Tous les Johnny du monde fixent la France

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«Il y a cette question qui hante mes nuits. Combien de jours de deuil à la mort de Johnny?» C’est une chanson de Cali qui, en 2003, pose la question existentielle. D’autres artistes ont imaginé avec plus ou moins de bienveillance ce jour où la France allait s’arrêter lorsque son icône ultime, son monument national, son dieu du rock allait passer l’arme à gauche. Le jour de la mort de Johnny est encore le thème d’une chanson des Fatals Picards. Censurée à la demande de l’idole des jeunes qui a peu goûté l’humour au vitriol de ces garnements. Dans Jean-Philippe, film sorti en 2006 dans lequel Johnny joue son propre rôle, c’est un monde parallèle qui est imaginé: une France dans laquelle personne n’a entendu parler de Johnny. Drôle et intelligent.

La Suisse romande est une province culturelle de la France.

Mais nous y voici. Nous sommes le jour de la mort de Johnny et il fait froid devant sa dernière demeure à Marnes-la-Coquette. Mais, pour le coup, la seule question qui me vient en écoutant les duplex des télévisions étrangères disserter sur le «French Elvis» est étrange. Qui est le Johnny de chaque pays? À un collègue espagnol, je m’enquiers de Miguel Rios, pionnier du rock ibérique (presque) encore en activité. Sa réponse fuse: «Oui, musicalement, Miguel Rios, mais pour l’impact social et culturel, c’est plutôt Julio Iglesias ou Raphaël.» Pour faire un Johnny, il faudrait donc ajouter, au tiers de rock de base, deux bonnes doses de ballades sirupeuses caressées par des voix soyeuses. Il faut aussi des trajectoires de jeunes hommes, beaux mais issus de milieux populaires, qui se hissent au sommet de la pyramide sociale et finissent décorés par leurs chefs d’État, rois et tout le toutim.

Et le Johnny italien? Facile. Il est connu de tous: il s’appelle Adriano Celentano et porte encore beau ses 79 ans. C’est lui aussi un pionnier qui a popularisé le rock’n’roll dans la botte à l’entame des années 60 avec des adaptations de hits anglo-saxons. Une collègue italienne douche mon optimisme simpliste. Il faut lui additionner du Vasco Rossi. Là, c’est le côté bad boy, le provocateur, le rebelle qui écrit la bande-son des belles années de la prospérité italienne. La figure du chanteur populaire, et intergénérationnel, c’est aussi ça qui fait l’icône: le monument national. Pour faire un Johnny, il faut donc rester au top sur cinq décennies. Au minimum un demi-siècle.

«En Allemagne, Johnny serait un mélange de Peter Maffay et d’Udo Lindenger.» Il s’agit d’approcher l’équivalent et non de copier tant les particularismes nationaux sont inexportables. Tout comme Johnny Hallyday est Belge de naissance, Peter Maffay, l’une des grandes stars du rock allemand, est né Roumain. Chaises en morceaux durant les concerts de ses débuts, culottes de jeunes filles jetées sur scène, bagarres dans les tripots, Peter Maffay a longtemps cultivé une image très similaire à celle de l’interprète en cuir noir de Ma gueule.

Udo Lindenberg serait lui plus dans la fibre revendication, rock expérimental, textes à la fibre sociale et politique… Là, on sèche pour faire le lien avec notre Jean-Philippe Smet qui a certes touché à tout, mais n’a pas excellé dans le genre. À moins que la discographie monumentale d’Udo Lindenberg et son statut de premier rocker à chanter en allemand et à connaître de grands succès dans la langue vernaculaire n’imposent l’affinité des deux côtés du Rhin.

Et en Suisse, qui serait le Johnny national? Le tôlier, le boss, l’ami de tous, l’enfant de la rue et des champs, l’artiste capable de faire verser une larme à un fan vêtu d’un improbable T-shirt Hallyday à tête de loup, de susciter les commentaires respectueux des académiciens comme des présidents de la république, actuels et passés? Rien. Nenni. En Suisse romande, on n’a pas besoin de Johnny suisse puisqu’on a Johnny, le vrai, le tricolore. Devant l’impossibilité de répondre à cette question, l’évidence s’impose. La Suisse romande est une province culturelle de la France. Sans quoi, elle aurait son Johnny. Dût-elle mixer plusieurs rockers pour créer aussi son «French Elvis». (TDG)

Créé: 07.12.2017, 09h35

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