À jouer, Johnson s’est placé dans la gueule de Corbyn

Royaume-UniLe premier ministre veut une élection générale anticipée pour sortir de l’impasse du Brexit. L’opposition travailliste refuse.

Boris Johnson (à dr.) face au leader de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn (à g.).

Boris Johnson (à dr.) face au leader de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn (à g.). Image: KEYSTONE

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«Le pays doit décider si le leader de l’opposition ou moi doit aller aux négociations à Bruxelles le 17 octobre pour régler le Brexit et aller de l’avant!» Nommé il y a moins d’un mois et demi à la tête du Royaume-Uni, Boris Johnson a réclamé mercredi soir l’organisation d’une élection générale anticipée le 15 octobre. Accusant l’opposition et un groupe de rebelles conservateurs de vouloir «obliger le premier ministre à capituler face à Bruxelles» et de «frustrer le vote le plus démocratique de notre histoire», il a promis, une fois réélu, «d’aller à Bruxelles pour obtenir un accord» et de «sortir en toutes circonstances de l’UE le 31 octobre».

Solidement installé face à lui, Jeremy Corbyn a critiqué son cynisme. Il a surtout rappelé que «le premier ministre n’est pas capable de dire ni à nous ni à l’Union européenne quelle est sa stratégie».

Coups virtuels

Pendant toute la journée, les leaders des Partis conservateur et travailliste se sont échangé des coups virtuels. Tout a débuté lors de la première apparition de Boris Johnson à la traditionnelle session de questions au premier ministre, organisée tous les mercredis à midi à la Chambre des Communes. Face au leader de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn, le nouveau locataire du 10 Downing Street a tenté de faire son show. Il a surtout mis en évidence son embarras. Les cheveux en bataille, il a hurlé et gesticulé pendant toute cette session.

À chacune de ses interventions, «BoJo», son surnom, a pointé du doigt son adversaire afin de le mettre mal à l’aise et détériorer un peu plus son image. Il s’est moqué de lui, l’a qualifié de «poulet au chlore» et de «femmelette» car il serait «effrayé» par la possibilité d’une élection générale anticipée. Il l’a accusé d’«être anti-démocratique» en bloquant le Brexit et s’est moqué de son penchant marxiste qui le pousserait à «organiser une grève générale». Enfin, il a repris l’expression «stratégie de merde» pour désigner la politique économique du Labour.

Pourquoi ces attaques, alors que le format de cette session veut qu’en temps normal «nous posons les questions et lui est censé y répondre? Parce que pour Boris Johnson, l’attaque est la meilleure défense. L’attaque lui a permis d’éviter de répondre aux questions posées par ses interlocuteurs, qu’ils soient travaillistes, nationalistes écossais (qu’il a tenté d’énerver en les traitant de «séparatistes») et même conservateurs. L’attaque lui a permis de s’affranchir de «toute supervision», selon les mots de Jeremy Corbyn, alors que tel est le rôle des députés dans le régime parlementaire britannique.

Face à lui, le chef du Parti travailliste a su garder son calme. Il a avancé minutieusement ses arguments et ses questions pour tenter de percer la stratégie gouvernementale. Pour au final placer une attaque subtile: «Comment pourrais-je être accusé d’affaiblir la position de négociation britannique alors qu’aucune négociation n’a lieu? En six semaines, le premier ministre n’a rien tenté pour changer l’accord de la précédente première ministre. Ces négociations sont une arnaque. Il cherche uniquement à gagner du temps.»

Jeremy Corbyn ne sort pas ces accusations de nulle part. Mardi, le quotidien «The Telegraph», eurosceptique et favorable au Brexit, a révélé que deux conseillers de Boris Johnson avaient prévenu que «la stratégie britannique est de perdre du temps […] pour se rapprocher au plus près de la date du Brexit». Ils espèrent ainsi pousser les Européens à accepter leurs demandes d’un assouplissement de l’accord de Brexit.

Jeremy Corbyn a tenu bon. Il ne soutiendra une élection générale anticipée qu’une fois un no deal empêché. «La meilleure tactique pour le Labour serait de laisser Boris Johnson mijoter dans son jus pour lui faire perdre toute crédibilité auprès des électeurs, pour ensuite s’attaquer à lui lors d’une élection générale», nous a expliqué John Curtice, professeur de sciences politiques à l’Université de Strathclyde, en Écosse. Jusqu’à la reprise du parlement à la mi-octobre Boris Johnson risque de trouver le temps long.

Créé: 04.09.2019, 22h42

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