L’Allemagne sort d’une crise politique de cinq mois

MondeLes militants sociaux-démocrates disent oui à la grande coalition avec les conservateurs. Ce mariage risque de tuer le SPD.

Angela Merkel

Angela Merkel Image: AFP

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Après cinq mois d’une crise politique sans précédent, l’Allemagne va pouvoir se doter d’un nouveau gouvernement sous la direction d’Angela Merkel. Le dernier obstacle à la reconduction d’une «grande coalition» (GroKo) a été levé dimanche avec un «oui» des deux tiers des militants sociaux-démocrates.

«Le vote a été très clair: nous voulons participer au prochain gouvernement fédéral», s’est félicité Olaf Scholz, le président par intérim du SPD, visiblement soulagé par la décision de la base. Le Parti social-démocrate (SPD) accepte ainsi de former sa troisième coalition avec Angela Merkel depuis 2005… mais sans aucun enthousiasme. Personne n’a applaudi l’annonce des résultats au siège du SPD.

En effet, les inquiétudes restent dans les esprits et la crise du SPD est loin d’être terminée. Ce «oui» au mariage de raison s’explique d’abord par la peur de nouvelles élections après le désastre historique de septembre 2017 (20,5%). Personne ne voulait d’une nouvelle GroKo mais un nouveau scrutin aurait menacé le SPD d’une catastrophe électorale. Les sondages le placent actuellement sous les 16%, derrière l’extrême droite! Kevin Kühnert, figure de proue de l’opposition à la GroKo, reste convaincu que la refondation du parti sera difficile en étant au gouvernement. «Nous sommes très déçus par ce résultat», a avoué le chef des jeunesses du SPD. «Mais le renouvellement ne se fera pas sans nous. On va commencer demain! Et on ne va pas se gêner pour pointer du doigt le travail du gouvernement», a-t-il prévenu.

Le résultat du vote des militants n’est pas la fin mais bien le commencement d’une renaissance promise depuis déjà des années. Pour la direction du SPD, la tâche reste donc très compliquée: il s’agit de reconquérir l’électorat avec un nouveau programme fondateur tout en gérant les affaires du pays avec des conservateurs confrontés eux aussi à une crise d’identité. Pour beaucoup, c’est une équation impossible. Pourtant Andrea Nahles, qui sera élue présidente du parti le 22 avril prochain, pense pouvoir tenir le pari de la refondation. «Nous allons discuter de l’avenir du SPD. Nous commençons aujourd’hui», a-t-elle promis.

«Ils paieront l’addition aux législatives de 2021», se réjouit déjà Alice Weidel, coprésidente du groupe parlementaire du parti d’extrême droite AfD (Alternative pour l’Allemagne). «D’ici-là, nous nous battrons pour une politique durable et raisonnable dans l’intérêt des citoyens», a-t-elle promis. Cette «grande coalition» permet en effet à l’AfD d’être le principal parti d’opposition à l’Assemblée fédérale (Bundestag) devant les libéraux (FDP), la gauche radicale (Die Linke) et les écologistes. Et la «grande coalition» devra faire preuve de discipline: elle n’a que quelques sièges d’avance.

Pour Angela Merkel, le vote des militants SPD lui permet de sauver son poste. «Je me réjouis de poursuivre une coopération pour le bien de notre pays», a-t-elle déclaré. Un résultat négatif aurait sans doute signifié la fin de sa carrière politique. La chancelière est sortie très affaiblie du scrutin de septembre et de l’échec des négociations avec les libéraux et les écologistes pour la formation d’un gouvernement. La CDU, dont elle est présidente depuis 18 ans, a également enregistré en septembre le plus mauvais score de son histoire. À 63 ans, Angela Merkel a été forcée d’engager sa succession en nommant Annegret Kramp-Karrenbauer, sa dauphine, comme secrétaire générale de la CDU. La prochaine législature s’annonce donc comme une césure dans la politique allemande. (TDG)

Créé: 04.03.2018, 18h01

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