«La Russie veut affaiblir l'UE avec l'extrême droite»

Elections européennesSur fond de crise politique en Autriche, André Liebich revient sur les relations ambigues entre Moscou et les populistes européens.

André Liebich, professeur honoraire à l'IHEID.

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L’«Ibizagate», du nom de la vidéo révélant les liens compromettants de Heinz-Christian Strache avec la Russie, a coûté sa place au vice-chancelier autrichien. Lundi, son parti, le FPÖ, a menacé de retirer tous ses ministres du gouvernement si le chancelier conservateur Sebastian Kurz limoge le ministre de l’Intérieur, H­erbert Kickl, avant les législatives anticipées de septembre. André Liebich, professeur honoraire à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) de Genève, analyse le jeu du Kremlin dans les élections européennes.

Êtes-vous surpris par le scandale du FPÖ autrichien?

Pas vraiment. On peut se demander pourquoi cette vidéo sort maintenant. Peut-être que c’est finalement une bonne chose pour le chancelier Sebastian Kurz, qui était de plus en plus gêné par ses alliés de l’extrême droite.

Quel sera l’impact selon vous de ce «Ibizagate»?

Pour les électeurs populistes, l’impact sera faible. Les adhérents des partis d’extrême droite sont déjà convaincus que tous les politiciens sont corrompus. Cette affaire ne va pas les surprendre, ils voteront quand même pour ces partis.

Outre le FPÖ, d’autres mouvements populistes se rapprochent de la Russie. Marine Le Pen a fait appel à des banques russes pour financer sa campagne présidentielle, la Ligue de Matteo Salvini a signé en 2017 un accord de coopération avec le parti de Vladimir Poutine.

Il ne faut pas oublier que Moscou vise les États-Unis à travers l’Union européenne. Elle a abandonné l’espoir d’une UE forte qui fasse contrepoids à Trump. La seule alternative est une Union européenne qui se désintègre. La Russie a toujours voulu s’associer aux grands partis européens, qui l’ont rejetée. Elle a donc recours aux partis marginaux pour y arriver, et ceux d’extrême droite sont plus proches idéologiquement. En revanche, il y a des situations différentes selon les pays en Europe centrale et orientale. Prenez Victor Orban. Il est curieusement plutôt pro-Kremlin, contrairement à la Pologne clairement russophobe. Cela vient sans doute de son antipathie pour Bruxelles, mais aussi de ses liens économiques et énergétiques avec la Russie.

Une grande alliance des populistes de droite soutenue par Matteo Salvini, comme on l’a vu ce week-end à Milan, a-t-elle une chance d’aboutir?

Je ne pense pas. Le PiS polonais ou le Fidesz de Victor Orban ne veulent pas s’allier à Salvini. Orban ne veut pas de l’extrême droite dans son gouvernement déjà très à droite mais cherche plutôt à rallier à lui l’électorat extrême.

Qu’ont en commun ces mouvements populistes et a contrario qu’est-ce qui les sépare? Ils sont tous profondément contre la politique européenne telle qu’elle est menée actuellement. C’est pour cela qu’ils ont le vent en poupe, puisque même les partis les plus europhiles veulent des réformes. Mais c’est une contradiction de vouloir créer une union des partis qui ne veulent pas d’union. Tôt ou tard, il y aura des dissensions entre eux.

Faut-il réellement s’attendre à une vague populiste le 26 mai?

Les gros partis traditionnels de droite – ceux qui veulent réformer l’UE de l’intérieur et non la quitter – vont garder leur majorité. Mais ils ont fait des concessions aux populistes. De leur côté, les partis populistes de droite d’Europe centrale et orientale ont avantage à rester dans le plus gros groupe de droite, le PPE, plutôt que de basculer dans les extrêmes. On va sans doute assister à une nouvelle tendance: l’UE pourrait abandonner son discours en faveur d’une union renforcée et privilégier la souveraineté nationale, privant du même coup les populistes de leurs armes. Le discours européen s’adaptera pour être plus acceptable pour les peuples.

La Russie n’aura donc pas gagné son pari?

Je ne pense pas. La désunion et la discorde entre les pays membres restent avantageuses pour la Russie, qui peut essayer de convertir les pays individuellement. Mais on l’a remarqué par le passé, comme pour les sanctions contre Moscou: certains États y étaient opposés, mais lors du vote final, ils ont agi collectivement et les ont approuvées. (TDG)

Créé: 20.05.2019, 18h49

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