Vladimir Poutine proclame la mort de la pensée libérale

Sommet du G20En ouverture du G20, le président russe vole la vedette à Trump et Xi grâce à une interview au vitriol publiée par le «Financial Times»

Image: Reuters

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Fragilisé sur la scène intérieure, Vladimir Poutine a réussi à imposer son agenda dès l’ouverture, vendredi, du G20 au Japon. Silencieux mais souriant, le chef du Kremlin est apparu plus que jamais sûr de lui, notamment lors des retrouvailles avec Donald Trump. «Pas d’ingérence dans les élections, s’il vous plaît», lui a lancé, ironique, le président américain, semblant ainsi blaguer sur une éventuelle intervention russe dans la présidentielle de 2020 aux États-Unis. Vladimir Poutine n’a rien dit en retour. Mais son expression rieuse confirmait son assurance. «Cela fait longtemps qu’on ne s’est pas vus», s’est-il contenté de remarquer, rappelant leur premier sommet, à Helsinki en juillet 2018, et invitant Donald Trump au prochain défilé militaire sur la place Rouge, le 9 mai 2020.

Au Japon, Vladimir Poutine multiplie entretiens bilatéraux et multilatéraux. Mais le principal a été dit en amont, dans une surprenante interview accordée au «Financial Times» («FT») avant de s’envoler au G20. Ses interlocuteurs occidentaux ont été prévenus. «La pensée libérale est dépassée. Elle entre en conflit avec l’intérêt de la majorité écrasante de la population», explique-t-il au «FT». Il s’adresse ouvertement aux publics européens déjà visés par la propagande du Kremlin, en particulier par l’intermédiaire de la télévision Russia Today. «Les valeurs traditionnelles sont plus stables et importantes pour des millions de gens que cette pensée libérale qui, à mon avis, est en train de disparaître», insiste Vladimir Poutine, dont le discours, depuis des années, développe un même thème: l’Occident, avec sa pensée libérale, est en déclin; la Russie, défenseuse des valeurs, construit l’avenir.

Avertissement clair

«Ses idées ne sont pas nouvelles. Mais l’assurance avec laquelle, pour la première fois, il les présente de manière aussi ouverte et franche à un média de l’Ouest envoie un message clair. Un avertissement aux Occidentaux…» confie Andreï Kortounov, directeur du Russian Council, un think tank moscovite. Vladimir Poutine ne se contente pas de juger obsolètes en général les valeurs libérales. Il donne des exemples – et des leçons – aux Occidentaux.

Le président russe se moque ainsi du système politique britannique, qui permet de choisir un premier ministre sans élection. Une allusion à l’actuel duel entre Boris Johnson et Jeremy Hunt pour devenir le leader du Parti conservateur et, du coup, le nouveau chef du gouvernement. «Nous, nous sommes une démocratie», lance celui qui est au pouvoir depuis dix-neuf ans.

Migrants et homosexuels

Autre cible dans cette interview au vitriol: la chancelière Angela Merkel, qui a commis une «erreur» en laissant entrer en Allemagne des réfugiés. «Le libéralisme présuppose que rien ne doit être fait. Les migrants ont le droit de tuer, piller et violer en toute impunité parce que leurs droits, en tant que migrants, doivent être protégés. C’est quoi, ces droits? Tout délit doit être puni», juge Vladimir Poutine.

Il revient par ailleurs sur l’un des thèmes préférés de la télévision publique russe, la supposée décadence des sociétés européennes. «Je n’ai pas de problème avec les homosexuels, mais certaines choses nous semblent excessives», s’indigne le président. Il critique la volonté occidentale d’admettre l’homosexualité et la fluidité des genres. Et défend «les valeurs familiales traditionnelles de millions de gens composant le cœur de la population».

Fragilisé en Russie

Cette assurance à l’international contraste avec une fragilité accrue en Russie même. Donneur de leçons face aux Occidentaux, Vladimir Poutine, dont la cote de popularité s’est érodée mais reste au-delà des 60%, a peiné ainsi la semaine dernière à rassurer les Russes lors de sa «ligne directe», entretien télévisé annuel avec le pays. Pendant plus de quatre heures, il a été rattrapé par la vague de doléances sociales: bas salaires, érosion du niveau de vie, manque de médecins, fermeture d’écoles, dégâts écologiques, administrations inefficaces… Face aux mécontentements, Vladimir Poutine a promis d’intervenir. Imperturbable, il est cependant apparu déconnecté.

Créé: 28.06.2019, 19h31

Relative harmonie à Osaka

Le G20 d’Osaka, au Japon, s’est ouvert vendredi dans une relative harmonie, avec un Donald Trump inhabituellement consensuel, si ce n’est une blague très remarquée sur la Russie: «Pas d’ingérence dans les élections, président, pas d’ingérence», a-t-il lancé à Poutine. Il n’y a toutefois pas eu de réels progrès sur les dossiers les plus conflictuels, notamment le climat. Sur le sujet le plus brûlant de ce G20, Donald Trump a dit vendredi s’attendre à une rencontre «productive» samedi avec son homologue chinois Xi Jinping. Lors de ce véritable sommet dans le sommet, les deux dirigeants tenteront d’enrayer l’escalade commerciale et technologique entre leurs pays, qui met en péril la croissance mondiale. Sur l’Iran, l’un des grands sujets de crispation du moment, Donald Trump s’est aussi voulu apaisant. «Rien ne presse, nous avons le temps», a-t-il dit. ATS

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