ONG «désarçonnées» par la réhabilitation des mines

GenèveDes années de combat acharné sont parties en fumée avec la décision de Donald Trump, déplore Handicap International.

Une manif s’est tenue sous la «Broken Chair» devant l’ONU, jeudi à Genève.

Une manif s’est tenue sous la «Broken Chair» devant l’ONU, jeudi à Genève. Image: Laurent Guiraud

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Encore sonnées par l’annonce de Donald Trump réhabilitant de manière aussi soudaine qu’inattendue l’usage des mines antipersonnel là où l’armée américaine est menacée, les ONG commencent à battre le rappel des troupes. Handicap International, organisation cofondatrice de la Campagne internationale contre les mines (ICBL) lancée en 1992, a organisé jeudi un premier rassemblement citoyen sous la «Broken Chair» de la place des Nations, à Genève, cette chaise géante amputée d’un pied symbolisant justement le refus des mines antipersonnel. Depuis quelques jours, une pétition circule pour sommer le président des États-Unis de revenir sur sa décision.

Comme la Chine ou encore la Russie, les États-Unis n’ont pas signé le traité d’Ottawa (1997), qui interdit l’utilisation, le stockage, la production ou le transfert de mines antipersonnel, mais ils en respectaient jusqu’ici l’esprit. En 2014, l’administration Obama avait même commencé à prendre des engagements avec une ratification partielle. Le 31janvier dernier, la Maison-Blanche a mis fin au moratoire en vigueur en «autorisant le commandement militaire à utiliser, dans des circonstances exceptionnelles, des mines antipersonnel avancées et non permanentes spécifiquement conçues pour réduire les blessures infligées aux civils et aux forces partenaires».

«Retour en arrière»

«L’annonce de Trump sur les mines antipersonnel constitue un incroyable retour en arrière. C’est un très mauvais signal. D’autres pays risquent de faire la même chose», déplore Marco Kirschbaum, directeur suisse de Handicap International, qui s’insurge contre cette violation annoncée du droit international humanitaire. Des années de combat acharné sont parties en fumée. Ce qui semblait sur le point d’être admis par tous ne l’est plus. Selon certains diplomates, l’annonce de Donald Trump aurait pris de court la délégation américaine présente à Genève pour participer aux travaux annuels du Service de l’action antimines des Nations Unies (UNMAS).

Invitée à réagir à l’annonce du président américain lors d’une conférence de presse, sa directrice, la Française Agnès Marcaillou, s’est d’ailleurs gardée de prendre une position trop marquée, estimant que tout cela méritait d’être clarifié. «En réalité, tout le monde est tombé des nues. Le bien-fondé de la mobilisation contre l’usage des mines antipersonnel ne semblait pas pouvoir être remis en cause. Cette annonce prend le contre-pied de tout ce qui est entrepris depuis des années pour rendre cette arme hors la loi», décrypte Emmanuel Sauvage, expert de la lutte contre la violence armée chez Handicap International.

Calcul électoral

«Il y a de quoi être désarçonné quand on sait que les États-Unis sont le plus gros bailleur de fonds pour l’action contre les mines à travers le monde», ajoute Emmanuel Sauvage. Pour Marco Kirschbaum, il y a de fortes chances pour que la position de la Maison-Blanche relève d’un calcul uniquement lié aux prochaines échéances électorales. Pour une fois, les soupçons ne peuvent pas se porter sur l’industrie de l’armement américaine, qui n’a pas entrepris de lobbying en faveur de l’usage des mines antipersonnel.

Quant à l’argument selon lequel il ne faudrait pas s’effrayer de cette décision au motif que la nouvelle génération de mines serait plus intelligente et ne ferait plus de victimes au bout de trente jours, il fait bondir la Franco-Cambodgienne Gniep Smoeun, amputé d’une jambe à l’âge de 10ans. «Cette arme m’a volé ma jeunesse. Son usage est totalement injustifiable, proteste la jeune femme. Donald Trump n’est pas seul à décider. L’ONU doit faire preuve de fermeté et exiger l’abandon de cette politique qui va semer la mort et la souffrance.»

Créé: 13.02.2020, 20h20

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