Les échéances de l’UE se précisent

SommetMoins de neuf mois avant les prochaines élections européennes, le Brexit et la migration ont dominé à Salzbourg.

Difficiles négociations sur le casse-tête du Brexit pour Theresa May, la cheffe du gouvernement britannique, et les Vingt-Sept «restants».

Difficiles négociations sur le casse-tête du Brexit pour Theresa May, la cheffe du gouvernement britannique, et les Vingt-Sept «restants». Image: Reuters

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Neuf mois, c’est le temps d’une grossesse. C’est presque le temps qui sépare les dirigeants politiques européens des prochaines élections parlementaires de mai 2019, où ils craignent la poussée des populistes, laquelle annoncerait l’éjection des partis centristes de la sphère du pouvoir. C’est donc aussi le temps qu’ont les dirigeants européens actuels, dans l’ensemble «légitimistes» quand il s’agit du projet européen, pour accoucher de deux monstres: une solution à l’inextricable problème du Brexit et un plan solide pour gérer la pression migratoire africaine. Le sommet européen qui s’est tenu mercredi et jeudi à Salzbourg, en Autriche, n’a pas éloigné totalement le risque de fausse couche. Mais il fixe, au moins, quelques rendez-vous.

Pour le Brexit, les choses s’annonçaient plutôt bien. Après les discussions calamiteuses de juin et les errements du gouvernement May, le ton semblait plus soft mercredi soir après un rapide exposé de la cheffe du gouvernement britannique, Theresa May. Il faut «des compromis des deux côtés, pas d’un seul», avait dit le premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, à son arrivée jeudi matin. Et Sebastian Kurz, le jeune chancelier autrichien, hôte du sommet, s’était fendu d’un: «Pour qu’un deal soit scellé, les deux parties doivent bouger.»

Mais il y a des dilemmes difficiles à résoudre. Le problème a pour nom l’Irlande. Trois solutions: une frontière «douce», grâce aux moyens technologiques, entre la République d’Irlande et l’Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni. C’est celle sur laquelle travaillent la Commission européenne et son négociateur Michel Barnier. Une autre en mer d’Irlande, entre l’île d’Irlande et la Grande-Bretagne, qui remet en cause l’intégrité territoriale du Royaume-Uni. Et enfin une frontière entre le continent européen et l’Irlande, qui signerait le retour d’une frontière intérieure dans le marché européen. Le président français, Emmanuel Macron, n’a pas hésité à évoquer ces trois solutions, marquant sa préférence pour la première.

La France a aussi fait savoir qu’il faudrait qu’en octobre (ndlr: un sommet se tient les 18 et 19), «nous puissions avoir de nouvelles propositions britanniques». Un sommet extraordinaire en novembre reste donc un plan B. La menace du «hard Brexit» continue de planer. Au-delà de la cauchemardesque question irlandaise (comment négocier une intégrité nationale contre une autre?), les Vingt-Sept «restants» préparent le deal à venir sur la manière de gérer un marché unique amputé.

«L’Afrique est le point-clé»

Mais la grande question en vue des élections reste l’immigration. Face aux dizaines de millions d’Africains qui aspirent à rejoindre l’Europe, le continent tremble et se déchire. Cette peur justifie tant la dérive autoritaire de la Hongrie et de la Pologne que la montée de l’extrême droite en France ou son succès en Italie. «L’Afrique est le point-clé», a dit la chancelière Angela Merkel après le sommet. Elle espère rééditer le coup d’un deal avec la Turquie, qui l’avait sortie d’une mauvaise passe en 2016. Un sommet avec le président égyptien est annoncé en décembre à Vienne (l’Autriche préside l’Union jusqu’à la fin de l’année), un autre en Égypte au début de 2019. D’ici là, les Européens aimeraient conclure sur la question du renforcement du corps de gardes-frontières européens. On parle de 10 000 personnes affectées à cette charge, mais chacun compte ses sous (le coût serait de 2 milliards d’euros). Le premier ministre italien, Giuseppe Conte, n’a pas manqué de rappeler les inextricables problèmes de langue, de souveraineté, de faisabilité.

L’Europe en est là: montrer qu’elle peut tenir ses promesses dans les semaines qui viennent. Faute de quoi, ses citoyens pourraient se laisser «séduire par les messages de facilité et de violence», selon le président Macron. Les «européanistes», comme les appelaient les Américains dans les années 60, jouent leur survie.

«Les populistes ont raison de critiquer l’Europe»

La confrontation que Macron et vous-même prônez lors des élections européennes avec les populistes ne fait-elle pas le jeu de ces derniers?

Il faut commencer par reconnaître qu’il y a un vrai défi. Les nationalistes et populistes n’ont pas tort quand ils critiquent l’Europe. Ils ont raison quand ils disent qu’elle ne fonctionne pas. Notre différence est dans les solutions. Le problème est selon nous qu’il n’y a pas assez d’Union européenne: l’UE n’est qu’une confédération d’États-nations qui fonctionnent sur la règle de l’unanimité. Le problème de l’Europe est qu’on nie les populismes, en continuant à faire des petits pas: cela ne fonctionne plus! C’est une refondation de l’UE qu’il faut, et cela passe par des réformes institutionnelles, une réforme de la zone euro, une politique migratoire vraiment européenne, une communauté de défense européenne et la fin de la règle de l’unanimité.

Vous dites: c’est soit la refondation, soit les populismes. Croyez-vous à un basculement dans les pays réticents face au saut que vous proposez?

Cela basculera si nos forces proeuropéennes alternatives aux partis traditionnels et porteuses d’une vision remportent une victoire aux élections européennes.

Parce que les libéraux ne sont pas une force traditionnelle?

Pas du tout! Le nord de l’Europe et le Benelux sont des précurseurs dans ce sens: Charles Michel et moi quelques années plus tôt en Belgique (ndlr: Guy Verhofstadt a été premier ministre de 1999 à 2008), Mark Rutte aux Pays-Bas… Nous sommes des exceptions après des dizaines d’années de gouvernement par les deux partis traditionnels. Le besoin d’alternative est ensuite arrivé en France, il arrive en Espagne, et, même si c’est malvenu de le dire, on voit que ce besoin s’est exprimé en Italie aussi.

Le Parti populaire européen (PPE) a lâché Viktor Orbán. Ferez-vous de même avec le premier ministre tchèque, Andrej Babis, qui est dans votre famille politique mais qui recourt au langage populiste sur la migration?

Pas du tout! Que les pays de l’Est aient des doutes sur la migration, on le sait, et dans une certaine mesure je les comprends. Car on a pris le problème à l’envers: on a commencé à parler de solidarité (ndlr: dans l’accueil) avant de nous occuper des frontières extérieures. Le problème, c’est Monsieur Orbán et Monsieur Kaczynski, qui changent leurs systèmes pour aller vers un système illibéral.

Le langage de Babis sur ces questions nourrit le grand fantasme très répandu en Europe centrale et de l’Est d’un grand déferlement de migrants…

Il n’est pas interdit d’avoir des idées divergentes sur la migration. Mais on ne peut pas supprimer l’État de droit, changer les rapports de force de manière à ce que les ONG ne puissent plus faire leur travail, ou faire cesser des journaux du jour au lendemain! Monsieur Babis n’est pas dans cette idéologie-là, au contraire.

Jurek Kuczkiewicz, «Le Soir»

Créé: 20.09.2018, 22h30

«Les populistes ont raison de critiquer l’Europe»

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