«Les victimes du viol de guerre ne doivent pas redevenir des proies»

LuxembourgPour Anne-Marie von Arx-Vernon, la reconstruction de ces femmes nécessite une approche globale.

Ci-dessus Anne-Marie von Arx-Vernon.

Ci-dessus Anne-Marie von Arx-Vernon. Image: STEEVE IUNCKER-GOMEZ

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Anne-Marie von Arx-Vernon ne lâche jamais son bâton de pèlerin. C’est la route du Luxembourg que la députée genevoise PDC a prise le 26 et 27 mars pour se rendre au Forum «Stand, Speak, Rise up!», consacré au viol comme arme de guerre. Cette conférence internationale organisée par la grande-duchesse Maria Teresa de Luxembourg en présence de trois Prix Nobel de la paix, le Dr Denis Mukwege, le gynécologue congolais qui «répare les femmes», la Yézidie Nadia Murad, ancienne esclave sexuelle de Daech, et le professeur bengalis Muhammad Yunus, connu pour son action en faveur de la microfinance, avait pour but de briser le silence qui entoure ce fléau et donner un écho à la parole des victimes.

Plus de cinquante survivantes, comme elles se nomment, issues de dix-huit pays, sont venues parler des actes de barbarie qu’elles ont subis. Des témoignages rares qui ont accompagné tous les ateliers de travail auxquels ont participé quelque 1200 personnes, dont de très nombreuses personnalités et experts internationaux, comme Michelle Bachelet, haut-commissaire aux droits de l’homme des Nations Unies, Peter Maurer, président du Comité international de la Croix-Rouge ou encore Pramila Patten, représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU pour les violences sexuelles dans les conflits.

Dénoncer, écouter, parler. Oui, mais pas que. Cette première mondiale avait aussi pour objectif de dégager des pistes concrètes pour accompagner les survivantes sur le chemin de la réparation. Comment survivre aux viols infligés par des soldats, des guérilleros ou des djihadistes? Comment se remettre debout après tant d’humiliations? Comment se reconstruire face au rejet de sa propre communauté? Comment vivre avec un enfant né du viol? C’est sur ces thèmes que l’élue, experte en lutte contre la traite des êtres humains et les violences faites aux femmes, est intervenue pour présenter le concept de la fondation au Cœur des Grottes à Genève, dont elle est l’ancienne directrice adjointe.

Aide sur le long terme

«Ces femmes sont avant tout des victimes à qui il faut offrir un accompagnement personnalisé sur le long terme, pour qu’elles puissent se construire un avenir dans leurs pays d’origine ou en Suisse», explique Anne-Marie von Arx. «Elles sont extrêmement vulnérables. Honte d’être mère d’un enfant né du viol, difficulté de dénoncer leurs bourreaux, autant d’obstacles qui font qu’elles ont peur de demander une aide pouvant entraîner un projet de retour trop rapide et donc les exposer à des représailles. Après avoir été rackettées des fonds qu’elles ont touchés pour l’aide au retour, elles risquent un crime d’honneur ou l’exploitation par le biais de la traite des êtres humains», poursuit la spécialiste.

Avec une police spécialisée (BTPI), une ligne téléphonique dédiée pour les victimes et les témoins (0800 20 80 20) et la première loi contre la traite des êtres humains (la loi von Arx-Vernon 11 760), le Canton de Genève est pionnier en la matière, rappelle par ailleurs l’élue.

«Le meilleur moyen de réduire les risques de revulnérabilité est de leur offrir le temps (de six mois à quatre ans) des soins nécessaires, des procédures – dépôt de plainte notamment – et un accès à une formation qualifiante leur permettant d’être financièrement autonomes dans leur pays ou en Suisse, si elles obtiennent un permis de séjour durable, de manière à ne pas dépendre de l’assistance publique», résume-t-elle.

«Le Cœur des Grottes propose une approche globale avec une équipe pluridisciplinaire, ainsi qu’un partenariat avec l’hôpital, les institutions et l’administration genevoise, en confiance avec la police et la magistrature. C’est un concept unique en Suisse», précise la députée pour qui «chaque femme qui est aidée à devenir autonome est un retour sur investissement garanti en terme humain et économique».

(TDG)

Créé: 08.04.2019, 08h28

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