Les différentes issues possibles pour la Catalogne

EspagneLes indépendantistes prévoient de proclamer l’indépendance dès lundi. Et après? Petit tour d’horizon des scénarios envisagés.

Le président Carles Puigdemont s’adresse à la nation depuis des jours en réclamant une médiation internationale pour sortir de l’impasse et se dit disposé au dialogue.

Le président Carles Puigdemont s’adresse à la nation depuis des jours en réclamant une médiation internationale pour sortir de l’impasse et se dit disposé au dialogue. Image: Reuters

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Le choc frontal est encore évitable en Catalogne. C’est ce que veulent croire tous ceux qui en Espagne lancent des appels au dialogue entre Madrid et Barcelone pour éviter la rupture. Mais la situation est de plus en plus tendue, à quelques jours de la date prévue pour voter la déclaration d’indépendance au parlement de Barcelone malgré le veto de Madrid.

L’exploration d’une médiation nationale

Les candidats à la médiation sont nombreux ces derniers jours. Les initiatives ont surgi de tous les bords. Il y a d’un côté la proposition des évêques espagnols, qui tablent sur le fait que le président catalan, Carles Puigdemont, et son vice-président, Oriol Junqueras, sont tous deux catholiques pratiquants. Ils espèrent par ce biais les asseoir à la même table que Mariano Rajoy. De l’autre côté de l’échiquier social, c’est Podemos qui a porté sa propre initiative de médiation en association avec les syndicats et les partis nationalistes régionaux catalans. Dans les milieux professionnels catalans inquiets des conséquences d’une rupture violente, le Collège des avocats de Catalogne mobilise les associations professionnelles de la région dans le cadre d’une initiative à laquelle s’est joint le Barça, le club de football de Barcelone. Toutes ces initiatives sont accueillies avec sympathie par les deux parties, mais elles arrivent tard. Le gouvernement refuse de dialoguer sous la menace, explique-t-on à Madrid. Personne ne s’assiéra tant que les dirigeants catalans ne renonceront pas à leur projet de déclaration unilatérale d’indépendance.

La voie d’une médiation internationale

Depuis des jours, le président Carles Puigdemont réclame une médiation internationale pour sortir de l’impasse. Il se dit disposé au dialogue, mais sans quitter la route tracée vers l’indépendance. Il multiplie les appels, du côté de l’Union européenne comme de l’ONU. Le président de la région basque, Iñigo Urkullu, nationaliste modéré, s’est proposé au président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour travailler avec lui en ce sens. Mais Bruxelles préfère se maintenir hors du conflit, considéré comme une affaire interne. «La voie d’une médiation internationale conviendrait à Carles Puigdemont car il se situerait d’égal à égal avec le chef du gouvernement, explique le politologue Pablo Simon, directeur du think tank Politikon. Ce serait pour lui une sorte de reconnaissance de fait d’un Etat catalan et c’est précisément l’image que veut éviter Madrid.» A Bruxelles, Esteban Gonzalez Pons, le porte-parole du parti populaire espagnol au Parlement européen, est catégorique: «L’Espagne n’est pas la Yougoslavie. Nous sommes une démocratie, stable et mûre, nous n’avons pas besoin de tutelle ni de médiateurs.»

La convocation d’élections régionales en Catalogne

Le référendum de dimanche dernier, qui s’est déroulé sans liste électorale ni comptages fiables, n’a pas rempli les conditions normales d’un scrutin, ont constaté les observateurs internationaux qui ont suivi la journée. «Ce pourrait être pour les indépendantistes l’occasion de chercher la légitimité par les urnes, en convoquant des élections régionales anticipées où on pourrait sérieusement compter les voix en faveur», explique Oriol Bartomeus, professeur à l’Université autonome de Barcelone. Cela ne résoudrait pas la question, mais cela permettrait de gagner du temps et de chercher des solutions en attendant, note-t-il, avant d’ajouter: «Les divisions internes, au sein de la coalition indépendantiste, compliquent cette hypothèse.» Néanmoins, Madrid pourrait décider d’office de dissoudre le parlement de Barcelone et convoquer les élections.

La convocation d’élections générales anticipées

S’il n’a pas réussi à trouver de solution à la crise catalane, il est temps de partir pour le chef du gouvernement espagnol. «Le gouvernement de Mariano Rajoy n’a pas su affronter le problème, il a décidé de le déléguer aux juges d’abord, puis à la police ensuite, au lieu de prendre ses responsabilités politiques et de chercher une issue au conflit», analyse Gabriel Colomé, professeur de sciences politiques à l’Université autonome de Barcelone. Les nouvelles élections pourraient être selon lui l’occasion d’essayer d’articuler une majorité en faveur d’un projet de troisième voie, avec la refonte de la Constitution vers une Espagne fédéraliste qui donnerait un espace plus ample aux particularités catalanes. «Mais le problème, note le politologue, est que la logique de l’affrontement convient électoralement à Mariano Rajoy. Il gagne des voix ailleurs en Espagne en se montrant dur vis-à-vis de Barcelone.»

La mise sous tutelle de la Catalogne

C’est l’option la plus probable en cas de déclaration unilatérale d’indépendance. «Le gouvernement n’aurait pas d’autre option que de faire respecter l’ordre constitutionnel», affirme Pablo Simon, politologue directeur du think tank Politikon. Le bref discours du roi, prononcé mardi soir, n’a laissé aucun doute. Il a fermé toute porte au dialogue, accusant les dirigeants catalans de s’être placés «en marge du droit et de la démocratie» en convoquant un référendum illégal. Et il a averti: «C’est la responsabilité des pouvoirs légitimes de l’Etat d’assurer l’ordre constitutionnel et le fonctionnement normal des institutions.» L’opération devrait passer par la mise sous tutelle immédiate de l’administration de la région, avec le contrôle des finances et de la police régionale. Elle pourrait aussi impliquer l’arrestation du président catalan, accusé de sédition, et ouvrir la porte à de fortes mobilisations de rues.

(TDG)

Créé: 05.10.2017, 21h52

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