Abus sexuels: le pape rencontre des victimes

IrlandeLe pape François a reconnu «l'échec» de l'Eglise catholique face aux «crimes ignobles» que sont les abus sexuels commis par des prêtres.

Le pape Francis a rencontre le Premier ministre irlandais Leo Varadkar à Dublin.
Vidéo: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Le pape a entamé samedi une visite chargée en Irlande en rencontrant huit victimes d'abus commis par l'Eglise et en reconnaissant «l'échec» de la hiérarchie irlandaise face à des «crimes ignobles», tandis que Dublin lui a demandé d'user de son influence pour aller plus loin.

Entre foules chaleureuses et critiques acerbes, l'accueil du pape a été contrasté samedi dans ce pays catholique où l'Eglise s'est retrouvée, à partir des années 1980, au coeur de plusieurs scandales retentissants.

Moment très attendu par la population, le pape François a rencontré samedi en fin de journée pendant une heure et demie huit victimes irlandaises d'abus commis dans le passé par des membres du clergé, des religieux et des personnes au sein d'institutions catholiques.

Parmi ces «survivants», Paul Jude Redmond et Clodagh Aileen Malone, furent adoptés illégalement après avoir été retirés à leurs mères non mariées avec la complicité d'institutions catholiques. «Le pape nous a demandé pardon pour ce qui c'est passé dans ces maisons» pour filles mères, ont-ils raconté dans un communiqué, impressionnés par son écoute attentive.

Le pape a aussi parlé avec une victime du prêtre catholique Tony Walsh, qui a fait subir des sévices sexuels à des enfants durant près de deux décennies avant d'être défroqué et emprisonné. François avait auparavant prié en silence avec l'archevêque de Dublin Diarmuid Martin devant un cierge dédié depuis 2011 aux victimes irlandaises d'abus sexuels, dans la pro-cathédrale St Mary's à Dublin.

De sordides révélations la semaine dernière sur plus de 300 «prêtres prédateurs» ayant commis des abus sur mille enfants en Pennsylvanie (USA) ont mis le pape François au pied du mur dans ce dossier.

«Justice» aux victimes

A la mi-journée, il a été accueilli sans langue de bois au château de Dublin par le Premier ministre irlandais Leo Varadkar, qui lui a demandé d'utiliser sa «position» et son «influence» pour rendre «justice» aux victimes d'abus commis par le clergé en Irlande mais aussi dans le monde entier.

«Nous devons à présent veiller à ce que les paroles soient suivies par des actes», a-t-il insisté, ajoutant sa voix à celles de plus en plus nombreuses de prélats de l'Eglise et de victimes d'abus.

Après avoir écouté gravement M. Varadkar, François a exprimé samedi sa «honte» et sa «souffrance» face à «l'échec des autorités ecclésiastiques- évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres - pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles» dans le passé en Irlande.

«Je ne peux que reconnaître le grave scandale causé en Irlande par les abus sur les mineurs de la part des membres de l'Église chargés de les protéger et de les éduquer», a commenté le pape, dans un premier discours toutefois en retrait par rapport à bien d'autres prises de parole sur le sujet.

Ses paroles n'ont pas convaincu son ancienne conseillère sur les abus pédophiles du clergé, la victime irlandaise Marie Collins. «Décevant, rien de nouveau», a assené aux journalistes cette septuagénaire porte-voix des «survivants», elle-même victime à 13 ans d'abus sexuels de la part d'un prêtre. Quelques heures plus tard, elle a fait partie du groupe de victimes reçues par le souverain pontife.

«Une opportunité manquée»

Pour Mark Vincent Healey, un survivant qui organisait samedi soir une conférence de presse, la journée a constitué «une opportunité manquée». «Quand va-t-il agir?», s'est-il interrogé.

Depuis 2002, plus de 14'500 personnes se sont déclarées victimes d'abus sexuels commis par des prêtres en Irlande. La hiérarchie de l'Église irlandaise est accusée d'avoir couvert des centaines de prêtres.

Trente-neuf ans après la dernière visite d'un souverain pontife, le pape François est arrivé samedi en Irlande afin de clôturer la Rencontre mondiale des familles.

Signe que l'influence de l'Eglise recule spectaculairement en Irlande, le pays a légalisé en 2015 le mariage homosexuel, choisi un Premier ministre gay, M. Varadkar, en 2017, et libéralisé, en mai, l'avortement.

M. Varadkar n'a d'ailleurs pas ménagé samedi le pape argentin en lui indiquant que «les femmes doivent prendre leurs propres décisions» et que «les familles se présentent sous de nombreuses formes», y compris avec «des parents de même sexe ou des parents divorcés».

Hommage au sacrement du mariage

Le pape François, parfois dépeint comme un révolutionnaire en raison de son langage direct, défend l'idéal catholique de la famille traditionnelle et se dit horrifié par l'avortement. Face à des couples, il a rendu hommage samedi au sacrement du mariage, une union entre «un homme et une femme», «un papa et une maman» élevant leurs enfants.

Il a présidé samedi soir dans une ambiance détendue le Festival des familles, au stade Croke Park de Dublin, où étaient attendues plus de 80'000 personnes. Mais le stade n'était rempli qu'aux deux tiers, malgré la présence du ténor italien Andrea Boccelli et un spectacle de claquettes irlandaises du groupe Riverdance.

Il célèbrera dimanche la messe de clôture de l'événement au parc Phoenix de Dublin, avec potentiellement un demi-million de fidèles.

En marge de la visite du souverain pontife, plusieurs contre-manifestations ont été planifiées. Des milliers d'internautes irlandais ont appelé sur Facebook à «dire non au pape» en boycottant la messe de Phoenix Park.

A Thuam, dans l'ouest du pays, une veillée aura lieu en mémoire des 796 bébés décédés, entre 1925 et 1961, dans l'ancien foyer catholique des soeurs du Bon Secours et qui avaient été enterrés dans une fosse commune. (ats/nxp)

Créé: 26.08.2018, 05h29

Le pape a rencontré huit victimes irlandaises d'abus

Le pape François a rencontré samedi pendant une heure et demie huit victimes irlandaises d'abus commis par des membres du clergé, des religieux et des personnes au sein d'institutions catholiques, a annoncé le porte-parole du Vatican.


Cette rencontre très attendue avec «des survivants», en partie identifiés dans un communiqué du Vatican, s'est déroulée en fin de journée au premier jour de la visite du pape en Irlande.
Le pape François a entamé samedi une visite empoisonnée en Irlande avec la reconnaissance de «l'échec» passé de la hiérarchie de l'Eglise face aux «crimes ignobles», tandis que Dublin lui a demandé d'aller plus loin en rendant «justice» aux victimes en Irlande et dans le monde.

Entre foules chaleureuses et critiques acerbes, l'accueil du pape a été contrasté samedi dans ce pays catholique devenu plus tiède, cumulant dans le passé les scandales d'abus sexuels et d'abus de pouvoir de l'Eglise.

D'autant que de sordides révélations la semaine dernière sur plus de 300 «prêtres prédateurs» ayant commis des abus sur mille enfants en Pennsylvanie (Etats-Unis) ont mis le pape François au pied du mur.

Le pape rencontre régulièrement des victimes d'abus au Vatican ou lors de se voyages à l'étranger.

A Dublin, le pape n'est «pas le bienvenu» pour tout le monde

«Le pape n'est pas le bienvenu» : la visite du souverain pontife en Irlande suscitait samedi un débat enflammé dans les rues de Dublin sur la place de l'Eglise dans ce pays profondément marqué par les abus commis par des ecclésiastiques.
Il y a d'un côté les partisans du pape François, qui l'ont acclamé lorsque le souverain pontife leur a fait un signe de la main depuis la voiture le conduisant dans les rues de la capitale irlandaise.
Accompagné par le son des cloches résonnant dans la ville, des fidèles, parmi lesquels se trouvait une importante délégation espagnole, ont brandi des banderoles «Pape François, ensemble nous t'aimons pour l'éternité».
Certains jeunes n'ont pas hésité à suivre le cortège papal dans les rues, fermées à la circulation et bordées de policiers, mais aussi de vendeurs à la sauvette proposant des drapeaux-souvenirs du Vatican.
Mais il y aussi des opposants, à l'instar de Rosa Lopez, 45 ans, venue avec une banderole recouverte de slogans provocateurs, et clairement opposés au pape: «Le pape n'est pas le bienvenu», «Solidarité avec les survivants (d'abus du clergé)», peut-on lire.
«Il y a eu un crime et il doit être poursuivi», dit à l'AFP cette femme originaire d'Espagne, mais résidant à Dublin.
Cette visite papale, la première en Irlande depuis 1979, est une «insulte aux survivants», insiste-t-elle. «Il a dit qu'il était désolé, mais ce n'est pas suffisant».
Depuis 2002, plus de 14.500 personnes se sont déclarées victimes d'abus sexuels commis par des prêtres en Irlande. L'ampleur de ce scandale a accéléré le déclin de l'influence de l'Eglise, autrefois très grande, sur la société irlandaise, traditionnellement catholique.

«Ce n'est qu'un seul homme»

Lors d'une prise de parole à Dublin à la mi-journée, le pape a exprimé sa «honte» et sa «souffrance» face à «l'échec des autorités ecclésiastiques - évêques, supérieurs religieux, prêtres et autres - pour affronter de manière adéquate ces crimes ignobles» dans le passé.
Traversant la foule, Rosa Lopez s'attire les regards sévères de certains Irlandais, mais aussi les applaudissements d'un homme buvant un verre en terrasse.
Typiquement le genre de réaction que redoute Anne-Marie Dean, une catholique de 47 ans selon qui les fidèles en Irlande sont de moins en moins respectés.
La visite papale, croit-elle, est une opportunité pour «le Saint-Père de nous apporter son soutien», mais aussi une invitation à la «réconciliation» entre l'Eglise et les Irlandais.
Un autre opposant, Richard Duffy, 31 ans, a lui écrit «Arrêtez le pape» sur une pancarte qu'il brandit fièrement.
«Je n'en reviens pas qu'il y ait une fête pour lui», dit-il. «Ils sont toujours dans le déni et refusent d'admettre toute faute ou de donner toute information qu'ils ont sur ce qui s'est mal passé ici», ajoute-t-il en référence aux responsables du clergé et aux abus sexuels.
A ces mots, un homme s'arrête pour défendre le souverain pontife. «Comment pourrait-il s'excuser pour tout ça? Ce n'est qu'un seul homme», dit-il, refusant de donner son nom.

Articles en relation

En pleine tempête, le pape se rend en Irlande

Religion Le souverain pontife va atterrir samedi à Dublin pour tenter de redorer l'image de l'Eglise catholique minée par des scandales de pédophilie. Plus...

Le pape condamne «avec force ces atrocités»

Pédophilie Le pape François a réagi aux abus sexuels commis sur plus de 1000 enfants par des centaines de prêtres pendant des décennies. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Barrière de röstis pour les initiatives alimentaires
Plus...