«L’apport d’UBS France? Plus que 0%, mais moins que 1%»

Procès UBSBig boss de la gestion de fortune, Raoul Weil a été auditionné durant deux jours. L’un facile, l’autre un peu moins.

Raoul Weil, l’ex-numéro 3 d’UBS, arrive au Tribunal correctionnel de Paris, jeudi, au deuxième jour de son audition.

Raoul Weil, l’ex-numéro 3 d’UBS, arrive au Tribunal correctionnel de Paris, jeudi, au deuxième jour de son audition. Image: Benoit Tessier/Reuters

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Debout face à la présidente, une écharpe autour du cou, Raoul Weil répond aux questions avec concision, en anglais, se penchant vers le micro pour être bien entendu. Il est entouré de deux interprètes qu’il domine d’une tête, l’un qu’il paie de sa poche et qui depuis le début du procès lui murmure les débats à l’oreille, l’autre chargé par le tribunal de traduire ses réponses en français. L’interprète officiel patauge beaucoup dans les termes financiers, les avocats interviennent, corrigent, la présidente s’énerve, mais on finit par se comprendre…

L’audition de Raoul Weil a duré deux jours. De tous les prévenus, c’est le boss, celui qui siégeait tout en haut d’UBS, presque au sommet. Et le premier jour d’audition, mercredi matin, c’est l’argument qui va revenir le plus souvent: «Je n’en ai pas entendu parler», «je ne connais pas cette personne», «ça n’est pas remonté jusqu’à moi», «ça se décidait plus bas». Il avait sous sa responsabilité 63 000 employés, avec des implantations dans 60 pays ou divisions régionales et une centaine de marchés, «avec trois ou quatre niveaux hiérarchiques entre la France et moi». Quand on lui demande l’apport d’UBS France, il hésite et puis lâche: «Je ne sais pas, plus que 0%, mais moins de 1%…»

«Il n’y avait pas de synergie»

Sur l’accusation de démarchage illégal de clients en France par des banquiers suisses, il réplique que cela ne cadre pas avec la stratégie de la banque: «L’objectif qu’on donnait aux chargés d’affaires suisses, ce n’était pas de trouver de nouveaux clients, mais de garder ceux qu’ils avaient déjà et d’améliorer la rentabilité.» Pourquoi alors la banque poussait-elle «aux synergies» entre chargés d’affaires français et suisses, demande la présidente? «Moi, je n’ai jamais utilisé ce terme, il n’y avait pas de synergie, d’abord en raison du secret bancaire dans les deux pays, ensuite en raison de la psychologie des chargés d’affaires: ce sont des animaux très égocentriques, ils veulent bien recevoir, mais pas donner!»

Certes, il n’exclut pas des dérapages individuels, mais on ne lui en a jamais signalé. «J’ai eu connaissance de cas aux États-Unis, pas en France», et ces gens-là étaient licenciés. Alors, si les banquiers suisses ne faisaient rien de mal en France, pourquoi un document recommandait-il de voyager sans cartes de visite ni logo UBS, comme des James Bond? «Je peux voir ce document?» demande Raoul Weil. «Je ne l’ai jamais vu, mais voyez: en page 3, il évoque Mexico, et là le Venezuela… Pour moi, ça ne concerne pas la France mais l’Amérique latine. À Caracas, la sécurité est plus élevée qu’à Lyon…»

Sonnée, l’accusation ne réagit pas. Le procureur pose juste une question pour savoir s’il recevait des mails de France. «Non. Pas fréquemment.» Fin de la première journée.

On ne pouvait pas ignorer l’existence de comptes non déclarés parce qu’on ne le savait pas
Raoul Weil, ex-numéro 3 d'UBS

La deuxième audition, jeudi après-midi, s’annonçait plus coriace. Là, on parlait de blanchiment de fraude fiscale. Et la présidente donne des chiffres: en 2015, une employée de l’administration fiscale chargée de la régularisation des comptes non déclarés révélait que 80% de ceux qui s’étaient dénoncés avaient un compte en Suisse, et que sur les 4000 dossiers suisses traités à ce moment-là, un peu plus de 1000 concernaient UBS. Dans deux cas, les déposants français disent avoir utilisé des moyens de fraude suggérés par UBS.

La responsabilité du client

Raoul Weil conteste ces deux cas, il affirme qu’UBS ne donne jamais de conseils fiscaux et que ces témoins «se défaussent sur la banque pour chercher une excuse». D’une manière générale, affirme-t-il, «nous n’avions pas les moyens de savoir si l’argent était déclaré ou pas. C’est la responsabilité du client de payer ses impôts.» L’avocat de la partie civile, qui défend le fisc français, sursaute et solennellement pose la question: «Ignoriez-vous qu’il existait des comptes non déclarés?» Réponse: «Non, on n’ignorait pas, simplement on ne savait pas. On ne pouvait pas l’ignorer parce qu’on ne le savait pas.»

Murmures dans la salle, agitation chez les avocats, qui invoquent le sens particulier du mot en anglais, pouvant suggérer qu’on ferme volontairement les yeux.

Sans entrer dans ces subtilités linguistiques, la présidente fait remarquer que si la banque n’avait pas les moyens de savoir, elle les a aujourd’hui très clairement, puisqu’elle oblige les clients à de multiples déclarations et justifications. «C’est vrai que les standards ont changé en 2014, cela a du sens», répond Raoul Weil.

Fin de la deuxième journée. Désormais, l’audition d’UBS AG peut commencer.

(TDG)

Créé: 25.10.2018, 21h26

Portrait: Raoul Weil, le banquier au destin mouvementé

De sa trajectoire, l’ex-numéro 3 d’UBS et responsable de la gestion de fortune a tout raconté dans son autobiographie, «Der Fall Weil – Wie mein Leben in den Fängen der US-Justiz zum Albtraum wurde» («L’affaire Weil»), parue en 2015. Le banquier (58 ans) l’a rédigée alors qu’il venait tout juste d’être acquitté par un tribunal de Floride de toute charge de complicité de fraude fiscale. L’Alémanique aura grimpé, de 1984 à 2008, tous les échelons de la SBS, puis d’UBS. Et aura vécu la chute, après que la grande banque suisse fut poursuivie pour escroquerie au fisc outre-
Atlantique. La manière dont certains, y compris ceux qu’il considérait comme des amis, lui ont fait porter le chapeau «a ébranlé profondément ma confiance en l’homme», raconte-t-il dans son livre.

Dans l’accord signé entre UBS et le Département de la justice américain (DoJ) en février 2009, où la grande banque suisse paya une amende de 780 millions de dollars pour solde de tous comptes, le sort du plus grand banquier privé du monde n’était pas compris. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international, Raoul Weil ne quittera plus la Suisse, jusqu’à ce voyage à Bologne, en Italie, en octobre 2013, où il sera arrêté et emprisonné durant cinquante-six jours, dans l’attente de son extradition, à laquelle il ne s’opposait d’ailleurs pas, aux États-Unis. Puis, en Floride, il vivra dix mois en résidence surveillée, bracelet électronique à la cheville. Son procès – qui devait être celui du siècle envers un top banquier helvétique – se tiendra à la fin de 2014. «Je ne savais rien de ce que faisaient mes subalternes», plaide-t-il sans relâche. Il sortira blanchi par un jury de toute charge de fraudes fiscales, le 3 novembre 2014.
Élisabeth Eckert

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