Pour son Brexit, Theresa May va monter sur le ring à Westminster

Royaume-UniDès ce mardi, la première ministre s’attaque au plus dur: rallier le parlement à son plan de sortie de l’UE. Portrait.

Très marquée par son éducation austère, la leader des conservateurs est un bourreau de travail.

Très marquée par son éducation austère, la leader des conservateurs est un bourreau de travail. Image: Reuters

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«Si vous voulez que quelque chose soit dit, demandez-le à un homme. Si vous voulez que quelque chose soit fait, demandez-le à une femme.» C’est avec cette citation de Margaret Thatcher que le «Daily Telegraph» faisait sa une le 13 juillet 2016, jour de l’arrivée de Theresa May au 10 Downing Street. Investie par la reine pour succéder à David Cameron, démissionnaire au lendemain du vote sur le Brexit, la nouvelle première ministre s’était alors engagée à assumer la lourde tâche de négocier la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. C’est chose faite.

Les coups n’ont jamais cessé. L’insurrection a été permanente au sein de sa majorité conservatrice. Mais l’armure de cette dirigeante aux nerfs d’acier est en béton armé. Elle ne lâche rien. Et sa ténacité a fini par payer. L’accord de divorce a été signé à Bruxelles le 25 novembre dernier. À 62 ans, Theresa May a gagné une bataille, mais pas la guerre. L’obstacle le plus difficile reste à franchir: la ratification de cet accord – qui est loin de faire l’unanimité jusque dans son propre camp – devant le parlement britannique, le 11 décembre.

Fille de pasteur anglican

Comment cette femme tient-elle encore debout? Où puise-t-elle la force d’affronter ses adversaires? Pour Marc Roche, ancien correspondant du «Monde», de la «Tribune de Genève» et de «24 heures», et auteur du livre «Le Brexit va réussir» (Éd. Albin Michel), la réponse est à chercher du côté de la fille de pasteur anglican.

Elle a le sens du devoir chevillé au corps, comme Margaret Thatcher

Marc Roche, journaliste

«Theresa May a été très marquée par l’influence de son père, un homme austère, qui lui a inculqué les valeurs du travail, du patriotisme et du respect des autres», explique ce fin connaisseur du Royaume. Theresa, née Brasier, a grandi dans un presbytère rural du Oxfordshire, au sein d’une famille entièrement dévouée aux paroissiens. «Elle a le sens du devoir et des principes chevillé au corps, comme Margaret Thatcher. Sa détermination et sa ténacité lui permettent de faire face, malgré les complots, les trahisons et les démissions», poursuit le spécialiste. Moins charismatique et moins bonne communicatrice que «la dame de fer», Theresa May partage les mêmes valeurs, «celles d’une classe moyenne conservatrice très British, blanche et protestante».

«Brexit means Brexit», avait déclaré cette eurosceptique dans l’âme, qui avait voté en faveur du «Remain» (du maintien) – par prudence et par loyauté envers David Cameron – lors de sa prise de pouvoir. «Il n’y aura pas de tentatives de rester dans l’UE, pas de tentatives de rejoindre l’UE par la petite porte, et pas de second référendum.» Elle a tenu la barre et n’a jamais changé de cap.

Sa carrière politique débute en 1986, après des études de géographie à l’Université d’Oxford, où elle rencontre son mari, Philip John, un banquier de la City, avec qui elle forme un couple solide. Arrive ensuite l’amer constat qu’ils ne peuvent pas avoir d’enfants. Un drame pour la jeune diplômée, qui, après un bref passage à la Banque d’Angleterre, est élue conseillère municipale dans le sud de la capitale. Discrète et disciplinée, elle gravit les échelons sans faire de bruit.

Secrétaire générale du parti

En 2002, elle se voit confier le poste de secrétaire générale du Parti conservateur, une première pour une femme. Elle s’illustre lors d’un discours en appelant les Tories, alors très à droite, à quitter leurs habits de «nasty party» (parti des méchants). Sous son impulsion et celle de Cameron, la formation se modernise, elle devient plus fréquentable. Huit ans plus tard, ses efforts sont récompensés. Theresa May est nommée secrétaire d’État à l’Intérieur dans le gouvernement de coalition conservateurs-libéraux-démocrates. Un portefeuille régalien, qu’elle gardera six ans, un record. Et ce, malgré une ligne très dure en matière d’immigration.

«C’est une Anglaise froide, distante, méfiante envers le cosmopolitisme, pas antipathique sans être sympathique. C’est une outsider. Contrairement à Boris Johnson, elle ne fréquente pas les pubs. Elle est timide, n’a que très peu d’amis et ne s’entoure que de conseillers surdévoués», confie Marc Roche, précisant que «le diabète dont elle souffre, qui aurait dû l’inciter à mener une existence plus calme, l’a, au contraire, poussée à se dépasser». Si elle collectionne les chaussures de luxe (sa seule fantaisie), elle n’est pas du genre à emballer les foules. Theresa May n’a rien d’un boute-en-train. Ses sourires crispés sont à l’image de ses pas de danses esquissés sur «Dancing Queen», d’Abba, en arrivant sur scène à la conférence du Parti conservateur, au début d’octobre. Elle ne cherche pas à plaire et n’a nul besoin d’une cour. Comme Maggie, elle ne lit pas la presse. «Elle défend ses positions bec et ongles et ne se soucie visiblement guère qu’on l’apprécie ou non», souligne «The Guardian».

Bourreau de travail

Selon un de ces anciens collaborateurs du Ministère de l’intérieur, la leader des conservateurs est avant tout un bourreau de travail. «Pour un haut fonctionnaire, c’est un premier ministre idéal, elle connaît ses dossiers sur le bout des doigts, laisse parler tout le monde, mais prend la décision seule et très tard le soir. En revanche, en six ans, elle ne m’a jamais demandé comment j’allais.» Il n’empêche que cette femme «au cœur d’homme, comme Élisabeth II et Margaret Thatcher», selon Marc Roche, est appréciée de beaucoup de Britanniques, loin devant Jeremy Corbyn et Boris Johnson. Elle est même, selon les sondages, le dirigeant européen le plus populaire dans son pays.

(TDG)

Créé: 03.12.2018, 19h47

Deux semaines décisives

Mardi 4 décembre
Les débats débutent à la Chambre des communes.
Dimanche 9 décembre
Theresa May et le chef de file de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, s’affrontent lors d’un débat télévisé.
Mardi 11 décembre
Le parlement britannique se prononce pour ou contre l’accord de sortie de l’Union européenne.
Jeudi 13 décembre
Bruxelles accueille un sommet européen. En cas de refus du parlement britannique de valider le plan de Theresa May, les 27 ont prévenu: ils ne renégocieront pas l’accord de sortie mais pourraient accepter des concessions sur le cadre des relations à long terme, soit au-delà de la période transitoire qui courra jusqu’à la fin de 2020.
Vendredi 29 mars 2019
Le Royaume-Uni quitte officiellement l’Union européenne après en avoir fait partie durant quarante-six ans.

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