Marine Le Pen, «la patriote» contre «les mondialistes»

Présidentielle française La présidente du FN est entrée en campagne à Lyon, où elle a détaillé son programme. Social, sécuritaire et anti-islamisme

Image: EPA

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«Contre la droite du fric. Et contre la gauche du fric. Je suis la candidate du peuple!» La campagne de Marine Le Pen est lancée. Avec ses 144 engagements présidentiels qu’elle a détaillés dimanche à Lyon, la présidente du Front national vient de rompre officiellement sa diète médiatique. A 78 jours du premier tour (le 23 avril), Marine Le Pen fait démarrer sa machine à rallier les électeurs. Car pour atteindre l’Elysée, elle doit aller chercher des voix pour exploser ce plafond de verre qui la condamne à une victoire au 1er tour et à une élimination en finale.

Dans la salle bondée, ils sont plus de 3000 militants du FN qui ont discuté du programme de Marine Le Pen durant le week-end organisé sous forme de congrès de travail. Un vidéoclip à la réalisation léchée fait monter la tension. La présidente du FN s’y définit en femme, mère et avocate. Manière très affective de détailler la lutte contre le communautarisme islamiste, la perte des valeurs et la sécurité.

«La France, la France!» crie un jeune homme du Front national jeune. L’enthousiasme monte d’un cran. Les militants ont épinglé des pin’s clignotants «bleu blanc rouge» qui font scintiller les gradins bondés. De toute évidence, la mise en scène a été soignée et pensée pour les images TV.

Antisystème

Marine Le Pen entame son discours par les fondamentaux du FN. Il y a du sécuritaire, de l’antisystème. «L’islamisme et la financiarisation sont deux totalitarismes. Le moment est crucial: c’est un choix de civilisation. Je défends les murs porteurs de notre société», lance Marine Le Pen. Et de poser la question: «Nos enfants parleront-ils seulement encore le français?» La foule répond: «On est chez nous!»

A cette menace identitaire, Marine Le Pen ajoute celle de la paupérisation des classes populaires. Elle parle de «mondialisation épouvantable» en filant la métaphore. Elle a cette formule qui fait mouche: «La mondialisation crée des produits fabriqués par des esclaves qui seront achetés par des chômeurs!»

«La France est entre les mains du peuple. Ma candidature est frappée de ce sceau porté partout en France: au nom du peuple!» Marine Le Pen se présente ainsi en protectrice des plus faibles à l’intérieur des frontières et contre l’agression de l’extérieur. Elle évoque notamment le «référendum d’initiative populaire», selon l’appellation française, qui permettra à 500 000 personnes de proposer ou d’abroger une loi.

Et puis, Marine Le Pen d’égrener ses propositions. L’adhésion se mesure à l’enthousiasme des militants. Dès que les mots «étranger», «islam» sont prononcés, la salle tape du pied, se lève: «On est chez nous!» De toute évidence, le cœur de la machine bat encore de sa pulsion antimigratoire. Juste en dessous dans la vibration, la dénonciation des élites. Dans ces diatribes, les frontistes sont toujours qualifiés de patriotes et «tous sont les bienvenus».

Peu de nouveautés dans ces 144 engagements, mais des approfondissements. Notamment sur le social qui, s’il n’a pas provoqué de frénésie, trouvera sans doute une oreille attentive auprès de la France qui peine à boucler les fins de mois. Marine Le Pen veut revaloriser le minimum vieillesse, baisser les tarifs de l’électricité et du gaz de 5%, instaurer une prime de pouvoir d’achat à destination des bas inférieurs à 1500 euros (financé par une taxation sur les importations) ou encore sanctuariser les 35 heures.

«Le vent de l’histoire!»

A ce FN social, Marine Le Pen attelle un parti souverainiste qui demandera par référendum la sortie de l’euro et se retirera de l’OTAN. Dense, porté par un lyrisme étonnamment sans souffle, son discours aura duré à peine plus d’une heure. La présidente du FN n’a pas cité ses adversaires mais a conclu évidemment par le Brexit et les Etats-Unis de Donald Trump. «Le vent de l’histoire a tourné. Le vent de l’histoire nous portera au sommet et, avec nous, la France», dit-elle dans un final qui ressemble à un show US. «Trumpien», est-on tenté de dire.


Mélenchon assure, Macron drague les déçus à droite

Dimanche, presque à la même heure que Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon se dédouble entre Lyon et Paris. Dans la capitale des Gaules, il est en chair et en os tandis qu’à Paris, c’est son hologramme qui harangue les sympathisants du Front de gauche. Dans cette bataille de Lyon des meetings politiques, Jean-Luc Mélenchon a réuni 12 000 personnes à Lyon et 6000 à Paris. Selon les chiffres des organisateurs. Quoi qu’il en soit, les publics étaient nombreux.

Et le candidat des Insoumis l’a souligné en s’adressant à ses sympathisants: «C’est une extraordinaire démonstration de force que vous êtes en train de faire.» Jean-Luc Mélenchon a développé le septième chapitre de son programme: «les frontières de l’humanité». Il a encore fait des allusions à ses principaux adversaires, bien qu’il ait épargné Benoît Hamon. Le vainqueur de la primaire de gauche était aussi intronisé hier par le parti et les discussions sur d’éventuels rapprochements vont bon train. «Je suis un homme heureux parce que l’espace des idées pour lesquels nous nous sommes battus ces dernières années se répand», a-t-il glissé. Il a été moins allusif avec Emmanuel Macron, qualifié de «candidat hallucinogène».

Samedi pourtant, à Lyon, les plus de 12 000 personnes qui ont assisté à la «démonstration d’envie» de l’ex-ministre de l’Economie assuraient avoir vu le «futur président de la République». Emmanuel Macron, s’il n’a pas détaillé davantage son programme, qui reste incomplet, a été très bon, de l’avis de beaucoup. Et surtout la ferveur et l’enthousiasme sont du côté du jeune challenger (39 ans) à l’élection présidentielle.

«Ils ne parlent pas pour le peuple, ils parlent pour eux»

mêmes, de père en fille, de fille en nièce», a lancé Emmanuel Macron. Une attaque directe au «système Le Pen». En revanche, s’il a évoqué l’affaire Penelope Fillon, il a demandé à ses partisans de ne pas siffler. Son discours aussi plus que d’habitude a été rythmé par des références à la droite. De Gaulle incontournable, mais encore Simone Veil, Jacques Chirac, Valery Giscard d’Estaing et Lucien Neuwirth, le député gaulliste auteur de la loi autorisant la pilule contraceptive. Alors que la famille politique de François Fillon semble hésiter – le soutenir ou le lâcher – Macron a joué de nuances pour attirer à lui les déçus sans avoir l’air d’y toucher. X.L.

Image: Olivier Lejeune

Créé: 05.02.2017, 21h10

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