Le service national: creuset, gadget ou usine à gaz?

FranceLe premier ministre doit présenter ce mercredi les grandes orientations d’une des promesses électorales d’Emmanuel Macron.

Pour Emmanuel Macron, le service universel doit remédier aux effets pervers de la suppression de la conscription, décidée en 1997 par Jacques Chirac.

Pour Emmanuel Macron, le service universel doit remédier aux effets pervers de la suppression de la conscription, décidée en 1997 par Jacques Chirac. Image: Reuters

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C’était l’une des grandes promesses du candidat Emmanuel Macron à l’élection présidentielle: instaurer «le service militaire obligatoire et universel d’un mois» afin de contrecarrer les effets pervers de la suppression de la conscription, décidée en 1997 par Jacques Chirac.

Aujourd’hui, le premier ministre, Édouard Philippe, annoncera «les grandes orientations» de ce qui ne sera plus un «service militaire» – évitons les mots qui fâchent – mais un «service national universel» (SNU). Donc, a priori, les jeunes Français n’auront pas «leur» école de recrues! Il faut dire que les militaires eux-mêmes ne voyaient pas d’un bon œil la réapparition des «pioupious» dans leurs casernes, entièrement consacrées à l’armée professionnelle depuis plus de vingt ans. Dans ce contexte, le gouvernement marche sur des œufs et livre des informations au compte-gouttes. Selon les déclarations de Benjamin Griveaux, porte-parole du gouvernement, et d’après le rapport du groupe de travail nommé par l’Élysée, le SNU sera obligatoire pour tous, filles et garçons, dès l’âge de 16 ans, pendant un mois.

Deux fois quinze jours

Ce service s’effectuera en deux temps. La première période durera quinze jours en hébergement collectif pendant les vacances scolaires. Elle sera destinée à ménager «un temps de cohésion» entre les participants et portera sur les enjeux de la défense nationale, l’instruction civique, l’initiation aux premiers soins. Des bilans de santé et de compétences, des formations pour le Code de la route ou le brevet d’animateurs de jeunesse font également partie des propositions.

La seconde période, également de quinze jours, sera consacrée à l’élaboration d’un «projet collectif» et se déroulera majoritairement sans hébergement collectif. Enfin, une troisième période est prévue, mais elle ne sera pas contraignante. Cet engagement volontaire de trois à six mois, pris avant 25 ans, touchera divers domaines à choix: militaire, sanitaire, associatif, civique.

Près d’un million de jeunes

Ce SNU concerne entre 800 000 et 900 000 jeunes par année. Et pour l’instant, bien des inconnues demeurent, concernant notamment le budget (lors de sa campagne électorale, Emmanuel Macron l’avait estimé entre deux et trois milliards d’euros), l’encadrement, les lieux d’hébergement, le port éventuel d’un uniforme, mais aussi les sanctions en cas de refus de servir. Si ces questions restent ouvertes, c’est que le gouvernement lancera dès cet automne une vaste consultation auprès des organisations de jeunesse afin de préparer les réponses les plus appropriées. Il est donc encore trop tôt pour savoir à quoi ressemblera vraiment ce service national universel: à un creuset? À un gadget? À une usine à gaz?

Une jeunesse fracturée

Après les émeutes des banlieues en 2005 et 2007, la coupure entre jeunes Français est apparue criante. Le président Macron, avec d’autres, a vu dans l’arrêt du service militaire obligatoire l’une des causes de cette profonde fracture. Le brassage social opéré par la conscription n’existait plus, même s’il faut en relativiser les effets, les «arrangements» pour éviter l’armée étaient alors monnaie courante. Dans l’esprit du président, il s’agit aujourd’hui de reconstituer une forme de service obligatoire qui devienne un creuset dans lequel se fonderont des jeunes venant d’horizons divers pour les amener à «faire République» ensemble. Il reste à savoir si ce SNU sera considéré par les principaux intéressés comme un creuset social ou comme une corvée de vacances. Et si un mois, découpé en deux périodes de quinze jours, suffira pour faire éclore un esprit collectif. Quant à l’usine à gaz – qui n’est jamais loin dès qu’un projet législatif se forme en France – on peut en distinguer les prémices dans certaines propositions fort compliquées du groupe de travail de l’Élysée, notamment concernant la prise en charge des apprentis. Le succès ou l’échec du SNU dépendra de la consultation des organisations de jeunesse et surtout de la façon dont le gouvernement prendra en compte leurs avis.

Créé: 26.06.2018, 20h30

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