Mme Lambert signe la fin d’une douloureuse affaire

FranceIl n’y aura plus de coups de théâtre juridiques dans l’affaire Lambert. Il affronte la mort, entouré de deux familles ennemies…

Viviane Lambert, la mère de Vincent, à son arrivée à l'hôpital de Reims le 20 mai dernier.

Viviane Lambert, la mère de Vincent, à son arrivée à l'hôpital de Reims le 20 mai dernier. Image: Benoit Tessier/Reuters

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C’est un communiqué bref et digne publié lundi matin sur le site «Je soutiens Vincent» qui aura mis fin à l’affaire. Les parents de Vincent Lambert ainsi qu’une sœur et un frère, qui s’étaient toujours opposés à l’arrêt des soins, annoncent la fin de leur combat juridique: «Cette fois, c’est terminé, écrivent-ils. […] La mort de Vincent est désormais inéluctable. Elle lui a été imposée à lui comme à nous. Si nous ne l’acceptons pas, nous ne pouvons que nous résigner dans la douleur, l’incompréhension, mais aussi dans l’Espérance.»

Un de leurs avocats, Me Jean Paillot, explique que depuis l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation artificielles, mardi 2 juillet, la situation du patient s’est dégradée. «On ne peut plus imaginer aujourd’hui arrêter le processus mortel, a-t-il déclaré sur France Inter. Si on arrêtait aujourd’hui, il s’agirait d’obstination déraisonnable.» Pourtant, la semaine dernière encore, vendredi, il déposait plainte pour «homicide volontaire» contre le Dr Vincent Sanchez, responsable de la procédure d’arrêts de soins dans l’unité où Vincent Lambert est hospitalisé, au CHU de Reims. «Le jour venu, nous demanderons des comptes, avertit Me Paillot, mais pour le moment, l’heure n’est plus qu’au recueillement.»

Processus pas douloureux

Pour le reste de la famille – la femme de Vincent Lambert, son neveu et les six autres frères et sœurs qui soutenaient l’arrêt des soins au nom de la dignité humaine – c’est le soulagement. «Je suis très surprise, j’ai du mal à y croire après leurs années de combat judiciaire. Je trouve que c’est raisonnable et respectueux», réagit Marie, une des sœurs, à sa sortie de l’hôpital. Contacté par téléphone alors qu’il est encore dans la chambre du patient, François, le neveu, est plus circonspect: «C’est une très bonne chose, mais je suis assez surpris de leur réaction. Ce sont des militants et je pense qu’on leur a fait comprendre qu’il était temps d’arrêter pour ne pas nuire à la cause. Je ne crois pas à un appel à la sérénité.»

Quoi qu’il en soit, la pression, lundi, a brusquement baissé. Le collectif «Je soutiens Vincent», qui avait prévu un rassemblement à Paris au pied de la basilique du Sacré-Cœur, a annulé sa manifestation. Pour la première fois depuis 2013, quand la famille a commencé à se déchirer et que les recours et procédures judiciaires se sont multipliés autour de la fin de vie de Vincent Lambert, une certitude peut être posée: le processus d’interruption des soins ira jusqu’au bout.

Entamé il y a une semaine, il se traduit non seulement par la suppression de l’alimentation et de l’hydratation artificielles, mais aussi par l’administration d’une forte sédation. Si le processus n’est pas douloureux, affirment les médecins, «ce ne sont pas des images très agréables à voir, reconnaît François Lambert, et ce sont malheureusement les dernières que nous garderons de lui…» Aucun pronostic n’est posé sur le délai dans lequel la mort pourrait survenir, sinon que cela pourrait durer encore une semaine, ou plus.

Jeune papa

Depuis 2013, l’affaire Lambert est devenue le symbole du débat très conflictuel sur la fin de vie en France. Infirmier en psychiatrie, Vincent Lambert avait 32 ans et était jeune papa quand un accident de voiture sur le chemin du travail, en octobre 2008, fait de lui un tétraplégique et le plonge dans un coma de «conscience minimale», dit pauci-relationnel. Pendant plusieurs années, il est traité dans des institutions spécialisées, mais les équipes médicales ne constatent aucune amélioration et parviennent à la conclusion d’un «état végétatif chronique irréversible».

Une affaire politisée

En 2013, l’équipe médicale du CHU de Reims, en accord avec l’épouse mais sans en avoir averti les parents, interrompt l’alimentation artificielle tout en maintenant une hydratation minimale. Quand ils l’apprennent, les parents saisissent la justice et obtiennent, au bout de 31 jours, la reprise de l’alimentation. À partir de là, il n’y a plus aucun dialogue au sein de la famille et tout se fait, ou plutôt s’arrache, par décisions de justice.

Dans chacun des recours, du Conseil d’État jusqu’à la Cour de cassation ou à la Cour européenne des droits de l’homme, les parents seront déboutés et le droit de l’équipe médicale à mettre fin à des traitements relevant d’une «obstination déraisonnable» sera reconnu.

Fortement politisée, opposant la droite catholique aux milieux progressistes, l’affaire Lambert a aussi été rendue possible par l’absence de directives anticipées du malheureux. Il affronte désormais son destin accompagné de deux camps familiaux: pour éviter les conflits, chaque camp a ses heures de visite et une nuit de veille sur deux…

Créé: 08.07.2019, 21h00

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