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En Ukraine, l'acteur qui joue au président est favori de l'élection

À l’écran, le comédien incarne ce président qu’il veut devenir dans la réalité. Premier tour dimanche d’un scrutin incertain.

Volodymyr Zelensky lors du tournage d’un épisode de la série «Serviteur du peuple», dans laquelle il incarne le président Vasyl Holoborodko.
Volodymyr Zelensky lors du tournage d’un épisode de la série «Serviteur du peuple», dans laquelle il incarne le président Vasyl Holoborodko.
AFP

Vasyl Holoborodko est un simple professeur d’histoire à Kiev. Un jour, après un cours, il se prend à vilipender, dans un langage peu châtié, la classe politique incompétente et corrompue qui gouverne l’Ukraine depuis son indépendance en 1991. Un de ses élèves l’enregistre en vidéo, et en fait le support de sa candidature à l’élection présidentielle. Et voilà Vasyl Holoborodko élu à son insu. Après quelques épisodes d’hésitation, il s’engage dans une mission sacrée pendant deux saisons à rebondissement: nettoyer la classe politique, en finir avec la corruption et faire de l’Ukraine un pays européen, moderne, juste, et développé.

Tout ce que les partisans de l’acteur Volodymyr Zelensky semblent vouloir savoir de lui, c’est à travers ce personnage de Vasyl Holoborodko qu’il incarne à l’écran. Et cela tombe bien: la troisième saison «Sluga Naroda - Le Serviteur du peuple» vient de débuter, le 27 mars, soit quatre jours avant le premier tour de l’élection présidentielle de dimanche. C’est sur le scénario de la série que Volodymyr Zelensky s’est bâti une image de présidentiable honnête, incorruptible, progressiste et sympathique. Dans la pratique, il a à peine mené campagne, hormis une tournée de spectacles humoristiques. Et ça marche.

Homme d’affaires avisé

Né en 1978 dans la ville industrielle de Kriviy Rih, Volodymyr Zelensky monte à Kiev pour prendre la tête du Kvartal 95, c’est un studio de comiques hérité des KVN soviétiques, acronyme russe pour les «clubs des gens drôles et inventifs» des années 1980. «Volodymyr n’est pas qu’un comédien», explique ainsi Oleksandr Vigliano, un des membres de son équipe de communication. «C’est avant tout un homme d’affaires qui dirige une entreprise florissante. Cela veut dire qu’il est intelligent, qu’il sait s’adapter et développer une stratégie gagnante. Il faut juste qu’il apprenne.»

Une série de vidéos le montre ainsi en compagnie d’experts, de réformateurs et d’associations, qui l’éduquent sur la complexité de la politique publique. Volodymyr Zelensky écoute beaucoup et parle peu. Ses rares prises de position publiques sont en effet floues, entre l’annonce de nouvelles négociations de paix avec Vladimir Poutine et l’augmentation du salaire des enseignants de la fonction publique à plus de 4000 francs par mois. Mais Volodymyr Zelensky n’a pas besoin de détailler ses propositions. «Il parle vrai et simple. Et il est le seul des candidats à ne pas être corrompu», lui reconnaît Maria Fedorivna, dans la foule de l’un de ses concerts, à Dnipro. Un de ses slogans de campagne résume cette approche: «Pas de promesses, pas de déception!»

Un des secrets de sa réussite réside dans son approche libérale et décomplexée des questions linguistiques. Volodymyr Zelensky jongle sans cesse entre l’ukrainien et le russe. Il s’adresse ainsi «à la frange russophone de l’électorat qui aspire à se rapprocher de standards occidentaux» tout en se sentant ostracisé par les relents nationalistes de Petro Porochenko et sa politique linguistique, estime le philosophe Volodymyr Yermolenko.

Le modèle Reagan

Volodymyr Zelensky plaît et séduit. Ses capacités à gouverner posent néanmoins questions, ainsi que ses liens avec l’oligarque Ihor Kolomoiskiy, exilé entre Genève et Tel-Aviv. Si l’acteur revendique son indépendance, il bénéficie d’une exposition médiatique exceptionnelle sur la chaîne de l’oligarque, 1+1. Lui et son Kvartal 95 seront omniprésents sur les écrans le samedi 30 mars. En fin de soirée, on attend un documentaire sur Ronald Reagan, l’acteur devenu président. Avec, en voix off, Volodymyr Zelensky. Une surexposition médiatique du comédien qui ne permet pas d’en savoir plus sur l’homme, et encore moins sur la nature de son éventuelle présidence.

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