La fuite en avant de l’ex-favori François Fillon

PrésidentielleLe candidat des Républicains maintient sa candidature à la présidentielle malgré sa convocation par la justice et ses promesses d’exemplarité. Les élus LR voient le désastre arriver

François Fillon s’est exprimé hier depuis son QG de campagne.

François Fillon s’est exprimé hier depuis son QG de campagne. Image: Reuters

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François Fillon est convoqué pour le 15 mars par les juges en vue d’une mise en examen. Il ne se retirera pas et a réitéré son intention de s’en remettre au seul suffrage universel. Voilà l’information du jour qui, par effet domino, fait néanmoins vaciller une fois de plus le candidat des Républicains et carrément tanguer la présidentielle. L’ex-premier ministre est convoqué par le Parquet national financier dans le cadre de l’enquête sur l’affaire des présumés emplois fictifs de son épouse et de ses enfants, révélée par le Canard enchaîné fin janvier. A noter que Penelope Fillon est aussi convoquée pour le 15 mars.

C’est depuis son QG de campagne, hier sur le coup de 12 h 30, que François Fillon a pris soin d’annoncer lui-même la nouvelle et surtout de contre-attaquer. L’ex-premier ministre évoque une «enquête à charge» et n’a pas hésité à dénoncer un complot. «Depuis le début, je n’ai pas été traité comme un justiciable comme les autres», s’est-il offusqué. Il s’estime en effet victime d’un «assassinat politique» et, lyrique, a lancé un «ce n’est pas moi que l’on assassine, mais l’élection présidentielle», tout en appelant les Français à ne pas se laisser «abuser».

François Fillon a néanmoins expliqué qu’il se rendrait à la convocation de la justice. Allusion au fait que Marine Le Pen, elle, a refusé mercredi dernier d’être entendue par la police judiciaire. La présidente du Front national, et favorite pour le 1er tour de la présidentielle du 23 avril, devait être entendue dans le cadre de l’enquête sur les assistants parlementaires du Front national au Parlement européen. Marine Le Pen a pointé violemment du doigt, dimanche dernier, une justice instrumentalisée pour empêcher «le peuple de France de choisir librement son président».

Une défense musclée

François Fillon a tenu hier des propos très proches de ceux de la présidente du Front national. Cette ambiance de guerre antijustice n’a pas manqué de faire réagir le président de la République. François Hollande, démissionnaire, s’est élevé «solennellement contre toute mise en cause des magistrats». L’ancien juge Eric de Montgolfier: «Cela ressemble à une demande pour pouvoir faire ses petites affaires en toute tranquillité. Pourquoi y aurait-il une trêve de la justice durant la présidentielle?» nous explique ce spécialiste des affaires sensibles qui avait envoyé en prison Bernard Tapie dans les années 90. Il travaille désormais pour Benoît Hamon. «Je ne suis pas encarté, mais il m’a demandé de l’aider à bâtir un projet. Visiblement, François Fillon ne croit pas à la présomption d’innocence pour les juges. Et puis il y a, dans cette affaire, une question morale à laquelle François Fillon devrait être sensible. Vous connaissez le proverbe chinois: quand le singe montre la lune, l’imbécile regarde le doigt! Voilà à quoi me fait penser cette mise en cause de la justice qui illustre la dégradation du pays», soupire Eric de Montgolfier.

«Je crois au respect de la parole donnée. Elle est indispensable à la crédibilité de la politique.» C’est par ces mots que Bruno Le Maire, candidat malheureux à la primaire qui avait rejoint l’équipe de campagne de François Fillon, a décidé d’expliquer son retrait. Arnaud Robinet ou encore Catherine Vautrin, élus LR importants sans être des ténors, ont aussi décidé de prendre du recul. Le parti centriste UDI, allié traditionnel, a aussi décidé de suspendre momentanément sa participation. La situation politique est en effet devenue délicate aussi sur le plan de la crédibilité du candidat, qui, s’il bénéficie évidemment de la présomption d’innocence, avait assuré sur TF1 (le 26 janvier) au lendemain des premières révélations qu’il serait «candidat sauf si je suis mis en examen». Cette petite phrase faisait écho à son attaque contre Nicolas Sarkozy en août 2016. «Qui imagine un seul instant le général de Gaulle mis en examen?»

Pas de plan B…

Par ailleurs, François Fillon a fait campagne sur la probité – «la démocratie exemplaire» était un de ses slogans – et dénoncé à de nombreuses reprises les manquements de ses adversaires. Hier encore, il a rappelé que plus d’un tiers des députés français emploient un membre de leur famille comme assistant parlementaire. Le fait est que François Fillon n’a pas réussi à apporter publiquement – histoire de rassurer ses soutiens – la preuve de la réalité de l’emploi surpayé de son épouse. Du coup, à l’instar d’Alain Marsaud (lire ci-dessous), certains députés LR exigeaient son retrait en faveur d’un nouveau candidat. François Fillon s’y est refusé et a pris le parti en otage, dénoncent ces «frondeurs».

Désormais, celui qui était favori, et même en tête des sondages pour la présidentielle au lendemain de son écrasante victoire sur Alain Juppé (le 29 novembre dernier), est donné éliminé au 1er tour de la présidentielle. Et l’élection de plonger dans un climat qui hésite entre consternation et bellicisme dans le camp des Républicains. Ainsi, le très droitier magazine Valeurs actuelles appelle à un grand rassemblement populaire dimanche à Paris. Les équipes de François Fillon relaient déjà l’appel. Beaucoup craignent déjà les dérapages.


«Cette guerre prépare un désastre annoncé»

Ancien magistrat, député Les Républicains, Alain Marsaud est l’un des élus qui a demandé la réunion du Bureau politique des Républicains pour discuter de possibles alternatives à François Fillon.

Est-ce qu’une trêve de la justice pour les présidentiables est envisageable?

Dans l’histoire judiciaire, nous n’avons jamais connu une affaire comme celle-ci où une décision de justice est de nature à bouleverser le processus démocratique. Il n’y a pas de tradition en la matière, pas de jurisprudence. Mais on peut s’étonner de la vitesse avec laquelle les juges ont instruit une affaire dont ils doivent, chacun, avoir au moins une vingtaine de cas comparables en attente dans leurs bureaux.

N’est-ce pas François Fillon qui a exigé une décision rapide?

François Fillon a été d’une incroyable naïveté de croire que cela allait se régler dans les quinze jours qu’il nous avait demandé de patienter. Si François Fillon avait consulté l’ancien magistrat que je suis, je lui aurais conseillé d’être plus prudent. La justice a sûrement ses exigences – la vérité surtout – mais la démocratie est une exigence supérieure. Car, aujourd’hui, quel que soit le président élu en mai, il sera de toute façon un président affaibli, car mal élu dans un contexte très particulier. Les juges ont pris la responsabilité d’affaiblir la présidence.

Mais François Fillon, toujours présumé innocent, devrait néanmoins tirer les mêmes conclusions?

Il ne le voit pas. Mes collègues députés ne le voient pas. François Fillon se montre combatif, c’est bien mais son projet nécessite qu’il soit considéré comme irréprochable. Il est donc évidemment coresponsable. Mais cette guerre entre le judiciaire et le politique prépare le désastre annoncé.

Vous imaginez encore un plan B pour sauver le programme de réformes de François Fillon?

Nous avons été un certain nombre à espérer des plans B. Mais en réalité, du moment que l’intéressé refuse, il n’en a jamais été vraiment question. Nous sommes aujourd’hui liés à un candidat dont le projet ne peut être porté par personne d’autre. Car les primaires, celles de la gauche également, ont retenu les deux personnalités qui ont fait les propositions les plus radicales. X.A. (TDG)

Créé: 01.03.2017, 21h36

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