«En comparant Matteo Salvini à Mussolini, nous le renforçons»

ItalieSelon l’historien Luigi Vimercati, une grande coalition proeuropéenne peut battre la Ligue en cas d’élections anticipées.

Matteo Salvini «parle aux tripes des Italiens, pas à leur tête», relève l’historien Luigi Vimercati. Pour ce dernier, Salvini incarne un nouveau fascisme, différent des chemises brunes ou noires, celui du populisme souverainiste.

Matteo Salvini «parle aux tripes des Italiens, pas à leur tête», relève l’historien Luigi Vimercati. Pour ce dernier, Salvini incarne un nouveau fascisme, différent des chemises brunes ou noires, celui du populisme souverainiste. Image: Reuters

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La fin de la coalition entre la Ligue et le Mouvement 5 étoiles (M5S) devrait officiellement avoir lieu le 20 août. Ce jour-là, à la demande de Matteo Salvini, le Parlement devrait se prononcer sur la motion de censure contre le gouvernement. Mais à gauche, certains, comme l’ancien premier ministre Matteo Renzi, veulent éviter à tout prix que cela débouche sur des élections anticipées. Ils proposent une alliance au M5S pour gouverner en espérant que chaque mois qui passera verra la Ligue perdre des voix si elle retourne dans l’opposition. Décryptage avec Luigi Vimercati, historien et ancien sous-secrétaire d’État aux Communications du gouvernement de centre gauche de Romano Prodi.

Pourquoi rejetez-vous l’idée d’un accord entre la gauche et le M5S?

Parce que c’est de la folie! Entre le Parti démocrate (ndlr: formation de centre gauche) et le Mouvement 5 étoiles, il y a des différences insurmontables. Et puis, pour avoir la majorité au Parlement, les Démocrates et les 5 Étoiles devraient inclure le parti de Silvio Berlusconi. Une alliance compliquée mais surtout a priori complètement bancale! Ce type d’opération renforcerait Matteo Salvini au lieu de l’affaiblir car une coalition aussi hybride se disputerait sur tout et sur rien.

Le prochain gouvernement va devoir préparer le budget 2020, une manœuvre placée sous le signe des larmes et du sang pour respecter les exigences de Bruxelles et éviter une procédure d’infraction budgétaire. En étant dans l’opposition, Matteo Salvini aura le beau rôle, il pourra dire aux Italiens: «Vous voyez, ces gens qui n’ont pas été élus par le peuple sont en train de vous appauvrir, on vous a roulés dans la farine une fois de plus!»

Mais des élections anticipées assureraient un score éclatant à la Ligue?

Il ne faut pas avoir peur d’affronter Matteo Salvini lors de telles élections. Nous devons former un front proeuropéen, incluant la gauche et le centre, pour le battre.

Comment expliquez-vous le succès de Matteo Salvini auprès des Italiens?

Sa campagne sous forme de tournée des plages est particulièrement significative. Contrairement à Silvio Berlusconi, qui partait chasser l’électorat dans les localités huppées de Sardaigne, Matteo Salvini opte pour des endroits plus populaires. Il se met en maillot de bain sur un transat ou sous le parasol, comme Monsieur Tout-le-monde. Cela lui permet aussi d’affirmer que les autres sont les ennemis, les représentants des classes dirigeantes, de l’Europe, des milieux favorables à l’immigration clandestine. Il s’empare de l’actualité pour construire sa campagne électorale. Les pages des journaux sont pleines d’histoires d’Africains qui vendent de la drogue, s’attaquent aux femmes ou conduisent sans permis. Il exalte les Italiens et leur dit: «Comme vous, j’ai peur de cette violence. Donc aimez-moi, votez pour moi et je réglerai tous vos problèmes.» En réalité, le bilan de Matteo Salvini en tant que ministre de l’Intérieur est plutôt maigre. Il a gonflé les problèmes au lieu de les résoudre pour augmenter son capital sympathie et faire tomber de nouveaux électeurs dans le giron de la Ligue en leur faisant peur. Il parle aux tripes des Italiens, pas à leur tête.

Silvio Berlusconi utilisait la télévision, Matteo Salvini s’est emparé des réseaux sociaux. Comment expliquez-vous cette transition?

Cela correspond au personnage que Matteo Salvini s’est forgé. Il a aboli le concept d’intermédiaire et n’a plus besoin des journalistes pour faire passer son message. Alors que Silvio Berlusconi parlait à des millions d’Italiens à travers le petit écran, lui a des millions de followers. Un exemple? Après chaque meeting, Matteo Salvini fait en moyenne mille selfies, qui sont immédiatement relayés sur les réseaux sociaux. C’est un record! Ce type de marketing politique consolide sa popularité.

Récemment, Matteo Salvini a été comparé à Benito Mussolini. Êtes-vous d’accord?

C’est une erreur! N’oublions pas que Benito Mussolini a choisi la violence pour prendre le pouvoir. Ce n’est heureusement pas le cas aujourd’hui. La façon d’agir de Matteo Salvini est liée à la réalité contemporaine, à l’univers des réseaux sociaux, à la révolution digitale. Nous ne sommes pas confrontés au monde des chemises brunes ou noires. Ne nous trompons pas de personnage. En le comparant aux anciens dictateurs, nous le renforçons car nous démontrons que nous ne comprenons pas le phénomène Salvini. Il ne représente pas le vieux monde du fascisme mais le nouveau, celui du populisme souverainiste.

Créé: 12.08.2019, 19h48

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