Le référendum, arme à double tranchant

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Le référendum est une arme électorale à un coup d’une puissance redoutable. Expression de la volonté populaire, il dit la vérité brute du corps électoral. Pourtant, deux référendums récents, celui de Moutier pour le rattachement au Jura et celui de la Nouvelle-Calédonie sur l’indépendance, n’ont fait que relancer des questions qui taraudent les opinions depuis des années.

Moutier ou Nouvelle-Calédonie, la force d’un vote est telle que nier ce qu’il exprime crée une énorme frustration

Dans le cas de Moutier, le faible écart de voix (137) et l’engagement de la cité prévôtoise pour le rattachement au Jura ont justifié l’annulation. Mais la force d’un vote référendaire est telle que nier ce qu’il exprime crée une énorme frustration. En Nouvelle-Calédonie, c’est la démographie coloniale qui a fait la décision: les Kanaks sont minoritaires sur leur île. Cependant, le score des indépendantistes est suffisamment haut pour que l’indépendance soit toujours un horizon crédible.

Aucun pays au monde n’a organisé plus de référendums populaires que la Suisse (662 depuis 1848). Vu de l’étranger, la démocratie directe est une spécialité helvétique au même titre que le chocolat. Alors que beaucoup de pays sur la planète se méfient des référendums. Notamment parce que les électeurs répondent rarement à la question posée et se prononcent en général pour ou contre le gouvernement en place.

Cela dit, le taux de participation aux référendums et initiatives en Suisse est très nettement inférieur à celui des élections au Conseil national et au Conseil des États. En fait, la Suisse pratique une démocratie semi-directe puisqu’elle marie intelligemment la démocratie directe et la démocratie représentative. Au risque, parfois, de limiter la portée d’un vote du peuple au nom des intérêts bien compris du pays, des corps intermédiaires, du compromis et de la modération. Ce fut par exemple le cas de l’initiative populaire «Contre l’immigration de masse».

La démocratie directe peut exprimer vivement une humeur de l’opinion (votation sur les minarets, alors qu’il n’y en a pas en Suisse). Tandis que son principal intérêt est évidemment de répondre à une aspiration profonde et majoritaire du peuple. Cette contradiction, ou ce paradoxe, pourrait à nouveau se présenter avec l’initiative «Le droit suisse au lieu de juges étrangers».

Présenté comme le fait l’UDC, l’enjeu de ce vote serait la défense de l’autodétermination, car une législation supranationale serait insupportable. Pire, cette justice internationale remettrait en cause la démocratie directe suisse. En fait, le droit européen est largement intégré par la représentation suisse, et cela depuis longtemps.

La force du référendum est telle que la démocratie représentative et la souveraineté nationale peuvent parfois s’en trouver affaiblies. Ainsi, l’un des plus vieux régimes parlementaires du monde, le Royaume-Uni, est en crise depuis un référendum épidermique, le Brexit, qui a déjà bouleversé la politique et l’économie du pays. Or, pour ce scrutin, l’opinion a été trompée par une campagne mensongère sur l’UE tandis que le migrant était présenté comme le bouc émissaire, le responsable de tous les problèmes du pays.

Au Brésil et en Italie, en ne faisant campagne que sur un thème – la corruption du pouvoir en place dans le premier cas et les migrants dans le second – des candidats d’ultradroite ont transformé un vote d’adhésion à un programme de gouvernement en une question à laquelle on répond par oui ou par non. Cela s’appelle le populisme. (TDG)

Créé: 07.11.2018, 18h09

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