Pour défendre l’Occident, Steve Bannon entrera au monastère

ItalieL’ancien conseiller de Donald Trump veut ouvrir un centre de formation près de Rome pour diffuser sa pensée en Europe

La chartreuse de Trisulti va se transformer en Académie pour la défense de l'Occident judéo-chrétien.

La chartreuse de Trisulti va se transformer en Académie pour la défense de l'Occident judéo-chrétien. Image: DeAgostini/Getty Images

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Les pins ont remplacé depuis plusieurs kilomètres les chênes lorsque, au détour d’un chemin de terre, la chartreuse de Trisulti apparaît perchée sur un éperon rocheux. Elle fut construite au XIIIe siècle au-dessus d’un sanctuaire ou, en 996, un ermite vit la vierge en apparition et une source jaillit miraculeusement. «Lourdes a copié Trisulti!» dit en plaisantant Benjamin Harnwell, le nouveau maître des lieux qui nous fait visiter ce joyau du patrimoine transalpin à 120 km de Rome: l’Église, le cloître dessiné par Michel-Ange, la bibliothèque avec ses 38 000 ouvrages antiques, l’herboristerie où les moines chartreux inventèrent la liqueur Sambuca, le jardin botanique, le réfectoire et les cellules. Un seul moine, le prieur cistercien Don Ignazio, aujourd’hui âgé de 82 ans, maintient la tradition monastique, et les kilomètres de couloir vides évoquent l’ambiance du «Nom de la rose», le roman d’Umberto Eco.

Plus pour très longtemps. Dans quelques mois, l’agitation politique balayera le religieux silence. La chartreuse de Trisulti va en effet se transformer en Académie pour la défense de l’occident judéo-chrétien. Elle sera le centre de formation de l’élite politique destinée à diffuser la pensée de Steve Bannon, l’ancien conseiller stratégique de Donald Trump, qui en dirigera les programmes d’enseignement. Les 200 premiers «étudiants» arriveront l’été prochain.

La décision de poser ses valises dans la Péninsule n’est pas un hasard pour Steve Bannon. Rejet des élites, populisme, nationalisme, défiance envers l’Europe, tolérance zéro à l’égard de l’immigration, affinités avec l’intégrisme catholique: le gouvernement Ligue-M5S est pour lui l’exemple à suivre, «le centre de l’univers politique», le laboratoire d’où partira sa conquête de l’Ancien-Monde.

«Attaqués pour leur foi»

Britannique, cofondateur de l’académie avec Steve Bannon, Benjamin Harnwell est également le créateur du Dignitatis Humanae Institute (l’institut pour la dignité humaine), un think-tank proche des milieux catholiques traditionalistes. Ancien attaché parlementaire d’un député européen conservateur, son engagement commence en 2004 lorsque le politicien italien Rocco Buttiglione est écarté de la Commission européenne pour avoir déclaré: «En tant que chrétien, l’homosexualité est pour moi un péché.» «J’ai pris conscience qu’en Europe les responsables politiques chrétiens sont attaqués pour leur foi, explique Benjamin Harnwell. Je défends les racines judéo-chrétiennes de l’Occident à travers la reconnaissance que l’homme est à l’image de Dieu.» Créé à l’image de Dieu, l’homme ne peut donc pas être le fruit de l’évolution. «La mort est entrée dans le monde avec le péché originel. L’évolution est la sélection des plus forts par la mort des plus faibles. Comment justifier l’évolution si nous sentons l’impératif moral de défendre les plus faibles?»

Benjamin Harnwell décide de transférer le Dignitatis Humanae Institute en Italie dès 2010. «À Bruxelles, j’ai rencontré trop d’évêques et de cardinaux qui ne savaient pas se battre pour la défense de la vie et des valeurs chrétiennes. Je me suis rapproché du Vatican pour offrir mes services à l’Église.» À quelle Église? Certainement pas celle du pape François. «Nous obéissons à l’Église pour tout ce qui concerne la doctrine, affirme prudemment Harnwell. Nous ne sommes pas contre le pape François, mais l’institut s’inspire de Jean-Paul II et un peu de Benoît XVI.»

Président d’honneur de l’institut, le cardinal Burke est moins prudent. Prélat ultraconservateur, il s’était ouvertement opposé au pape sur les thèmes de l’accueil des homosexuels ou l’accès à la communion pour les divorcés remariés. Depuis, le cardinal a été limogé de toutes ses fonctions au sein de la curie romaine. Il reste néanmoins le chef de file des cardinaux conservateurs opposés au pape François et qui militent à Rome pour une Église identitaire, xénophobe et en rang de bataille pour affronter «l’inéluctable conflit de civilisation». Les chemins de Bannon et de Harnwell se sont croisés en 2014 lorsque le gourou de Trump est invité à tenir une conférence au Dignitatis Humanae Institute. Il y expose les trois périls qui menacent, selon lui, l’Occident: le sécularisme militant qui ne tolère aucun symbole du christianisme, la présence d’un islam militant qui n’accepte pas les autres croyances et une forme de capitalisme sans valeurs humaines. Le coup de foudre entre les deux hommes est immédiat.

Le péril migratoire

«Mais j’ajoute un quatrième péril, affirme Benjamin Harnwell, la crise de l’immigration. En 2050, il y aura plus d’habitants au Nigeria que dans les 28 pays européens. 400 millions d’Africains veulent immigrer. Si nous ne réagissons pas, avec la pression démographique, nous aurons d’ici vingt ans en Europe des gouvernements islamistes. Mes modèles sont Trump, Orban, Bolsonaro et Salvini.» Le programme de l’académie est tracé,

À l’heure des vêpres, la clameur de la politique semble toutefois encore lointaine de la chartreuse et un lourd silence moyenâgeux enveloppe la vallée. (TDG)

Créé: 30.01.2019, 20h27

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