«Sur Tariq Ramadan, on a manqué de curiosité»

PublicationDans un nouveau livre, le journaliste Ian Hamel dénonce la complaisance dont a bénéficié «l’islamologue» avant sa chute.

L’islamologue se serait construit une fausse image de savant de l’islam, dénonce Ian Hamel dans son livre.

L’islamologue se serait construit une fausse image de savant de l’islam, dénonce Ian Hamel dans son livre. Image: AFP

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Il assure ne pas en faire une obsession, même s’il en a fait l’un de ses sujets favoris. Après «La vérité sur Tariq Ramadan», publié en 2007, Ian Hamel remet le couvert. Le correspondant pour «LePoint» en Suisse publie «Tariq Ramadan, histoire d'une imposture», paru mercredi chez Flammarion.

Ian Hamel se défend d’être engagé dans un combat. «Je ne suis pas un militant, je fais juste mon métier», assure-t-il. Tariq Ramadan, lui, prétend que le journaliste aurait menacé de le «flinguer». «Il est cinglé», soupire Ian Hamel qui vient de jeter un nouveau pavé dans la mare en dévoilant les dessous de l’ascension de «l’islamologue» mis en examen pour deux viols en France et objet de plusieurs plaintes, dont une déposée en Suisse. Même s’ils se sont rencontrés plusieurs fois avant la sortie du premier ouvrage, les deux hommes ne devraient pas se serrer la main de sitôt.

Sous la plume de Ian Hamel, le mythe Tariq Ramadan vole définitivement en éclats. Les accusations portées par d’anciennes maîtresses et ex-admiratrices l’ont fait tomber de son piédestal. Le journaliste soutient qu’il n’aurait jamais dû y monter. Les complices de «cette imposture», ce sont «les médias, les chercheurs, les intellectuels, les trotskistes mais aussi l’Église catholique qui lui ont tous servi la soupe».

«Un grand manipulateur»

S’il lui reconnaît un talent d’orateur et un certain charisme, Ian Hamel affirme que Tariq Ramadan aura surtout été «un grand manipulateur». «Il n’a jamais été islamologue et encore moins professeur», dénonce le journaliste. Dans son dernier livre, il déplore le manque de curiosité de ses confrères. «Cela était assez facile à vérifier. Il suffisait d’appeler l’Université de Fribourg pour demander s’il était, comme il le prétendait, professeur en philosophie et islamologie.» En enquêtant, Ian Hamel a découvert que Tariq Ramadan s’était proposé d’y donner des cours bénévolement pour bâtir son mensonge. Un mensonge qui, par la suite, lui aurait permis de se faire passer pour un universitaire.

«Il a également dit qu’il était professeur d’université au Japon. Là aussi, c’est faux!» poursuit le journaliste. Et de constater: «Au final, tout cela a permis d’entretenir l’idée que Tariq Ramadan était un savant de l’islam et un représentant des musulmans.» «À l’époque, tous ceux qui osaient remettre en cause sa légitimité étaient aussitôt traités d’islamophobes. Mais là encore, il suffisait d’aller interroger les vrais experts pour mettre au jour la supercherie», déplore-t-il. Les médias auraient joué un rôle clé dans l’ascension de l’islamologue. C’est sa thèse.

Ian Hamel va même plus loin, en affirmant que le scandale sur la double vie et le double discours de Tariq Ramadan aurait pu éclater plus tôt.

«Temps présent» accusé

Il raconte qu’en 1998, un «Temps présent» consacré à l’islamologue aurait été amputé du témoignage d’un homme qui dénonçait le comportement trouble de l’intellectuel musulman. «Cette révélation aurait pu briser la carrière du prédicateur et éviter la suite», regrette Ian Hamel. Joint par téléphone, l’actuel producteur et animateur de l’émission, Jean-Philippe Ceppi, rejette cette accusation et la juge diffamatoire. «Il n’y a jamais eu aucune censure pratiquée par «Temps présent», défend le journaliste qui dit avoir ouvert les archives de l’émission à son confrère. «Il a pu y avoir tout au plus des choix rédactionnels dictés par l’absence de preuves légales, ce qui nous apparaît a posteriori comme une position qui était à l’époque défendable», complète Jean-Philippe Ceppi.

Une mauvaise controverse? Prudence ne signifie pas forcément complaisance. Ian Hamel reconnaît avoir été lui-même embarrassé lorsque la Belgo-Marocaine Majda Bernoussi, l’une des ex-maîtresses de Tariq Ramadan, est venue lui remettre en 2010 un manuscrit racontant sa liaison tourmentée avec Tariq Ramadan. «Comme il s’agissait d’une relation entre adultes consentants, cela relevait de la vie privée. Avec la rédaction du «Point», nous avons estimé qu’on ne pouvait donc rien écrire», explique le journaliste.

Créé: 09.01.2020, 22h50

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