En Italie, la Ligue se prépare à dévorer le Mouvement 5 étoiles

Élections européennesAvec dix points d’avance dans les sondages, le parti de Matteo Salvini espère ravir le sud du pays à son allié gouvernemental.

Matteo Salvini et sa Ligue caracolent en tête des intentions de vote pour les européennes. Dans le sud de l’Italie, comme ici à Naples, ils comptent bien distancer leur allié-partenaire du Mouvement 5 étoiles.

Matteo Salvini et sa Ligue caracolent en tête des intentions de vote pour les européennes. Dans le sud de l’Italie, comme ici à Naples, ils comptent bien distancer leur allié-partenaire du Mouvement 5 étoiles. Image: Getty Images

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Au lendemain de la victoire écrasante du Mouvement 5 étoiles (M5S), les habitants de Pomigliano d’Arco disaient avoir retrouvé l’espoir. «Nous avons écrit l’histoire», s’était exclamé Luigi Di Maio, le jeune chef du M5S, originaire de cette commune napolitaine de 48 000 habitants, devant une foule en délire. C’était le 4 mars 2018.

Depuis, l’enthousiasme est retombé. La Ligue, l’allié du M5S au sein du gouvernement, a lancé sa conquête électorale. Après avoir remporté une série de victoires aux élections régionales (Sardaigne, Molise, Abruzzes, Sicile), le parti de Matteo Salvini rêve de planter ses drapeaux à Pomigliano d’Arco lors des élections européennes du 26 mai. Il faut dire qu’en une année le rapport de force s’est totalement inversé. En mars 2018, le M5S remportait 32,7% des voix contre 17,4% pour la Ligue. Dans dix jours, il pourrait ne récolter que 21% des suffrages contre 32% au parti de Matteo Salvini.

«Ici, les gens sont déçus par le Mouvement 5 étoiles et apprécient le programme de Salvini, basé sur la défense de valeurs sûres comme la santé, le travail, la morale, la famille, la lutte contre le crime organisé. Il représente l’homme fort dont nous avons besoin pour redresser la situation», assure Antonio Costanza. Ce délégué du syndicat de droite UGL (Union générale du travail) et ouvrier spécialisé chez Avio Aero, une firme spécialisée dans la production de moteurs pour le secteur aérospatial située dans la zone industrielle de Pomigliano d’Arco, se projette déjà dans l’avenir. Un avenir où le M5S n’aurait plus sa place.



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Pour comprendre pourquoi le Mouvement 5 étoiles a déçu en si peu de temps dans la ville d’origine de son chef, il faut comprendre le destin particulier de la localité. Dans les années 1970, Pomigliano d’Arco était l’un des plus grands pôles industriels du sud de l’Italie et pouvait rivaliser avec les fleurons du nord du pays. L’industrie métallurgique y comptait plusieurs grandes entreprises qui voisinaient avec les usines d’Alfa Romeo et de Fiat.

Le chômage s’est installé

Puis, dans les années 2000, la taille des sociétés a commencé à rétrécir, le nombre d’emplois fixes a diminué. Le chômage s’est installé, notamment chez les jeunes. La réforme phare du gouvernement de gauche de Matteo Renzi, le fameux «Job Act» adopté à la fin de 2015 et qui devait favoriser l’insertion professionnelle des moins de 30 ans, n’a pas porté ses fruits. C’est précisément cette question de la précarisation de l’emploi qui a influencé l’an dernier le choix des électeurs en faveur du M5S.

Car à Pomigliano l’argent manque cruellement, comme le note Don Peppino Gambardella, curé de l’église San Felice in Pincis, qui côtoie tous les jours la misère. Lui connaît Luigi Di Maio depuis sa plus tendre enfance, le jeune chef ayant grandi dans un appartement situé à l’ombre de la coupole. «Les gens se sentent frustrés, ils n’ont pas de travail, pas d’argent, ils croyaient que le Mouvement 5 étoiles allait inverser rapidement la tendance. Or rien n’a vraiment bougé en profondeur. Même le revenu de citoyenneté universel (ndlr: la principale promesse de campagne du M5S) ne fonctionne pas, alors les électeurs se tournent vers la Ligue, qui sait parler au ventre des personnes en détresse.» Don Peppino ne le cache pas: il est effrayé par cette percée de la Ligue et en parle comme d’un virus qui tente de s’installer au sein de la société. «Pour planter sa griffe et faire levier sur les personnes en plein désarroi social, Matteo Salvini va partout, même dans des communes voisines comme Afragola, où la Camorra est très présente et où même la police ne va pas», assure le curé.

À Pomigliano d’Arco, la Ligue n’a pas encore ouvert de permanence. «Il faudrait être fou à l’ère d’internet, où tout se fait et se défait sur la Toile, pour payer un loyer. Matteo Salvini est très fort en matière de réseaux sociaux!» ironise Anastasio Nespolino, membre du syndicat de gauche UILM (Union italienne des travailleurs de la métallurgie).

Discours identitaire

Mais, depuis quelque temps, les militants de la Ligue organisent ponctuellement des manifestations pour faire connaître leurs idées. «On sent déjà le changement, les valeurs identitaires de Matteo Salvini commencent à ouvrir une brèche, l’étranger n’est plus accepté avec le sourire comme avant», déplore Anastasio Nespolino.



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Sur la place à côté de la mairie, des couples paressent à la terrasse d’un café. Il fait chaud. Au comptoir, le patron discute des élections européennes avec un client. Sa femme, Rosa, nettoie le comptoir d’un coup de torchon énergique. «Je n’aurai pas le temps de voter et puis cela changerait quoi de toute façon? On continuera à avoir du mal à joindre les deux bouts, eux continueront à nous promettre des chimères et rien ne changera», s’agace-t-elle. Le bruit d’un plateau violemment posé sur le comptoir coupe court à la discussion.

(TDG)

Créé: 14.05.2019, 10h14

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