Les écologistes, arbitres du nouveau Parlement

Élections européennesLibéraux et écologistes, boostés par l’effondrement des partis démocrates, veulent avoir leur mot à dire dans la composition de la prochaine Commission européenne.

L’Allemande Ska Keller, membre des Verts européens, est candidate à la succession de Jean-Claude Juncker.

L’Allemande Ska Keller, membre des Verts européens, est candidate à la succession de Jean-Claude Juncker. Image: EPA

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Le prochain Parlement européen sera plus fragmenté qu’il n’a jamais été, mais il n’est pas sur le point d’être «empêché» par une frange de partisans d’une déconstruction de l’Union européenne. Selon les projections disponibles dimanche en début de soirée, les partis situés à la droite du Parti populaire européen (PPE) cumuleraient 163 voix, soit 21,7 des voix. C’est beaucoup, presque autant que le grand parti de centre droit, le PPE (23%), mais ne sera pas suffisant pour bloquer la machine.

Au soir de l’élection, les Européens qui se sont mobilisés comme jamais depuis vingt ans ont brisé la «grande coalition» entre sociaux-démocrates et chrétiens-démocrates qui menaient le jeu depuis plus de trente ans et avaient l’habitude de se partager les postes clés. Ils viennent de perdre leur majorité, à 42% à peine ensemble. Les Verts, grâce à leur succès historique en Allemagne, et les libéraux, qui bénéficient de l’émergence de La République en marche! (LREM), le parti du président français Emmanuel Macron, seront les «faiseurs de roi» du nouveau cycle politique de l’Union. Ils cumulent ensemble 23% des sièges, contre 16% sous la précédente mandature. Il faudra donc une large coalition pour assurer l’élection du prochain président de la Commission européenne qui succédera à Jean-Claude Juncker dont le mandat s’achève le 31 octobre.


Lire aussi: Une défaite teintée de jaune


«Nous voulons un programme robuste pour les cinq prochaines années», a expliqué le chef de file des libéraux, l’ancien premier ministre belge Guy Verhofstadt. Le leader belge des Verts, Philippe Lamberts, a lui aussi averti que la nomination du prochain président, qui devra réunir une majorité des députés, ne pourra se faire que sur la base d’engagements fermes sur le climat et le social.

Paradoxalement, l’échec des négociations avec le Royaume-Uni nuit à la grande alliance des souverainistes que l’Italien Matteo Salvini espérait composer et regrouper au sein d’un groupe unique. Lundi, des représentants des principales composantes de la droite de la droite – Ligue du Nord italienne, Rassemblement national français, Brexit Party – se concerteront à Bruxelles pour voir comment aller de l’avant. Mais tous les calculs du vice-président du Conseil italien avaient été faits sur la base du Brexit. Le maintien des Britanniques au sein du Parlement, où le parti de Nigel Farage, le héros britannique du Brexit, devrait former le plus groupe politique, change la donne. Il siège pour l’instant avec le Mouvement 5 étoiles italien et quelques dissidents du Rassemblement national français dans un groupe à part, séparé du FPÖ des nationalistes autrichiens, de la Ligue du Nord et des élus loyaux à Marine Le Pen. Enfin, les élus fidèles au parti conservateur britannique siègent dans un troisième groupe avec les nationalistes polonais du PiS. Bref! L’union de la droite de la droite risque d’être compliquée.

L’enjeu des semaines à venir sera la formation d’une coalition entre démocrates-chrétiens, sociaux-démocrates, libéraux et Verts pour assurer la succession de Jean-Claude Juncker. Les chefs d’État et de gouvernement des Vingt-Huit doivent se retrouver mardi à Bruxelles pour parler nominations. La position de l’Allemand Manfred Weber, candidat du PPE, est affaiblie par le résultat de l’élection. À l’inverse, la Danoise Margrethe Vestager, candidate du Parti libéral, a le vent en poupe. Le Parlement doit reprendre sa session en juillet seulement, quelques jours après un nouveau Conseil européen où devrait être arrêté le programme de l’Union pour les cinq années à venir.


Marine Le Pen gagne, la droite classique s’effondre

En France, la première surprise est tombée avant 20 h quand les estimations de la participation se sont révélées supérieures à 50%: ce scrutin européen, dont on pensait qu’il intéressait très modérément les Français, a mobilisé les électeurs beaucoup plus que prévu.

Du coup, dans les états-majors des partis, une grande nervosité régnait en fin d’après-midi: qui allait profiter de cette participation, et qui allait en souffrir? Le premier gagnant, c’est le Rassemblement national (RN), qui arrive en tête avec des estimations entre 23% et 24% des suffrages selon les instituts de sondage. En réalité, c’est le résultat que tout le monde attendait: le mouvement de Marine Le Pen devance d’un ou deux points La République en marche! (LREM) du président Macron, qui obtiendrait entre 22% et 22,5% des suffrages. Pour le président, c’est une défaite symbolique car il avait fait de cette élection un match entre lui et Mme Le Pen, mais cette défaite reste limitée, car l’écart est modéré.

La véritable surprise de la soirée – et d’ailleurs plus que d’une surprise on peut parler d’un authentique séisme politique – c’est l’effondrement de la droite traditionnelle, Les Républicains (LR). Ils étaient certains d’arriver en 3e position, ils espéraient atteindre les 15%, mais ils arrivent 4e, derrière les Verts, et n’obtiennent qu’environ 8,5% des voix.

Ce qui pour Les Républicains est une débâcle constitue en revanche un triomphe pour le mouvement Europe Écologie Les Verts de Yannick Jadot, crédité d’un peu plus de 12,5% des voix. Avec Marine Le Pen, c’est le grand gagnant de la soirée, et il peut se poser désormais en rassembleur potentiel de la gauche, devant La France insoumise et le PS, qui seraient à égalité avec 6,5% des suffrages chacun.

Sitôt après les chocs des résultats, les déclarations politiques étaient attendues. Radieuse, Marine Le Pen appelle le président Macron à «tirer les conséquences» de ce vote: «Il doit au minimum dissoudre l’Assemblée nationale.» Elle ajoute que le RN est désormais «le mouvement de l’alternance», concluant sa prise de parole d’un très présidentiel «Vive la République et vive la France!»

En face, les poids lourds du parti de la majorité dépêchés sur les plateaux de TV minimisent leur défaite: «Le message envoyé par les électeurs n’est pas un message de crise politique», résume Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement. Tous font savoir qu’il est non seulement exclu de dissoudre l’Assemblée, mais que le premier ministre, Édouard Philippe, devrait rester en place.

Profondément marqué par sa défaite, le président LR, Laurent Wauquiez, tente d’en rejeter la faute sur Emmanuel Macron, qui avait transformé le scrutin en une croisade anti-Le Pen: «Il n’a pas été un rempart contre le Rassemblement national, il a été l’artisan de sa progression.» Puis, rapidement, il se retire. Restent sur scène deux partis, le RN et LREM. Et un prétendant: les Verts. Alain Rebetez

Créé: 26.05.2019, 22h54

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Quatre leçons du scrutin

Victoires de formations populistes, poussée des Verts ou participation en hausse: les électeurs européens se sont mobilisés dimanche pour dessiner un Parlement largement renouvelé, qui relègue les partis au pouvoir au second plan. Voici quatre enseignements de ce scrutin:

- Les forces populistes et eurosceptiques, jusque-là éclatées, marquent des points dans la plupart des pays et pourraient prétendre cette fois à former une véritable coalition.

- La mobilisation autour de la jeune Greta Thunberg, qui a rassemblé des centaines de milliers de jeunes Européens dans les rues ces derniers mois, a visiblement payé, et ce bien que les lycéens, très présents dans les manifestations, soient généralement trop jeunes pour voter.

- Déjouant les pronostics, les électeurs européens se sont massivement rendus aux urnes: la participation atteindrait 51% dans 27 pays de l’Union, selon les chiffres communiqués par le Parlement.

- Les Britanniques ont voté les premiers, jeudi, pour ce qui devrait être leur dernier scrutin européen; ils ont logiquement porté en tête le Parti du Brexit de Nigel Farage, partisan d’une rupture sans concession avec Bruxelles.
Réd.

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