Pour un «Printemps européen»

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Chaque année depuis vingt ans, à la fin d’août, l’Université internationale Menendez Pelayo de Santander organise un débat ouvert sur l’intégration européenne. Cette année, son animateur principal, l’actuel ministre espagnol des Affaires étrangères, ancien président du Parlement européen et de l’Institut universitaire européen de Florence, Josep Borrell, a voulu en faire un remue-méninges pour un «Printemps européen».

Les auteurs de cet article en étaient. Plusieurs participants ont affirmé avoir enfin pu voir une lumière au bout du tunnel actuel, marqué par les menaces internes de Salvini, d’Orbán, de Kurz, des néonazis de Chemnitz, de Le Pen, et externes, de la part de Trump, Poutine, Erdogan et autres.

Parmi les idées les plus discutées, une nouvelle proposition constructive pour une politique migratoire européenne commune décisive pour combattre le populisme. L’idée nouvelle est de lancer une possibilité pour les municipalités et les pouvoirs locaux de briguer des fonds européens, finançant à la fois des projets consacrés aux politiques d’intégration des immigrés et d’investissement. Au lieu de compter uniquement sur l’idéalisme solidaire, il faut faire appel à un mécanisme de marché et aux intérêts des communautés locales.

Il est aussi très important de contrecarrer la menace des populistes de droite aux acquis en matière d’égalité de genre par une sorte d’«agenda anti-gender» commun. Les politiques de participation doivent sérieusement viser à construire l’Europe sociale et de l’emploi, de façon à mobiliser les principales victimes de la crise et des politiques d’austérité, surtout les jeunes, la génération perdue pour le marché du travail, cible de la propagande populiste anti-immigrés.

Le ministre Josep Borrell est intervenu à plusieurs reprises, conscient de la responsabilité que l’Espagne, objectivement, a acquise en 2018, en tant que représentante la plus importante de l’Europe du Sud au niveau des sommets européens: la politique étrangère dans le monde incertain et dangereux de ce début du XXIe siècle doit être conçue d’abord en tant que complément d’une véritable politique migratoire commune, notamment en Afrique, et également en tant que source potentielle de légitimité interne accrue, au sein de l’UE, auprès des citoyens, inquiets à cause des conséquences négatives de la mondialisation, de l’instabilité et des menaces externes. Le discours vigoureux récent de Macron aux diplomates français, l’entretien du ministre allemand des Affaires étrangères H. Maas (Handelsblatt) et les prises de position de Mme Mogherini, H.R. pour la politique étrangère de l’UE, vont dans le même sens: un nouveau multilatéralisme qui puisse encadrer une mobilisation de la société civile pour une Europe plus forte et plus indépendante dans le monde. Comment? D’une part, en reformant l’alliance transatlantique en un sens paritaire, et d’autre part, en isolant et décourageant les démarches unilatérales de l’administration états-unienne, y compris par rapport à la guerre commerciale contre l’UE et la Chine. C’est à l’UE de consolider un front large pour défendre les accords de paix comme l’«Iran deal», renforcer au lieu d’affaiblir les organisations globales de la coopération comme l’OMC, l’ONU, et régionales, en mobilisant les multiples networks des organisations non gouvernementales.

Enfin, deux conditions préalables existent pour un vrai «Printemps européen»: D’abord, la mise en œuvre de l’idée, relancée par le président Macron, de consolider la volonté politique intégrationniste d’un noyau dur de pays proeuropéens, notamment l’Espagne, l’Allemagne et la France, avec le soutien, bien sûr, de la Belgique, du Portugal et d’autres États membres, pour la formation d’une avant-garde progressiste et antinationaliste. Ce nouveau noyau dur plus intégré serait la base d’une nouvelle structure de la gouvernance des politiques communes en cercles concentriques. Cela ne s’appliquerait pas qu’à l’Union de la défense (y compris la cyberdéfense), démarrée en décembre 2017 en tant que PESCO («coopération structurée», art 46. 2), mais aussi dans d’autres politiques, notamment de l’Eurozone, à reformer selon les lignes de l’accord de Meseberg entre France et Allemagne de juin (budget autonome et union bancaire), accord qui indique le canevas de base, bien sûr à améliorer collectivement au sein de l’Eurogroupe. Il revient à notre responsabilité de leader du continent de négocier un accord win-win avec le Royaume-Uni après Brexit dans le cadre d’un cercle plus élargi. D’autres politiques urgentes comme la politique sociale et de l’égalité des genres pourraient bénéficier de cette méthode dynamique.

* Les auteurs Gesine Schwan est une intellectuelle allemande internationalement connue, candidate en 2004 et 2008 à la présidence de la République fédérale. Ruth Rubio Marin est professeur de droit à Séville et à la School of Transnational Governance, Institut universitaire européen. Mario Telò est membre de l’Académie royale des sciences de Bruxelles et enseigne les relations internationales à l’ULB et à la LUISS. (TDG)

Créé: 09.09.2018, 23h14

Gesine Schwan est une intellectuelle allemande internationalement connue, candidate en 2004 et 2008 à la présidence de la République fédérale.
Ruth Rubio Marin est professeur de droit à Séville et à la School of Transnational Governance, Institut universitaire européen.
Mario Telò est membre de l’Académie royale des sciences de Bruxelles et enseigne les relations internationales à l’ULB et à la LUISS.


Chaque semaine, la Tribune de Genève publie un point de vue sur l’actualité signé par un éditorialiste européen, dans le cadre de notre alliance LENA avec six grands journaux du continent: El País, La Repubblica, Le Figaro, Le Soir, Die Welt, Gazeta Wyborcza et le Tages-Anzeiger. Retrouvez les précédentes lettres d’Europe.

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