Son accord rejeté, Theresa May envisage enfin un Brexit «doux»

Royaume-UniAcculée, la première ministre change de stratégie et joue la carte de l’unité nationale en rencontrant le leader de l’opposition.

Après des mois d’affrontement, Theresa May et le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn ont fini par se rencontrer pour tenter de trouver un accord a minima sur le Brexit. Au nom de «l’intérêt national».

Après des mois d’affrontement, Theresa May et le chef de l’opposition travailliste Jeremy Corbyn ont fini par se rencontrer pour tenter de trouver un accord a minima sur le Brexit. Au nom de «l’intérêt national». Image: Keystone

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Il était temps. Après deux années de soutien aux thèses d’un Brexit «dur» défendues par l’aile eurosceptique radicale de son parti, Theresa May envisage enfin la possibilité d’une rupture moins abrupte avec l’Union européenne. Elle a dévoilé mardi soir sa volonté de négocier avec le chef de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, et a précisé mercredi son objectif devant les députés de la Chambre des Communes. «Nous voulons aller de l’avant pour obtenir le soutien de cette chambre pour concrétiser le Brexit et le résultat du référendum, et nous assurer que les gens sachent que les politiciens respectent leur engagement.» Autre décision importante, elle a rejeté la possibilité d’une sortie de l’UE sans accord («no deal»).

Pour la première fois, la responsable conservatrice se dit prête à un compromis sur ses lignes rouges. Elle estime qu’«il y a un certain nombre de points sur lesquels Jeremy Corbyn et moi sommes d’accord sur le Brexit: sortir de l’UE avec un accord, protéger les emplois, mettre fin à la liberté de circulation, et nous reconnaissons l’importance de l’accord de retrait.»

«Très bonnes» discussions

Les discussions ont débuté dès mercredi après-midi et elles se poursuivront toute la journée jeudi. Jeremy Corbyn les a qualifiées de «très bonnes» et Theresa May de «constructives, les deux parties faisant preuve de flexibilité». Arriver à un compromis risque néanmoins de s’avérer compliqué. Une fois le Brexit réalisé, le parti travailliste veut en effet maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE afin de limiter l’impact économique négatif du Brexit sur le pays. La première ministre a toujours considéré que cette option «ne respecte pas le résultat du référendum». Aujourd’hui, pourtant, c’est sans doute à ses yeux la plus acceptable des options de Brexit «doux». Bien plus en tout cas que le maintien dans le marché unique, qui obligerait à conserver la liberté de circulation ou l’organisation d’un second référendum.

Quatre options

Si les deux responsables ne parviennent pas à s’entendre, des votes «sur un nombre d’options à propos des relations futures» entre le Royaume-Uni et l’UE seront organisés avant mercredi prochain. Il se murmurait dans les travées du parlement de Westminster que la première ministre donnerait le choix entre quatre possibilités: révoquer l’article 50 et donc mettre fin au Brexit, sortir sans accord avec l’UE, son plan ou celui de Jeremy Corbyn. L’option d’un second référendum ne serait donc pas incluse.

Une fois un résultat obtenu, les députés revoteront sur le nouvel accord: l’accord de retrait de l’UE, inchangé, et la déclaration politique sur leurs relations futures, partiellement modifiée. Theresa May aimerait qu’il soit adopté avant le conseil européen exceptionnel prévu le mercredi 10 avril. À Bruxelles, elle demandera alors à ses vingt-sept homologues européens une nouvelle extension technique de la date du Brexit afin de faire adopter la législation nécessaire pour que le Brexit puisse avoir lieu le 22 mai et que le Royaume-Uni ne participe pas aux élections européennes.

Date limite

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a prévenu mercredi que «le 12 avril est la date limite ultime pour l’adoption de l’accord de retrait par la Chambre des Communes. Si ce n’est pas fait d’ici là, aucune extension supplémentaire ne sera accordée.»

Vu les regards noirs et les questions lancés par les députés eurosceptiques à Theresa May mercredi aux Communes, il est évident que son revirement passe mal au sein de l’aile droite de son parti. «Ce n’est pas en obtenant le soutien d’un marxiste notoire que les conservateurs retrouveront la confiance des gens», s’est agacé l’un de leurs meneurs, Jacob Rees-Mogg, en parlant de Jeremy Corbyn.

Nul doute que si le maintien dans l’union douanière est choisi par les deux leaders cette semaine ou par les députés la semaine prochaine, ils hurleront leur déception. L’histoire retiendra qu’ils ont gâché pendant trois mois la possibilité de signer l’accord négocié par leur première ministre.

Créé: 03.04.2019, 21h13

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