L’interdiction, seule solution contre le diesel

AllemagneLa justice pourrait bannir les véhicules les plus sales des centres-villes. La pollution tue prématurément 13 000 personnes par an outre-Rhin.

Bouchons routiers et rails vides à Munich, durant une grève du syndicat des transports. Selon le maire de la ville, les niveaux de pollution à Munich sont «effrayants».

Bouchons routiers et rails vides à Munich, durant une grève du syndicat des transports. Selon le maire de la ville, les niveaux de pollution à Munich sont «effrayants». Image: MICHAEL DALDER/REUTERS/Reuters

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Comment réduire la pollution sans procéder à des restrictions de circulation? La question préoccupe les Allemands depuis des années. À part les «vignettes vertes», aucune solution n’a jamais été trouvée pour redescendre sous les limites acceptables.

«Les voitures sont aux Allemands ce que les armes sont aux Américains», résume Remo Klinger, l’avocat de l’ONG environnementale Deutsche Umwelthilfe (DUH), à l’origine de dizaines de plaintes contre les constructeurs automobiles.

Le gouvernement ayant toujours défendu les intérêts d’une industrie qui emploie directement plus de 800 000 personnes en Allemagne, les ONG et les communes ne voient plus qu’une solution: interdire les diesels dans les centres pour réduire une pollution qui tue prématurément près de 13 000 personnes par an.

Le Tribunal administratif fédéral de Leipzig pourrait autoriser ce jeudi les communes à prendre des mesures coercitives. La décision aura des conséquences: une interdiction généralisée des diesels, hors normes Euro 6, exclurait près de 13 millions de véhicules dans les centres-villes, estime la puissante association des automobilistes allemands (Allgemeiner Deutscher Automobil-Club, ADAC). «Ce n’est rien d’autre qu’une dépossession de biens», peste son vice-président, Ulrich Klaus Becker.

Priorité à la santé

Hambourg, Stuttgart ou Munich affirment qu’elles n’ont plus d’autres choix. Dans la ville de BMW, on prévoit d’interdire les engins ne répondant pas aux normes Euro 6, soit 300 000 véhicules. «Je ne vois pas d’alternative. Les niveaux de pollution sont devenus effrayants», insiste le maire social-démocrate de Munich, Dieter Reiter (SPD). «Les intérêts de chacun doivent être pris en compte. Mais la santé des citoyens est prioritaire», juge-t-il.

La DUH estime que ces interdictions pourraient être évitées si l’industrie automobile acceptait d’équiper les voitures de filtres à particules. Un coût évalué à «moins de 1500 euros» par véhicule. «Malgré des bénéfices records, VW & Co. ne veulent pas payer, car ils sont sous la pression de leurs actionnaires qui réclament encore plus de rendement», résume Jürgen Resch, directeur de la DUH. «Quant aux mises à jour des logiciels truqués, cela est une supercherie. Elles ne fonctionnent pas», ajoute-t-il.

Stuttgart veut également prendre des mesures. Siège de Porsche, de Daimler mais aussi du sous-traitant Bosch, la capitale du Bade-Wurtemberg bat au rythme de l’automobile. Mais elle en souffre également. Traversée par trois routes nationales et lovée dans une cuvette, elle accuse les plus hauts pics de pollution du pays. Le maire écologiste, Fritz Kuhn, a décidé en mai 2017 de procéder à des interdictions cette année.

Plus de vingt villes

Pareil à Hambourg, où la mesure (quelques rues pour l’instant) va concerner du jour au lendemain 70% des véhicules diesels immatriculés dans la ville. Elle obligera l’administration à renouveler tout son parc ou à s’accorder des dérogations. En effet, près de 60% des véhicules des services publics (pompiers, police, justice, administrations, etc.) ne respectent pas les normes Euro 6.

Plus d’une vingtaine d’autres villes sont prêtes à suivre Munich, Stuttgart et Hambourg. «Ce n’est qu’une question de temps», estime Ferdinand Dudenhöffer, expert du secteur automobile. «La fin du diesel est en marche», ajoute-t-il. Si le Tribunal de Leipzig donnait un avis favorable, ce serait en effet le coup de grâce. Qui achèterait encore du diesel en Allemagne?


L’autre front: la gratuité des transports publics

D’un côté, le Tribunal de Leipzig fait monter la pression sur le gouvernement. De l’autre, la Commission européenne réclame des mesures pour répondre au dépassement inquiétant des émissions d’oxydes d’azote (NOx) dans plus de 70 villes allemandes.

Pour répondre à Bruxelles, Berlin vient donc de préconiser la gratuité des transports en commun pour régler le problème de pollution. Trois ministres allemands (de l’Environnement, des Transports et le chef de la Chancellerie) ont assuré au commissaire européen à l’Environnement, Karmenu Vella, qu’ils avaient «reconsidéré leurs positions» en constatant «l’urgence de la situation» pour améliorer la qualité de l’air. Si elle ne prend pas rapidement des mesures appropriées, l’Allemagne risque en effet une plainte devant la Cour de justice de l’Union européenne et, par conséquent, de lourdes amendes.

Jusqu’à présent, le gouvernement allemand n’avait jamais évoqué la solution de la gratuité des transports en commun. Les ONG y voient même un «revirement politique à 180°» alors que le gouvernement a toujours défendu la mobilité individuelle. Les trois ministres proposent de tester la gratuité des transports en commun dans cinq villes très polluées (Bonn, Essen, Herrenberg, Reutlingen et Mannheim). Les communes déplorent néanmoins des réseaux déjà surchargés (on évalue l’augmentation des voyageurs de 30% en cas de gratuité) et préféreraient investir dans les infrastructures plutôt que d’augmenter la fréquentation. Elles attendent aussi des réponses sur le mode de financement qui permettra de compenser la vente de billets. C.B.

(TDG)

Créé: 20.02.2018, 20h42

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