activités sont menées dans le respect absolu des lois et règlements en vigueur.» A notre connaissance, aucune enquête n’est ouverte en Espagne sur les récentes révélations. D’ailleurs, l’Office fédéral de la justice n’a pas reçu de demandes d’entraide à ce sujet.

Les deux associés défendent un gestionnaire de fortune genevois suspecté d’avoir blanchi des millions d’euros dans le plus grand scandale de corruption politique que l’Espagne ait connu ces dernières années: l’affaire Gürtel. La justice espagnole a pu démontrer après huit années de procédure que des millions d’euros ont transité par des comptes suisses qui servaient à alimenter une «caisse noire» finançant le Parti populaire. L’un des principaux accusés, l’entrepreneur Francisco Correa, a été condamné en mai dernier à cinquante et un an de prison. Au total, vingt-neuf personnes ont été condamnées. La tentaculaire affaire politico-financière a provoqué la chute du conservateur Mariano Rajoy.

De son côté, le Parquet genevois enquête sur le volet suisse du dossier Gürtel. Contacté jeudi, le Ministère public n’a pas répondu à notre sollicitation. Sophie Roselli

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