Les Britanniques, fatigués et traumatisés par le Brexit

Royaume-UniL’interminable processus a atteint le moral des europhiles comme des eurosceptiques et divisé le pays et les familles.

La longueur des négociations et l'incapacité à sortir de l'Union Européenne à la date prévue assombrit le moral des britanniques.

La longueur des négociations et l'incapacité à sortir de l'Union Européenne à la date prévue assombrit le moral des britanniques. Image: Andy Rain/EPA

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Les promoteurs du Brexit avaient promis pendant la campagne du référendum une libération du joug de l’Union européenne, une reprise du contrôle des pouvoirs juridiques, judiciaires et migratoires des mains de l’organisation européenne. En lieu et place, le processus du Brexit pédale dans la semoule. Et l’humeur des Britanniques s’en trouve profondément atteinte. «Le niveau de satisfaction post-référendum s’est dégradé de manière significative dans le Royaume-Uni comparé aux autres pays de l’UE», assure dans un article universitaire Georgios Kavetsos, professeur en sciences comportementales à l’université londonienne Queen Mary.

Colère

Selon le chercheur, le sentiment des partisans du maintien dans l’UE a indéniablement été atteint. Cette analyse corrobore l’ambiance de la marche anti-Brexit du 23 mars, lors de laquelle un demi-million de personnes ont traversé Londres pour réclamer la tenue d’un second référendum. «Je suis beaucoup moins optimiste et beaucoup plus en colère que lors des précédentes marches contre le Brexit», nous avait avoué Sophie, une Londonienne accompagnée de ses deux enfants. «Je ne crois pas que cette marche changera quoi que ce soit. L’ambiance, beaucoup plus fataliste, me fait dire que c’est plus un adieu à l’Europe qu’autre chose.»

Pour Georgios Kavetsos, cette humeur grisâtre a pourtant déteint sur tous les Britanniques. «Le sentiment de bien-être des eurosceptiques s’est amélioré de manière significative dans les mois qui ont suivi le référendum», précise-t-il. «Il s’est pourtant dégradé au cours de l’année 2017, sans doute le reflet d’une inquiétude au regard de la direction des négociations avec l’UE, qui ont éloigné la possibilité d’un Brexit dur.»

Vol

Difficile de ne pas le sentir en arpentant le pays. Ils n’étaient que quelques centaines à manifester vendredi dernier devant le parlement pour se plaindre que les députés leur avaient volé «leur Brexit», initialement prévu le 29 mars. Des millions d’autres restés chez eux, comme Uel Hardy, se sentent néanmoins «très en colère». «Je n’ai pas voté pour ce processus chaotique. Surtout que si la première ministre Theresa May opte pour un nouveau recul de la date du Brexit, celui-ci pourrait bien ne jamais avoir lieu.»

Pour ce sexagénaire, la situation se révèle assez cocasse. Son fils aîné Jonathan hésitait à voter en faveur du Brexit, mais il ne s’est finalement pas rendu au bureau de vote le 23 juin 2016, tandis que son cadet Richard a voté pour rester dans l’UE. La famille est donc totalement divisée. «Sincèrement, nous n’en débattons pas», avoue l’europhile isolé. «À quoi bon se disputer alors que je sais qu’ils ne changeront pas d’avis? Ils ont leur vision, j’ai la mienne, même si je les écoute et que certaines de leurs remarques me font réfléchir.»

Division

Cette situation n’est pas exceptionnelle: des dizaines de milliers de familles sont ainsi divisées depuis le référendum. D’autant que la perception de la position de chacun sur la question du Brexit est devenue primordiale. Une enquête réalisée en juin 2018 a ainsi montré que 36% des Britanniques n’estiment pas avoir d’identité politique alors que 9% disent en avoir une très forte. Rapportée au Brexit, la différence est saisissante: 11% des Britanniques ne s’identifient pas à leur vision du Brexit alors que 44% s’y identifient très fortement.

Ce clivage a aussi des conséquences surprenantes. Interrogés s’ils accepteraient d’avoir un ami qui n’a pas voté comme eux lors du référendum, 80% des partisans du Brexit ont répondu «oui» contre seulement 61% des opposants au Brexit. Alors que 75% des «Brexiters» accepteraient que leur enfant ait une relation avec une personne de l’autre camp, seulement 53% des «Remainers» le consentiraient. «On dit souvent que les «Remainers» ou les électeurs de gauche sont bien plus tolérants et réceptifs aux autres, mais notre recherche rejoint d’autres études pour mettre cette affirmation en doute», souligne Matthew Goodwin, professeur de politiques à l’Université du Kent.

Créé: 01.04.2019, 20h17

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